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Le présent volume forme un tout, bien qu'il constitue la deuxième partie d'un ouvrage sur « l'Espérance chrétienne ». La première était intitulée : Le Ror, celle-ci est intitulée : Le Royaume.
L’'Espérance chrétienne, à nos yeux, c'est précisément l'établissement du « Royaume » de Dieu sur la terre transfigurée. On verra plus loin quels changements une pareille doctrine entraïnerait, une fois acceptée, dans les convictions dogmatiques, ecclésiastiques et morales de la chréuienté. Ces modifications nous apparaissent tellement ce pressantes que nous aurions voulu, dès longtemps, les exposer; et la plume qui à écrit le premier volume devait même, dans notre intention, au lieu du premier, écrire le second.
Mais au moment de dérouler notre théorie du Royaume de Dieu, une remarque préjudicielle nous a, malgré nous, arrêté : « Jésus à parlé de son retour inopiné. Dans quelle mesure une pareille affirmation peut-elle se concilier avec nos vues synthétiques de l’histoire, et notre foi profonde à la pénétration graduelle du monde entier par
l'Esprit de Dieu?» La question ainsi posée, reculer
devenait impossible; force nous à été d'enfermer
nos matériaux, tous les éléments du présent volune, pour examiner à loisir un problème préliminaire (1). Et de cette étude, consciencieuse malgré. ses lacunes flagrantes, est sortie pour nous lassurance que la notion traditionnelle de la Parousie n’a pas toujours été suffisamment compréhensive.
Nous avons montré que le concept évangélique de la Parousie n’est pas exclusivement «historique, » c'est-à-dire que le retour de Jésus-Christ, au sens plein du mot, n’a pas coïncidé avec la ruine de Jérusalem. — Nous avons montré que le concept évangélique de la Parousie n’est pas exclusivement «dynamique,» c'est-à-dire qu'on ne saurait identifier le retour de Jésus-Christ, au sens propre du terme, avec une série de manifestations divines échelonnées au cours des siècles, par lesquelles notre Seigneur prophétise la victoire de sa cause ici-bas. — Enfin, nous avons montré que le con=. cept évangélique de la Parousie n’est pas exclusivement «eschatologique, » c’est-à-dire que le retour de Jésus-Christ, au sens véritable de l'expression,
(1) Notre premier volume était donc un simple travail de déblaiement; nous y laissons de côté, systématiquement, des problèmes qui $’'imposeraient dans un traité d’Eschatologie proprement dit; nous n’y formu- Ions aucune opinion personnelle sur la chronologie de lavenir d’un Daniel ou d’un Jean, dans les deux apocalypses scripturaires: nous nabordons même pas de face les questions relatives à la royauté de Christ: par exemple, on cherchera en vain une véritable étude biblique
sur le Messie roi, tel que les prophètes l'ont contemplé. Notre objet fr
était ailleurs.
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ne peut être resserré dans la seule et unique apparition du Messie glorifié, à la fin des temps.
Nous avons beaucoup parlé de là Parousie, mais pourquoi? Pour prouver que les paroles du Seigneur, sur cette question, obligent les spirituahstes à refondre leur notion de l'esprit, et les littéralistes à spiritualiser leur notion du monde. Nous n'avons parlé de la Parousie que dans la mesure ou la chose était nécessaire pour démontrer que la vivante complexité de ce concept implique la doctrine biblique du Royaume de Dieu, tel que les prophètes l’entrevoyaient. La Parousie n’est qu'un des moyens dont le Royaume est la fin. Et nous croyons avoir atteint notre but. Nous croyons avoir montré que les enseignements du Christ sur l'avenir de l'humanité ne contredisent point les prémisses plus ou moins évolutionnistes et les aspirations sociales du christianisme réaliste. En terminant notre premier volume, nous avons même pu nous approprier ce beau tableau d'ensemble, emprunté à la ÆRecue du Christianisme social : «Le Royaume de Dieu, cet idéal plus réel que toutes les réalités de ce monde, cette idée qui se réalise à travers les siécles, et, jour après jour, mfatigable, conquiert le monde immense qu'est chaque âme, puis les milieux, les institutions, les lois, puis les églises, les peuples et leurs gouvernements, puis la nature matérielle elle-même... Le Royaume de Dieu, c'est une puissance personnelle, une
Pensée vivante, un Amour vainqueur : c'est l'Esprit
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saint se soumettant la terre. » Cette vaste synthèse, ajoutions-nous, implique précisément, à tel ou tel moment de la durée, une claire manifestation de celui quiest puissance personnelle, pensée vivante, amour vainqueur, Esprit se soumettant la terre, en un mot Roi du monde, au sens messianique du terme. L'Zdée du Royaume, c'est justement celui qui est l’idée de l'humanité et l’idée de la divinité, c'est Jésus-Christ. Et voilà pourquoi nous affirmons que, dans la grande bataille qui se livre, 1ci-bas, entre la lumiére et les ténèbres, le chef de l'Église, par une intervention directe, frappera le’ dernier coup et donnera le signal du dénouement (1).
Enfin, résumant notre pensée sur la Parousie en quelques thèses, nous disions : 1° La personne vivante du Christ est le point fixe au sein de l’universel écoulement. Étant seul invulnérable au milieu d'un monde qui s’use, le Christ est prédes-
(1) < I se peut qu'un grand cataclysme, correspondant à lattente d’Israël-et de l’Église primitive, soit réservé à notre planète. D’après les prévisions des astronomes, un bouleversement cosmique, dans un avenir plus ou moins reculé, serait même très probable. » (Ménégoz, Le Salut d'après l'enseignement de Jésus-Christ). Renouvier écrit, dans le même sens : « La perpétuité indéfinie de l’ordre actuel des choses est peu compalible avec ce que nous savons des forces capables de bouleverser le coin de l’espace où toute vie à nous connue fleurit, comme une efflorescence du chaos. Un cataclysme fulur est donc vraisemblable, et ordre actuel à élé certainement précédé d’un cataclysme. Le fond de ma pensée ne sera nullement alléré si, au lieu d’un cataclvsme, on doit
imaginer plus probablement un changement graduel de milieu et de
conditions, ou, mieux, une transformation lente des forces cosmiques, évolulion qui aboutirait dans tous les cas à la destruction de notre
monde vivant. Appelons alors cataclysme l'issue d’un retour progressif -
de tous les phénomènes au pur mécanisme prévu par quelques savants. » (Essais IT, Des moyens physiques de l'immortalité),
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tiné à régner ici-bas par la seule constance de son immuable vie. |
20 I] faut distinguer entre la fin de l'Æistoire et la fin du Monde. Avec la fin de l'Histoire, parvenue à son but, nous sommes dans le domaine anthropologique; avec la fin du Monde, arrivé au terme de ses destinées, nous sommes sur le terrain cosmologique. Le problème christologique embrasse l’un et l’autre champ. |
3° Vivant, le Messie exercera une royauté; il possèdera un Royaume. Ces deux idées sont connexes, sans être identiques, et correspondent respectivement aux deux concepts que nous venons de distinguer. Si le Christ doit exercer un jour une royauté, cette royauté implique sa domination morale sur des volontés librement soumises ; et si le Christ, d'autre part, doit posséder une fois un Royaume, ce Royaume implique l'exercice d’une suzeraineté matérielle sur les puissances physiques dela nature, En d’autres termes, la fin de l'Histoire est liée à l’activité anthropologique du Fils au sein de l'humanité; et la fin du Monde est attachée à l'activité cosmologique du Verbe au sein de l’univers.
4 C’est en Christ que l'Histoire attemdra sa fin; c'est en lui que le Monde parviendra au but; mais c'est par l'intermédiaire d’une crise, la « Parousie » liée à la révélation définitive de ce qu'il est pour l'humanité et la nature; et c'est vers ce point que convergent toutes les intuitions de la philosophie
religieuse, tous les pressentiments de la science, et toutes les déclarations seripturaires. |
En résumé, la Parousie nous intéresse dans la mesure où elle est liée à la révélation du salut messianique, au déploiement de la plénitude redemptrice de Christ à l'égard de l'humanité et de la nature. La Parousie du Roï ne nous intéresse pas en elle-même, mais dans sa relation avec le Royaume. On le voit, notre premier volume débouchait sans effort dans le second, et nous pouvons aborder de plain-pied notre étude sur le Royaume. Nous examinerons, successivement, la doctrine du Royaume de Dieu dans le présent et dans l'avenir. Dans une première parte, nous définirons la notion du Royaume telle qu’elle s’imposera toujours davantage à la théologie évangé-
lique; nous montrerons qu'on est encore éloigné,
dogmatiquement, de ce but, et nous rechercherons les raisons de.cet éloignement. Dans la seconde
parte, la plus considérable, nous prouverons que, :
si l'on est loin du but, néanmoins tout semble y tendre.. Dans Ia. troisième partie, nous nous demanderons comment l'on pourrait accélérer le mouvement qui parait y porter la chrétienté.
Notre butesi d'apporter une contribution à la Théologie pratique ; nos capacités (ou nos incapacités) naturelles nous interdisent de viser à l'éru: dition; d’ailleurs, les circonstances qui ACCOMpAagnent l'exercice du ministère actif, en province, nous fermaient l'accès des bibliothèques. Nous
avons, néanmoins, au cours de nos lectures, accumulé beaucoup de documents; nous en citons un certain nombre, à loisir, car la convergence des témoignages nous parait nécessaire pour détermi-
ner dans les esprits cette impression générale d'où
sortent, peu à peu, les convictions réfléchies,
La théologie protestante, au XIX° siécle, à été caractérisée par un immense effort critique dont l'Église a déjà recueilli les bienfaits dans le domaine de la pensée. Mais cet effort critique aura bientôt donné ce qu'il pouvait donner; il à fourni aux chrétiens le sens historique, une Bible renouvelée par la distinction entre le document de Ja révélation et la révélation elle-même, progressive et encore actuelle; le Messie à été rendu à la chrétienté; déja celle-ci s'émeut à la vision du Royaume de Dieu. Après l’ére de l'étude, elle va demander l’ére de l’action; après le christianisme dogmatisant, le « christianisme social. » EC c’est pourquoi, en essayant de remettre en lumière l’idée du Royaume, nous croyons poser le terram d'entente entre la libre théologie et l’apostolat le plus ardent.
Nous espérons faire plus encore; non seulement l'idée du Royaume peut mettre la paix dans l'Éolise, mais elle peut préparer un terrain d'entente, et même d'action, entre l'Église unifiée et l'esprit moderne. Cet esprit moderne, qui se définit suffisamment par une aspiration toujours plus intense vers la justice pratiquée et la solidarité consentie,
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est une portion du patrimoine chrétien. Une Église qui travaillerait contre l'esprit moderne, travaillerait contre l'Évangile. Telle est la deuxième conclusion générale qui ressort de notre étude. | Nous écrivons ces pages avec la certitude sereine qu’elles peuvent répondre aux brûlantes préoceupations de la jeunesse qui pense; avec la conviction inébranlable que la doctrine biblique du Royaume de Dieu formera le cadre de la dogmatique et de la morale au XX° siècle, et qu'elle renouvellera l'Église et la Société. Aussi convientil de méditer les majestueuses et lumineuses promesses du Prince de la Vie. Il a « vu Satan tomber du ciel comme un éclair... » Cela suffit; sur notre rétine étonnée demeure l’éblouissement de cette même vision,
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