‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 1 sur 72 · ET QUI RÉGNERA · texte numérisé non relu

ET QUI RÉGNERA

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POURQUOI CE LIVRE

Il n’y à rien de nouveau sous le soleil. Et pourtant, le premier sourire du petit enfant est quelque chose de neuf. Assurément, le sourire initial de la créature humaine, abstraitement parlant, est un phénomène sans originalité, catalogué et décrit depuis des âges : Zncipe, parve puer, risu cognoscere matrem ! Et cependant, il reste vrai que chaque « nouveau-né » est un commencement nouveau ; il découvre le monde et le monde le découvre.

De même, traiter du « Royaume de Dieu, »

c'est aborder en apparence un thème bien rebattu (preuve en soit la bibliographie du Sujet); mais en réalité, pour celui qui à vu «l'Étoile du matin » se lever dans son cœur, c'estchanter les splendeurs de l'espérance chrétienne avec l'enthousiasme de la certitude et le pieux respect de l’adoration. Le jour où Jésus-Christ se révèle à une conscience dans la sereine douceur de sa débonnaireté, dans l’infiexible majesté de son pouvoir; le jour où le Fils de l'homme s'empare d’un être humain, et le subjugue à jamais, Jusque dans les dernières profondeurs de son esprit troublé et de son corps mor-

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tel; lejour, enfin, où un chrétien qui avait contemplé son Sauveur à travers l'Église, l'apercçoit tout à couplui-même, et sans voile, rayonnant de beauté, de sainteté et d'amour, Roi des siècles autant que des âmes, et capable de mener à bonne fin dans l'Histoire et dans la Nature l’œuvre ébauchée de

la Rédemption...., en vérité, en vérité, je vous le dis, ce jour-là est un commencement nouveau, et.

Celui qui en parle aux autres a quelque chose d'inédit à raconter.

Il ya plus. Parvenir à repenser méthodiquement

et à s’assimiler, par le cœur, un système appris dés l'enfance et accepté sous bénéfice d'inventaire,

ce serait déjà une conquête précieuse. Mais les con:

sidérations que nous désirons présenter sur le Royaume de Dieu nous apparaissent neuves à un autre point de vue; en réalité, les idées que nous exposerons ont germé en nous spontanément. C’est la piété du Réveil qui à formé notre enfance; or, si nous lui devons une claire vision du Crucifié,

elle s’est montrée impuissante à nous révéler le

Roi. Plus tard, auprès d'excellents maitres, en France et en Allemagne, nous avons étudié If théologie protestante ; mais l'Évangile du Royaume n’était point professé. Plus tard encore, nous avons annoncé nous-même la bonne nouvelle : nous prèchions qu’il faut se souvenir de Jésus-Christ, mais sans parler de sa vie actuelle ou de sagloire future ; et de vénérés frères écoutaient, sans observation, et acceptaient, sans critique, un message

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POURQUOI CE LIVRE

aussi misérablement incomplet... Et cela, jusqu'au jour béni où «il plut à celui qui m'a appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils. » Alors je découvris celui qui vit. Or, il est impossible de prendre au sérieux cette vie du vainqueur de la mort, sans apercevoir peu à peu, confusément d'abord, puis d'une maniére toujours plus nette, l’'admirable Royaume qui se développe organiquement autour de sa Personne créatrice.

Voilà par quelle voie nous avons été conduit jusqu'aux problèmes de l’eschatologie. Nous éprouvions, à leur égard, les mêmes défiances que notre génération; Mails puisque ces questions mystérieuses nous ont été imposées, nous croyons obéir au Chef de l’Église en les abordant humblement et courageusement. Telle qu'elle est, notre étude contribuera peut-être — et pourquoi en douter puisque nous le demandons à Dieu? — elle contribuera donc à ramener certains esprits hésitants vers celui qui dominera, tôt ou tard, sur la pensée humaine et sur le globe terrestre. Car « il faut qu'il règne ; » et le renouvellement de la théologie évangélique est lié à la reconnaissance de cette promesse qui est un commandement.

