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CHAPITRE DEUXIÈME ; LES CONCLUSIONS

Oùtws rpocedyeode: EÀfaru n BasrAsia

sou (Mat. 6/9).

Qu'est-ce que le Royaume de Dieu, dans la phase actuelle de son développement, savoir depuis le début de l’ère chrétienne? C’est le rayonnement social de la personnalité du Christ, c’est-à-dire la pénétration progressive de l’humanité par l’esprit du Messie et les résultats éternels qui en découlent. Le Royaume se forme autour du Roi, comme le corps autour du germe. Le Roi est le foyer vital dont l’activité extensive se mesure à l’intensité de sa chaleur créatrice et rédemptrice, danslesténèbresglacées du monde ; celui-ciessaye, tropsouvent, d’étouffer l'influence qui émane du Vivant; mais celui-ci agit sur le genre humain en proportion de la réceptivité morale de notre race. Et cette réceptivité augmente; elle augmente, non point parce que chaque homme naïîtrait meilleur, mais parce que chaque génération nouvelle arrive sur une terre où les victoires passées de l’esprit messianique sont concrétisées dans des institutions, dans des formes de pensée, dans une opinion

publique, dans des mœurs, dans la substance même de

l'humanité; si bien que les résultats acquis par le Roi dags son labeur séculaire se fixent d’âge en âge, et constituent,

pour chaque nouvel arrivant sur notre planète, un milieu de moins en moins défavorable à son enrôlement conscient sous les ordres du Libérateur.

Le Christ actuellement vivant, objectif, distinct de l'humanité mais invisible, besogne donc ici-bas, par son Esprit, en attendant l’heure de sa « manifestation » pour le jugement et le triomphe; cette activité spirituelle s'exerce dans le domaine de la liberté morale; mais en s’exerçant directement sur l’homme, elle agit indirectement sur la nature; en effet, le règne subjectif du Christ intérieur dans

les âmes est le germe d’un développement qui aboutit à des

manifestations extérieures, et par lesquelles se fonde le Royaume. Ce Royaume, qui était déjà présent sur la terre en la personne du Messie-Sauveur (äoynyds, initiateur), y sera de nouveau présent en la personne du Messie-Seigneur (rer, consommateur); 1l y est virtuellement présent dans la période intermédiaire, qui est celle où se fabrique, au prix d’un prodigieux labeur, le mot composé : Sauveur- Seigneur, en d’autres termes : Jésus-Christ. Ce petit trait d'union, entre Jésus et Christ, est une suture qui n’est pas encore totalement consolidée; et cette expression « Jésus- Christ, » à laquelle nous sommes habitués, n’est pas encore justifiée par les faits : le Sauveur Jésus n’est pas encore le Seigneur Christ.

Chacun sait que Jésus signifie Sauveur (Mat. 1/21); il est

non moins évident que Christ signifie Roi. Dans le récit de la Passion, Matthieu mêle les mots de Christ et de Roi pour désigner l'accusé; d’après le premier évangéliste, Pilate aurait dit : € Vous relâcherai-je le Christ? » el d’après Marc : « Vous relâcherai-je le roi des juifs? » D’après le second

évangile, les railleurs s’écrieñt : « Que le Christ, le roi.

d'Israël, descende de la croix! » Dès lors, l’écriteau suspendu

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au-dessus du crucifié revêt une signification inattendue, car il doit se comprendre ainsi : «Jésus le Christ. » L’ironie était aussi grossière que si l’on avait inscrit : L’esclaveempereur, le Rien-Tout; et il ne faut pas oublier que la rencontre des deux vocables Jésus et Christ produisait une effroyable cacophonie pour l'oreille des chefs judéens. Mais l’histoire a démontré que le jeu de mots outrageant était une prophétie solennelle.

Pour comprendre la période actuelle du Royaume de Dieu, il faut nous pénétrer de cette pensée que l’enjeu du combat entre la lumière et les ténèbres, c’est l’expression inouie : « Jésus-Christ. » Pour les ténèbres, cette formule est une satire, et il faut que le mot Jésus absorbe dans son néant le mot Christ; mais, pour la lumière, cette même formule est un programme, et il faut que l’épithète Christ absorbe dans sa plénitude infinie le nom d’un chétif nazaréen : Jésus.

