PRES
le dernier jour et la résurrection des morts. On avouera qu'il faut une certaine dose de hardiesse pour soutenir qu’un livre où se trouve une telle série d’affirmations, n’enseigne ni un jugement dernier, ni la résurrection des corps. Mais on compte, et malheureusement à bon droit, sur un public qui ne contrôle pas. La vérité est que, conformément à son habitude, l’auteur du quatrième évangile
parle moins des résultats extérieurs que des préparations spirituelles, parce que l’évangélisation populaire et, par
suite, les Synoptiques, faisaient justement l’inverse. Sans omettre la venue du Saint-Esprit, les premiers évangiles avaient transmis à l’Église, dans tous ses détails, l’enseignéement de Jésus sur la ruine de Jérusalem et sur son retour visible à la fin des temps. Jean n'avait rien à ajouter sur ces divers points » (1). Après tout, même réel, le silence de Jean sur la Parousie serait-il plus surprenant que son silence sur la Tentation, la Transfiguration, la Cène, Gethsémané, l’Ascension ?
Nous allons plus loin; il ne nous suffit pas de montrer que le quatrième évangile contient des textes formels sur
la venue du Seigneur, le dernier jour, le jugement et la
résurrection; car, à défaut de ces passages précis, nous affirmerions à priori que l’eschatologie de l’hébraisme est contenue dans la foi d’un Israélite pur sang, nourri des prophètes et disciple du Messie. Pour déclarer que la doctrine de la Parousie n’est pas incompatible avec la théologie johannique, il nous suffirait donc de constater que l’auteur du quatrième évangile est foncièrement et notoirement juif (2).
(1) Commentaire sur Jean; 1, p. 191 à 194.
(2) Même si le Jésus de Jean était le résultat de la fantaisie artistique,
encore faudrait-il que cet artiste eût été un Juif. Car son Christ montre
T4 PRET nt : ns,
NL ide ne.
Pen LT ind
SR
Or, pareille démonstration n’est plus à faire. En ce qui regarde le style de l’écrivain, Luthardt (1) et Godet ont surabondamment prouvé que ses formes favorites, sans
heurter les lois de la langue grecque, trahissent néanmoins
une pensée hébraïque; la construction est simple, et les
idées sont juxtaposées plutôt qu’emboîtées à la manière de
la syntaxe hellénique; le petit nombre des particules, le parallélisme des propositions, le refrain, sont autant de caractères distinctifs du style hébreu dans le texte grec du quatrième évangile. — Ce qui prouve encore les origines juives de l’auteur, c’est qu’il rectifie, ici et là, la traduction des septante d’après l’original hébreu (2). Enfin, la parfaite connaissance des mœurs israélites, que l'écrivain montre partout, et dans les moindres détails, impose à Weizsæker ce jugement : « Seul un Juif, qui, sur la terre étrangère,
avait conservé l'héritage de sa jeunesse, pouvait raconter
de cette manière. »
Nous croyons, du reste, qu’on n'insiste pas assez sur le rôle extraordinaire que joue, dans le quatrième évangile, la royauté du Christ, c’est-à-dire, en définitive, sa dignité messianique (3). Dans les Synoptiques, l'inscription de la
perpétuellement en soi l'essence de tous lès symboles théocratiques. « Au chap. II, il se présente comme le vrai temple, au chap. HT, comme le vrai serpent d’airain, au chap. VI, comme la vraie manne, au chap. VII, comme le vrai rocher, au chap. VIII, comme la vraie nuée lumineuse, et ainsi de suite jusqu'au chap. XIX, où il réalise le type de l'agneau pascal. » .
(1) Introduction à son commentaire sur Jean, 1875. — I, p. 14 à 62. (2) Cf. Westcott : The Holy Bible, St John, p. XIV.
(3) Baur a même retrouvé, dans l'Évangile, les concepts fondamentaux de l’Apocalypse; à ses yeux, le quatrième évangile, tout entier, n’était
qu’une apocalypse spiritualisée, De Rougemont a même tracé un tableau
des concepts apocalyptiques reconnaissables dans l’évangile ou les
croix surgit comme une formule plus ou moins inattendue; tandis qu'avec Jean, on a véritablement l’impression que les mots « roi des Juifs » ont été le pivot, non seulement du procès, mais de tout le ministère du Nazaréen. Cest dans le quatrième évangile, et dès le premier chapitre, que nous rencontrons cette confession de Nathanaël : € Tu es le roi d'Israël! » C’est dans le quatrième évangile que l'enthousiasme galiléen est caractérisé par ces mots : «Jésus savait qu’on allait venir l'enlever pour le faire roi. » C'est dans le quatrième évangile que Jésus, lors de son entrée triomphale à Jérusalem, entend retentir dans les airs son arrêt de mort, alors que la multitude en délire dicte à Pilate, par ses acclamations, le libellé de l’écriteau infamant: « Roi d'Israël! Roi d'Israël! » C’est dans le quatrième évangile enfin, que le procès du Galiléen prend sa véritable physionomie, et que la royauté du Christ, citée jusqu’à onze fois dans une même page, se dresse obstinément, roc au fier profil, au sein d’une mer en furie; or, on sait ce que signifiait la dignité messianique pour le penseur israé- . lite qui nous a conservé cet aphorisme : « Le salut vient des Juifs » (1).
