CARACTÈRES OSTÉOLOGIQUES — MESURES CRANIENNES
phalie frontale du premier était remplacée dans les deux races noires par une dolichocéphalie occipitale. M. Broca a constaté le même fait chez les Basques comparés aux Parisiens. La distinction proposée par M. Gratiolet, fournit donc un caractère secondaire, qui peut être utile dans certains cas, mais qui n'a pas à beaucoup près la signification qu^on a voulu pariois lui attribuer. On a voulu voir dans la dolichocéphalie occipitale, on caractère séparant profondément le Nègre du Blanc; les observations de M. Broca montrent qu'il n'en est rien et, des observations de Gratiolet, il résulte qu il y a là seulement persistance d'un état antérieur commun. Lie Nègre et le Basque conservent pendant toute leur vie le trait céphalique du nouveau-né parisien, par suite d'un de ces arrêts d'évolution que noiis verrons de plus en plus jouer un rôle considérable dans la caractérisation des races humaines.
L'étude de l'indice céphaUque horizontal prêterait encore à bien des remarcfues. Je me borne à rappeler les résultats statistiques de M. Diétrici. De ses relevés, il résulterait que la population totale du globe étant de 1288 millions d'âmes, elle compterait 1026 millions de dolichocéphales, et seulement 262 millions de brachycéphales. Mais le savant berlinois comprend dans la première catégorie, les Chinois qui sont mésaticéphales et comptent à eux seuls pour 421 millions. En somme, des tableaux de MM. Broca et Pruner Bey et des autres données recueillies jusqu'ici, il me semble résulter que les mésaticéphales doivent être bien plus nombreux que les brachycéphales ou les' dolichocéphales. Si l'on prend la mésaticéphalie dans le sens indiqué plus haut, ces derniers à leur tour l'emporteraient sur les bradiycéphales, grâce surtout aux populations noires africaines, que nous apprenons chaque jour être bien plus denses que l'on ne croyait naguère.
Retzius n'avait comparé que les diamètres maxima antéropostérieur et transverse. Après lui, on a cherché le rapport entre le premier et la hauteur du crâne. On a obtenu ainsi Vindïce céphalique vertical^ dont l'importance est aussi facile à comprendre. Il figure également sur le tableau de M. Pruner Bey, et prêterait à des considérations analogues aux précédentes. Mais je ne saurais, sans dépasser les bornes de ce livre, entrer dans tous ces détails. Pour le même motif, je ne dirai rien des autres mensurations du crâne, diamètres frontaux maximum et minimum, circonférence totale^ courbe antéro-postérieurey et autres, etc.
La composition du crâne ne peut varier que dans des limites fort étroites. Toutefois, chez les Nègres, chez les anciens Egyptiens, etc., la portion écailleuse du temporal s'unit parfois au frontal sans l'interposition partielle des ailes du sphénoïde. C'est là un fait remarquable, car il est en contradiction avec le principe des connexions, si justement regardé par Etienne Geoffroy, comme un des plus essentiels de l'anatomie comparée.
Dans le cas précédent, la composition du crâne est altérée
par la suppression d^une suture normale. Elle peut Têtre aussi par Tapparition d'une suture anormale, partageant un os unique en deux os distincts. G*est ce qui arrive quand Toccipital semble se dédoubler pour laisser sa partie supérieure distincte. De là, résulte ce qu'on a nommé Vos épactal. Vos des Incas, parce que Rivero, Tschudy, avaient cru voir dans cette disposition, un caractère propre à ces peuples. Mais M. Jacquart a montré qu'il y avait là, seulement un arrêt dans l'évolution de Toccipital, arrêt dont les races humaines les plus diverses présentent des exemples. C'est à un phénomène analogue qu'est dû la persistance de la suture médio-frontale. Elle aussi se rencontre sans doute partout, mais bien plus souvent chez la race blanche aryane c[ue chez les races colorées et surtout que chez les Nè^s.
Ces faits se rattachent d'ailleurs à un ensemble d'observations et d'idées sur lesquelles Gratiolet a insisté à diverses reprises. D'après cet ingénieux observateur, les sutures antérieures seraient les premières à se souder chez les races inférieures, tandis que, dans les races supérieures, l'oblitération comiQencerait par les sutures postérieures. En outre, la totalité des sutures tendrait à disparaître de bonne heure chez les races sauvages, tandis que 1 isolement des os du crâne persisterait chez les races cultivées et en particulier chez le Blanc européen. Cette disposi* tion permettrait un développement du cerveau continu, quoique de plus en plus lent. Gratiolet expliquait ainsi la jeunesse intellectuelle^ si remarquable chez certains hommes qui ont constamment exercé leur intelligence. Les recherches statistiques du D' Pomerol, tout en enlevant à cette théorie ce qu'elle avait d'absolu, semblent la confirmer à quelques égards.
Ne pouvant passer en revue tous les caractères crâniens, je laisse de côté ceux que l'on a tirés de la saillie de divers os, des indices occipital de Broca, céphalo-spinal de Mantegazza, etc. Je ne dirai que quelques mots de la position du trou occipital et de l'angle sphénoïdal de Welker, mais j'insisterai un peu plus sur la capacité du crâne.
D'Aubenton avait montré dans un travail spécial que le trou occipital est toujours placé chez les animaux plus en arrière que chez l'homme. Sœmmering exprima la pensée qu'il était chez le Nèçre plus en arrière que chez le Blanc et cette opinion, que semblaient confirmer quelques mensurations, fut facilement acceptée par quelques anthropologistes qui virent dans ce fait un caractère simien. Mais on n'arrivait à ce résultat qu'en appréciant la position de l'orifice par rapport à la longueur totale de la tête y compris la face. Or il est bien évident que celle-ci, venant à se développer en avant par suite du prognathisme, le trou occipital devait paraître reculé d'autant.
Les recherches de M. Broca sur \q^ projections crâniemies permettent de ramener ce petit problème à ses véritables termes et d'en donner la solution. M. Broca a comparé 60 Européens et 35 Nègres. Représentant par 1,000 hi projection totale^ il trouva
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que chez les premiers la projection antérieure est représentée par 475 et chez les seconds par 498. Le hord antérieur du trou occipital est donc plus en arrière du bord alvéolaire chez le llèçre ^ue chez le Blanc, et la différence est de 23. Mais cette projection comprend avec la projection crânienne antérieure^ la •projection faciale ; et celle-ci est de 65 pour l'Européen, de 138 pour le Nègre. Si on la retranche de la première, on trouve que \9l projection crânienne seule l'emporte chez le Blanc et que la différence est de 50.
Ces nombres nous apprennent que, relativement au crâne auquel il appartient, le trou occipital est placé plus en avant chez le Nègre que chez le Blanc, ce qui n'est rien moins que vrai pour les singes. Ces mômes nombres font ressortir la différence réelle qui distingue ici les deux races, savoir le prolongement en avant de la face.
Au point de vue de ces comparaisons entre l'homme et les singes, Yangle sphénoïdal découvert par M. Virchow, étudié par M. Welker et que l'on peut, grâce à M. Broca, mesurer sans scier les tètes, présente un intérêt spécial. Il présente chez nous et chez les Quadrumanes par suite des progrès de l'âge une évolution inverse. C'est ce qui résulte des chiffres ci-joints empruntés à Welker :