Les disciples du Baptiste auraient bien voulu léguer au monde la formule Jean-Christ (Luc 3/15). Et, parmi les sectateurs du véritable Messie, quelques-uns avaient forgé des expressions qui n’ont pas eu cours : Jésus-Fils de David (Luc 18/38), Jésus-Prophète (Mat. 21/11), Jésus-Seigneur (Luc 24/3, Actes 8/16). Si l’on veut bien se reporter aux passages que nous indiquons en note (1), on se fera quelque idée des

(4) Remarquons, d’abord, que l'étude exégétique peut être rendue difficile, dans les versions courantes, par un vice de traduction qui consisterait à écrire, par exemple, Jésus-Christ, lorsque le texte porte : le Christ Jésus, ou «Christ» quand le texte porte : «le Christ. » — André dit à Pierre : « Nous avons trouvé le Messie, » (Jean 1/41) et l'évangéliste ajoute : C’est le terme qu’on rend en grec par le mot Christ. — Pierre, à son tour, dira : « Tu es le Christ! » (Mat. 16/16). — Le quatrième évangile, plus que les autres encore, est plein des controverses et des rumeurs suscitées par l’épithète messianique attachée au nom de Jésus. « Les magistrats auraient-ils connu qu'il est le Christ? »

circonstances qui ont amené au premier plan le titre Jésus- Christ, symbole permanent du grand labeur qui marque l’évolution actuelle du Royaume. Or, ce Royaume passé, présent ou futur, est toujours objectif; les cent passages que nous avons examinés sont décisifs sur ce point. Le Royaume n’est pas subjectif, c’est-à-dire qu’on ne peut le confondre avec les qualifications spirituelles qui le préparent ou le propagent; d'autre part, le Royaume n’est jamais

ecclésiastique; on ne peut l'identifier, ni avec un Royaume

(7/26). Quand le Christ viendra, nul ne saura d’où il est (7/27). Le Christ fera-t-il plus de signes? (7/31). Les uns disaient : Cest le Christ! Les autres : Le Christ vient-il de la Galilée? (7/41). Les Juifs avaient décidé que si quelqu'un le confessait comme le Christ, il serait exclu de la Synagogue (9/22). Les Juifs lui demandèrent : Jusques à quand tiens-tu notre âme en suspend? Si tu es le Christ, dis-le (10/24). Marthe lui dit : Je crois que tu es le Christ / 1 1/27). La foule lui dit : Nous avons appris que le Christ demeure éternellement, et comment dis-tu qu'il faut que le Fils de Phomme soil élevé? (12/34). (Ainsi, la foule identifie les termes : « Fils de l’homme » et « Christ. ») D'ailleurs, Jésus luimême a confessé explicitement sa messianité (émplicitement, à chaque instant) : « Je suis le Messie, » dit-il à la Samaritaine (Jean 4/95) et à Caiphe : « Je suis le Christ » (Mat. 26/63). Dans la prière sacerdotale, le vœu suprême du Rédempteur, c’est que l'humanité arrive à réunir les mots Jésus et Christ : « Père! la vie éternelle, c’est qu’ils connaissent

Jésus-Christ » (Jean 17/3). Et l’évangéliste qui rapporte ces paroles. avoue qu'il espère contribuer, par son récit, à l’exaucement de cette prière : « Ces choses ont élé écrites, afin que vous croyiez que Jésus est .

le Christ » (Jean 21/31). — Les paiens n'ignoraient pas cette alliance de mots (« Que ferai-je de Jésus qu'on appelle Christ? » demandait Pilate. — Mat. 27/92) et elle suggéra le sobriquet dont furent affublés les « christianistes » ou « chrétiens. » Les Actes-des apôtres ne laissent pas de doute sur le contenu de la prédication primitive : c’est le Royaume, ou le Christ, ou la démonstration tantôt que Jésus est le Christ, tantôt que le Christ est Jésus (5/42, 8/5, 8/19, 9/22, 18/5,928, 28/34, etc). « Dieu l’a fait Christ! s’écrie Pierre, ce Jésus que vous avez crucifié » (2/36). Et Jean va jusqu’à écrire : « Quiconque croit que Jésus

est le Christ, a été engendré de Dieu » (1 Jean 5/1). Et Paul résume :

ainsi son évangile, dans une formule où se retrouvent les expressions caractéristiques du premier et du dernier verset du Nouveau Testament : € Nous prêchons Christ Jésus Seigneur » (2 Cor. 4/8).

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visible de l’Église, ni avec un Royaume invisible du ciel. Ce ciel de la foi populaire, nous l’appelons «ecclésiastique, » parce qu'il n’est point biblique; il a pour base, non les Écritures, mais la dogmatique dite chrétienne (1). Le Royaume scripturaire est un organisme concret, lequel ne coïncide ni avec l'Eglise ici-bas, ni avec le Ciel là-haut, et qui, dans son épanouissement définitif, à la fin des temps, opèrera la synthèse entre le Royaume visible et le Royaume invisible (l’Église et le Ciel, sous leurs formes actuelles, sont temporaires). Le Royaume scripturaire est donc, avant tout, un Royaume eschatologique; ce qui n’exclut point la réalité d’un Royaume préparatoire composé de ceux qui se soumettent à la volonté du Fils — dans ou hors de l’Église, avec ou sans la foi au « ciel. »