épitres de Jean: il relève, entre autres, les points suivants : Faux Messie que recevront les Juifs (Jean 5/43); Antéchrist (1 Jean 2/18-22 — Æ/1-6; 2 Jean 7): Victoire sur. Satan (1 Jean 3/8, 10, 12 — 5/18 — 2/13) ; Jugement, résurrection générale (1 Jean 5/21); Avénement du Christ, jugement de l'Église, glorification des fidèles (1 Jean 2/28 — 3/2 — 4/17); Verbe de Dieu (Jean 1/1; Apoc. 19/13); Agneau de Dieu (Jean 1/29, 36); Époux de l'Église (Jean 3/29; Apoc. 19/7), ete. — Enfin Fairbairn écrit : (The place of Christ in modern theology) « Toute la théologie de Jean est le développement de cette parole : « Je suis venu dans ce monde pour y exercer un jugement. » :
(1) Haupt ne comprend pas qu’on oppose l’eschatologie des Synoptiques à celle de Jean, qui en fournit, dit-il, le commentaire authentique. Nous
M nr oué
Fe ,
On voit à quel point est superficielle une exégèse qui se joue à la surface des textes sacrés, et qui, sans pénétrer
jusqu'à l’âme de l’Hébraïsme, statue perpétuellement des
contradictions entre les écrivains bibliques, dès qu’elle découvre des nuances diverses dans leurs concepts eschatologiques; tel un enfant qui ramasserait des coquillages sur la plage, et qui concluerait, de leurs multiples couleurs, qu’un même océan n’a pu les porter dans ses flancs. Pour nous, nous ne voyons aucune difficulté à puiser, ici et là, dans cet océan, les richesses qu’il recèle et qui nous serviront à construire une doctrine homogène de la Parousie. Et comment ne serait-elle pas homogène, puisque cette
doctrine, encore une fois, est à la pensée biblique ce que le sel est au flot marin?
Quelqu'un dira : nous vous accorderions ces conclusions, si vos prémisses étaient fondées, et si nous pouvions lire tout le Nouveau Testament (et partant l'Ancien) à la lumière de l’Apocalypse; mais vous paraissez ignorer les attaques modernes contre ce livre. — Loin de là! Nous savons qu’on veut y voir un simple spécimen d’un genre littéraire spécial, un échantillon d’apocalyptique. Mais nous pourrions répondre, à première vue,avecun théologien contemporain, que mille millions d’apocalypses fausses ne sauraient infirmer l'autorité d’une apocalypse vraie, et que « les apocalypses apocryphes peuvent être à l’apocalypse canonique ce que les magiciens égyptiens étaient à Moïse, les pseudomessies au Messie, les évangiles fabriqués aux évangiles apostoliques, les anabaptistes aux réformateurs, etc. »
sommes de cet avis, tout en entendant autrement cette affirmation; car on devine que notre auteur à préalablement expurgé les Synopliques, et passé le niveau du « spiritualisme » sur leurs arêtes.
(Auberlen). Nous pourrions répondre, encore, que les
tentatives de la critique pour dissocier lApocalypse en
trois tronçons ne nous paraissent pas heureuses. De Faye
nous dit, par exemple : « Les portions juives de la | Révélation de Jean se réduisent à deux apocalypses similaires qui ont été disloquées puis jetées dans un cadre qui n’a rien de commun avec le cadre primitif de ces deux écrits. C’est par ce procédé violent qu’on est parvenu à les fusionner avec une apocalypse chrétienne, et à composer avec trois sources différentes un seul ouvrage » (1). Nous avons souligné les termes de l’auteur qui justifient l'adjectif qu’il a si bien choisi, lui-même, pour caractériser les manipulations en question; c’est de la violence, en effet. Mais après avoir assisté, en imagination, à ces scènes de « dislocation » suivie de « fusion, » on reste surpris de deux choses : 1° la dislocation laisse une impression d'harmonie; 20 la fusion, au contraire, a l’aspect d’une mosaïque. Et d’abord, en ce qui regarde la sérénité qui se dégage, malgré tout, du champ de bataille où tant d’écartèlements se sont produits, de Faye est surpris, lui-même, que la mort aboutisse à la vie et le démembrement à l’unité. En parlant des deux sources apocryphes, il multiplie les marques d’admiration : « Telle est cette apocalypse juive. Elle a été jetée dans le moule traditionnel du genre. Mais de quelle vie | intense l’auteur anonyme a rempli le cadre qu’on lui pres-
crivait! » Et encore : « Ce qui constitue la véritable origi-
nalité de ces deux écrits, c’estla vie intense qui en déborde. ». Et encore : La deuxième apocalypse juive «n’est guère moins remarquable que la première. » Le premier auteur avait un «goût prononcé pour les scènes grandioses; » le second
(1) Op. cit.
CDS tt de: