VI. — Le Royaume spirituel (néant
Pour identifier le Royaume avec un état de l’âme, on citera peut-être ce texte unique, Rom. 74/17: « Le Royaume de Dieu n’est ni aliment ni breuvage, mais justice et paix et joie par (ou dans) l'Esprit saint. »
Dans les thèses imprimées à la fin du premier volume, nous avons nous-même cité ce texte en faveur d’une notion spirituelle du Royaume. Mais en y regardant de plus près, 1l nous semble que Paul n’oppose pas ici la notion d’un Royaume spirituel à la notion d’un Royaume concret; ce n’est pas au Royaume terrestre du Christ que l’apôtre oppose la justice, la paix et la Joie, mais bien aux rites morts des religions formalistes; car si l’on prétend que Paul a écrit : « Le Royaume de Dieu consiste dans la paix, » il faut lui attribuer cette négation absurde, au début de la phrase : « Le Royaume de Dieu ne consiste pas dans de la viande. » La vraie pensée de Paul, c’est que le Royaume ne s'établit point par des cérémonies religieuses, mais par des réalités morales. Et il ajoute, en effet, immédiatement : c'est par la justice, la paix et la joie qu’on sert le Christ. Le Sosketuv r& Xprorw, C’est le disciple qui travaille à l'avénement du Roi-Messie.
(4) Lütgert, dans sa substantielle étude sur le Royaume, examine les passages où lon trouve quelque synonyme de l'expression Le Royaume : Cum, D0EX, oUpavos, ratyyevvioia, aroxatäotaats, elc. Il examine aussi les antithèses à l’idée du Royaume : x0asts, do, aiwv éxetvos, Royaume de Satan, etc.
Si l’on admet que l'attente du Seigneur dominait, dans la vie de Paul, cette pensée d’une activité préparatoire au retour du Christ, alors la justice, la paix et la joie désigneront les dispositions intérieures de ceux qui entreront dans le Royaume, voire même de ceux qui y sont entrés dès icibas. (Voir plus haut Col. 1/13). Car on peut se figurer le Royaume de Dieu comme un empire actuellement séparé en deux provinces : la terre et le ciel. Sur la terre, Île Royaume est imparfait et incomplet; dans le ciel, le Royaume est parfait mais incomplet, puisque le ciel n’est qu’une province de l’empire total. Maïs la prophétie nous enseigne que le jour viendra où le ciel et la terre se rejoindront, où la nouvelle Jérusalem (pour employer les symboles traditionnels) descendra sur notre globe, où sera exaucée, enfin, la requête cardinale de l’Oraison dominicale : « Que ton Royaume arrive! Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel! » Alors, il y aura identification entre la terre et le ciel; le Royaume de Dieu ne sera plus imparfait et incomplet, comme sur la terre actuelle, ni parfait et incomplet comme dans le ciel actuel, mais le Royaume sera, tout à la fois, et parfait et complet.
Dès lors, même en admettant que- saint Paul dans le texte examiné, décrit les dispositions intérieures de ceux qui sont entrés dans le Royaume, nous ne pourrions aucunement tirer de ce passage la conclusion anti-scriptu-
raire que l’apôtre identifie le Royaume avec le règne de la.
justice, de la paix et de la joie dans les cœurs. C’est là une conception extra-biblique, et en faveur de laquelle nous ne pensons pas que l’on puisse fournir un seul verset décisif,
de la Genèse à l’Apocalypse. En résumé, le texte Rom. 4117
doit se ranger, dans notre classification, sous la rubrique V.
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SECTION A. — LE BUT (suite)