Ainsi, nous avons considéré le Royaume dans son sujet, dans son objet, dans son mode. Considéré dans son sujet, le Royaume est constitué par le Roi, qui en forme la cellule mère, la substance génératrice, le foyer dont tout rayonne, L'activité rédemptrice du Roi suit deux lignes parallèles, soit que l’on envisage l’action du Christ immanent, soit que l’on envisage l’action du Christ transcendant. Le Christ intérieur se manifeste, plus particulièrement, dans le domaine moral de l’anthropologie; le Christ extérieur se manifeste, plus particulièrement, dans le domaine naturel de la cosmologie ; car le Restaurateur universel veut amener à bonne

(1) Entendons-nous; nous croyons de toute notre âme à la réalité actuelle du ciel, mais non à la perpétuité du ciel actuel. Le Royaume des cieux ne signifie point, comme le croit Calvin, le séjour éternel des bienheureux : « Le but de l'Évangile est de commencer ici le règne de Dieu en nous, afin qu’il nous conduise en la gloire céleste. A cause de quoi il-est souvent appelé le Royaume des cieux » (Préface au commentaire sur les Évangiles).

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fin l’œuvre totale de la création, spirituelle et matérielle (1).

Pour demeurer fidèle à la distinction que nous venons d'établir, nous devrions: écrire, maintenant : considéré dans son objet, le Royaume enveloppe les hommes (Christ subjectif) et la nature (Christ objectif). Il y a là une contradiction apparente avec l’une des thèses qui terminaient notre premier volume, et dans laquelle nous disions : « Le Christ intérieur est le germe d’un développement qui s’appelle le Royaume, Royaume qui comprend un ensemble

de biens; le Christ extérieur est le fondement d’un orga-

nisme historique appelé le Royaume, et qui embrasse un

ensemble de personnes. » Mais nous avions alors insuffisam-

ment exprimé notre pensée. Il est clair, en effet, que des biens spirituels impliquent des êtres spirituels pour les recevoir, c’est-à-dire des hommes. D'autre part, il est non moins clair que le Royaume définitif comprendra de véritables personnes, de vrais êtres humains, et non pas seulement des âmes; ce seront des hommes complets, maîtres d’un corps glorifié au sein d’un monde renouvelé, c’est-àdire, en résumé, que le Royaume embrassera la nature transfigurée.

Considéré dans son mode, le Royaume est historique, progressif, eschatologique; ces mots se définissent d’euxmêmes, par la lecture des passages que nous avons rangés sous ces trois rubriques.

(1) Les pesantes formules de théologie qui précèdent, sont unique-

ment lexpression grossière de cette vérité souveraine. Nous ne tenons

pas à ces formules, les mols ne nous grisent point, nous ne perdons

pas de vue leur caractère symbolique; tout système est un poème, et

ne saurait contenir la réalité infinie dans ses concepls-images. Seule-

ment, Comme nous ne prétendons point penser en dehors des conditions de la pensée humaine, nous ne nous excusons point d'écrire

« Christ intérieur, Christ extérieur, » bien que nous sachions quil s’a-

Voilà ce que nous savons du Royaume de Dieu, considéré dans la phase actuelle de son développement, c’est-à-dire depuis le début de l’ère chrétienne. Mais que savons-nous de la phase antécédente et de la phase conséquente?

L'idée de la royauté divine est partout, dans l’Écriture; elle enveloppe, de toutes parts, l’idée proprement chrétienne du Royaume. On pourrait même distinguer, dans la Bible, deux grandes conceptions du Royaume de Dieu, celle que nous appellerons le Royaume des Psalmistes, et celle que nous nommerons le Xoyaume des Prophètes. Le Royaume des Psalmistes s'affirme dans le domaine de la création, c’est la manifestation de la puissance de l'Éternel dans la

nature: Jéhovah règne! Sans doute, le récit de l’œuvre dessix

jours suffirait à montrer que ce règne a ses degrés et ses bornes; l’évolution, dans le passé et dans le présent, etlesimperfections inhérentes à l’ordre actuel des choses, démontrent que la domination de Dieu dans l’univers, même simplement matérielle, est à l’état de devenir. La suzeraineté du Créateur n’est donc pas un bloc, un tout achevé, uniforme ; sous celte apparente passivité le dynamisme se déploie, et

git d’un seul et même Christ, et que ces distinctions, objectivées dans l’espace, n'existent que dans notre cerveau. Toutefois, ces distinctions qui n'existent pas sous leur forme spatiale, existent cependant, car il n’est pas indifférent de croire où non au Christ objectif. C’est pourquoi nous employons, sans scrupule, des expressions qui sont le rayon — réfracté, sans doute — mais enfin le rayon d'une vérilable lumière. El de même que les savants continuent à dire : le soleil se lève et se couche, de même nous continuerons à dire : Christ est assis à la droite de Dieu, ou encore : Christ est le Fils unique du Père, ou encore : La Parole a été faite chair, ou encore : Le Seigneur viendra sur les nuves. Nous l’avons dit, en terminant notre premier volume : « Jésus-Christ s’est réellement posé en Roi, et la prédiction de sa Parousie était la formule eschatologique de cette affirmation fondamentale. » Pourquoi essayer de forger, pour exprimer les mêmes idées que le Maitre, un langage soi-disant plus adéquat ?

