RACE DE CANSTADT
verte dans le crâne de jeune homme extrait d'un tumulus du Poitou qu'a fait connaître M. Pruner Bey, et qu'il est impossible de ne pas rapprocher des précédents.
Ainsi l'on ne peut attribuer à l'ossification prématurée des sutures la forme du crâne des hommes de Canstadt. A plus forte raison, les autres caractères si marqués du front et de la face échappent-ils à cette théorie, et il faut bien accepter que <;et ensemble constitue un véritable type ethnique.
En rencontrant ce type disséminé dans le temps et dans l'espace, toujours le même au fond et reparaissant parfois dans presque toute sa pureté native, on est forcé d'opter entré les deux interprétations suivantes : ou bien il y a là un fait d'atavïsme dont la généralité accuse l'importance ; ou bien la reproduction de ces formes exceptionnelles au milieu des populations les plus diverses, dans les conditions de milieu les plus différentes, est due à un simple hasard.
Les lois qui président à la formation et au maintien des races animales et végétales, et auxquelles l'homme ne peut échapper, ne permettent pas d'admettre cette dernière conclusion. Voilà pourquoi nous avons regardé , M. Hamy et moi, la race de Canstadt comme un des éléments des populations modernes. En Europe elle s'est fondue avec les races postérieures, mais accuse son existence passée par l'empreinte qu'elle impose, même de nos jours, à quelques rares individus ; en Australie, elle a peut-être encore des descendants directs dans les tribus de Port-Western. VI. — Les épithètes de bestial, de simien, trop souvent appliquées au crâne de Néanderthal et à ceux qui lui ressemblent, les conjectures émises au sujet des individus auxquels ils ont appartenu, pourraient faire penser qu'une certaine infériorité intellectuelle et morale se lie nécessairement à cette forme crânienne. Il est aisé de montrer que cette conclusion serait des plus mal fondées.
Au congrès de Paris, M. Vogt a cité l'exemple d'un de ses amis, le D' Emmayer, dont le crâne rappelle entièrement celui du Néanderthal et qui n'en est pas moins un médecin aliéniste fort distingué. En parcourant le musée de Copenhague, je fus frappé des traits néanderthaloïdes que présentait un des crânes de la collection; il se trouva que c'était celui de Kay Lykke, gentilhomme danois quia joué un certain rôle politique pendant le xvii® siècle. M. Godron a publié le dessin de la tète de saint Mansuy, évoque de Toul au iv^ siècle, et cette tête exagère même quelques-uns des traits les plus saillants du crâne de Néanderthal. Le front est encore plus fuyant, la voûte plus surbaissée et la tête s'allonge «î bien que l'indice céphalique descend à 69,41. Enfin la tête de Bruce, le héros écossais, reproduisait aussi le type de Canstadt. En présence de ces faits, il faut bien reconnaître que même îîndividu dont on a trouvé les restes dans la caverne de Néanderthal a pu posséder toutes les qualités morales et intellectuelles compatibles avec son état social inférieur.
CHAPITBE XXVII
HAGE DE GROMAGNON.
I. — En 1858, dans la vallée de la Vézère, près du village des Eyzies, que les recherches de MM. Lartet père et Chrisly avaient déjà rendu célèbre, des ouvriers retirèrent de l'abri-sous-roche de Cro-Magnon, les ossements de trois hommes, d'une femme et d*un enfant que conservèrent à la science MM. Berton-Meyron et Delmarès. m. Louis Lartet, chargé d'étudier le gisement, détermina leur âge géologique ; MM. firoca et Pruner Bey les décrivirent avec toute la précision que Ton pouvait attenare de leur savoir, et les discussions qui s élevèrent entre ces deux éminents anthropologistes, firent encore mieux ressortir les faits essentiels. Les ossements de Cro-Magnon devinrent ainsi classiques presque au lendemain de leur découverte et nous ne pouvions mieux faire, M. Hamy et moi, que de çrouper autour d'eux les restes humains qui leur ressemblent. De là, vient le nom que nous avons donné à notre seconde race dolichocéphale.
Gomme la précédente, celle-ci a son individu typique qui en exagère à certains égards les caractères et présente ainsi un terme de comparaison extrême. Le contraste n'en est que plus frappant. Entre l'homme de Néanderthal et le grand vieillard de Cro-Magnon le seul trait commun résulte des proportions du crâne. Ici l'indice céphalique 73,76 diffère, comme on voit, fort peu de celui que nous avons eu à signaler. Il descend d'ailleurs jusqu'à 70,05 dans un crâne de la même race trouvé à Solutré; il est de 70,52 dans le fameux crâne d'Engis. C'est cette élongation d'avant en arrière qui avait conduit Schmerling à rapprocher de l'Ethiopien plutôt que de l'Européen l'homme fossUe qu'il venait de découvrir. De là, est venue au moins en partie la théorie qui faisait du Nègre le point de départ de notre espèce. M. Hamy, en rattachant le crâne d'Engis au type de Cro-Magnon, a ajouté un fait de plus à ceux qui sont en désaccord avec cette doctrine.