On ne prétend pas à être complet, mais à poser des jalons. Il y a un milieu à tenir entre le laconisme et la prolixité. D’une part, donner les seuls résultats de ses recherches, les condenser dans une série d’aphorismes, c’est rester incompréhensible. D’autre part, refaire tout le chemin parcouru, analyser volume après volume, pour produire peu à peu la conviction, et cela par les moyens qui l’ont produite en vous-même, c’est une entreprise impossible. Il n’y a pas deux individus semblables ; et la doctrine qui a lentement mûri, pendant plusieurs années, dans l’esprit de l’auteur, ne peut éclore et s’épanouir en quèlques jours, dans l’esprit du lecteur. |

Incomplet par nécessité, nous le sommes encore par principe. Nous estimons qu’on peut formuler une conviction réfléchie sur le contenu de l’Espérance chrétienne, sans avoir une Opinion sur la statue de Nebucadnetsar ou Sur la Bête apocalyptique. Nous avons même cru que nous pouvions utiliser les paroles du Maître et les écrits apostoliques, sans posséder, personnellement, au sujet de chaque document biblique, la date précise de sa composition. Enfin, nous n’avons même pas essayé de grouper et de discuter méthodiquement tous les textes — innombrables — qui ont trait à l’Espérance chrétienne, au Roi et au Royaume. Si l’on s’efforçait de les examiner en détail, « je

ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait. »

En ce qui regarde la forme, nous n’avons pas cherché, davantage, à écrire un livre, c’est-à-dire un ouvrage artistique où les chapitres, de longueur égale, balancent harmonieusement leurs poids équivalents. Nous soutenons, à la lettre, une thèse; nous engageons une lutte : écrasé sous l’Etna, qu’il s'efforce de soulever, Encelade ne s’étudie pas à une pose esthétique. Nous avons contre nous la littérature théologique du jour; mais nous aurons pour nous celle de demain. L’eschatologie devient, de plus en plus, le champ clos de la discussion contemporaine; nous sommes sans inquiétude sur l’issue de l'enquête exégétique. Est-ce à dire que nous prétendions à l’infaillibilité ? Nous cherchons, et nous proposons à l’examen le résultat de nos recherches, rien de plus. Une thèse n’est qu’un échafaudage ; elle prépare l’édifice à venir ; et c’est en vue de la construction future que l’architecte demande, avec sincérité, et reçoit, avec reconnaissance, des observations justifiées. D’ailleurs, sans méconnaitre les bornes de notre intelligence et les déficits flagrants de nos connaissances, nous espérons qu’on voudra bien imputer aux nécessités du ministère pratique plusieurs des lacunes qui déparent notre travail. |

Il nous a été impossible de séparer complètement l'examen critique des textes, et l’exposé de nos principes ou de nos conclusions. Il est évident qu’à plus d’une reprise, nous avons dû justifier notre exégèse par des observations plus élevées que les simples remarques grammaticales. Cest donc au fur et à mesure de la discussion que nous sommes amené à émettre des considérations générales; elles rendront moins arides, nous l’espérons, la lecture de certains chapi-

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tres ; et les diverses tables de matières faciliteront, d’ailleurs, le groupement en faisceau des arguments dispersés.

Est-il besoin d'ajouter que si la discussion implique, malheureusement, contradiction et même réfutation, elle n’entraîne aucun sentiment d’acrimonie, aucune intention d’ironie à l’égard d’adversaires qui sont nos supérieurs, et dont nous respectons profondément la science et la piété? (4) Si la tournure particulière de notre intelligence, ou la forme spéciale de notre style ont, malgré tout, ici et là, trahi notre pensée, nous en présentons nos excuses aux intéressés, et nous implorons leur indulgence. |

D'ailleurs, nous pensons à tous nos lecteurs. Bien que nous nous adressions en esprit aux nombreux frères qui «aiment l’avénement » de notre Seigneur, il est évident qu’une certaine culture théologique est indispensable pour nous suivre; mais si, en dehors du terrain purement technique, nous avions néanmoins manqué de discernement spirituel au point de blesser des âmes chrétiennes, nous les prions de nous pardonner.

Avant tout, c'est aux pieds du Héros de notre livre que nous déposons, humblement, la confession de notre indignité intellectuelle et morale. Il est des heures où le théologien s'arrête, éperdu, devant la splendeur du Saint et du Juste; à mesure que les voiles se soulèvent, l’un après l’autre, il perd le courage de balbutier la gloire du Fils; et ses dissertations s’achèvent dans ce cri de douleur et d’adoration : « Malheur à moi, car je suis un homme aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi! »

(1) Nous prions Messieurs les théologiens de nous excuser, une fois pour toutes, si nous avons pris la liberté de les citer purement et simplement par leur nom, comme c’est l'habitude en Allemagne et comme l’usage s’en établit, ici, dans les discussions scientifiques. ! |

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