ce séculaire nisus revêt une signification émouvante pour” qui admet la philosophie chrétienne de la création, celle du prologue de Jean et du premier chapitre des Hébreux, celle de l’épître aux Colossiens. (Cf. aussi 1 Cor 8/6). Car nous discernons alors, jusque dans la clarté physique du soleil, la lumière du Logos; nous saluons l’activité du Verbe dans toutes les manifestations de la vie, nous assistons déjà, dans la nature, aux travaux du Rédempteur, aux développements de l’œuvre restauratrice. Mais il est évident que ces diverses considérations étaient étrangères aux psalmistes; et, quand ils affirment que le monde est l'empire du Seigneur, ils considèrent bien ce Royaume comme un tout donné, comme une réalité actuelle.

Ce n’est pas là encore le Royaume de Dieu proprement dit, savoir celui des prophètes; ceux-ci regardent vers l’avenir, vers une domination qui devrait Ss’exercer et qui s’exer-. cera, mais qui ne s’exerce point encore. Du reste, il est indubitable que les chants des psalmistes sur la suzeraineté absolue de l’Éternel dans la nature (suzeraineté quotidiennement démentie par les faits) revêtaient déjà quelque chose d’héroïque, sonnaient comme un défi aux catastrophes et prenaient une couleur prophétique. Dans l’état actuel de la terre, il est impossible à un homme loyal d'affirmer que «Dieu règne » matériellement ici-bas, sinon par un acte de foi qui s’identifie, implicitement, avec l’espérance messianique.

Cette espérance, qui est précisément celle des prophètes, c'est l’attente inouïe d’une humanité juste sur une terre transformée. Ici, nous tenons la substance même du Royaume de Dieu spécifique, nous sommes au centre de la Bible. Une terre transformée! Voilà la seule justification possible des affirmations poétiques sur la royauté divine dans la

nature. Une humanité juste! Voilà le but souverain : la nouvelle Jérusalem, la Cité de Dieu. Cet exaucement de l’Oraison dominicale constituera le Royaume proprement scripturaire, le Royaume de la gloire.

Entre le Xoyaume de la puissance, antérieur à l’histoire, et le oyaume de la gloire, postérieur à l’histoire, se place

le Æoyaume de la grâce (1). L'activité divine, à l’époque

préhistorique, posait dans la nature les conditions d’un milieu propre au développement de la vie spirituelle (2). L'activité divine, à l’époque post-historique, manifestera dans la nature les splendeurs d’un milieu approprié à la maturité victorieuse de la vie spirituelle. Enfin l’activité divine, à l’époque historique, s'affirme progressivement par le Royaume de la grâce, qui est la transition entre le Royaume de la puissance et le Royaume de la gloire.

Et, en effet, à côté du Royaume des psalmistes, à côté du Royaume des prophètes, nous trouvons encore, dans la Bible, le Royaume des-évangélistes et des apôtres. C’est le Royaume des prophètes vu à travers un premier accomplissement des prophéties, à travers le Jésus qui est en voie de devenir le Christ. Nous avons dit, plus haut, que le Royaume, dans son développement actuel, débutait avec l’ère chrétienne; mais nous pouvons maintenant ajouter, sachant que nous serons compris : le Royaume de la grâce est celui dont le Sauveur est le centre; le centre dans toute la force du terme, puisque ce Royaume avait commencé avant l'apparition visible du Roi, et se continue après elle. Car Israël était déjà le Roi, et l’Église est encore le Roi.

(1) Ces distinctions appartiennent à A. Dorner, dans un ouvrage sur l'Eglise et le Royaume.

(2) K, Leenhardt : « La biologie est Félude de Fapparition, sur la terre, d'un milieu propre au développement de la vie spirituelle, »

D'Abrabam jusqu’à nos jours, sans interruption, le Messie est historiquement présent dans l'humanité, il sy manifeste d’une manière concrète; c’est l’activité générale et pour ainsi dire intemporelle du Logos dans la nature, devenant chronologique et palpable dans l’histoire.

Et quant au résultat ultime de cette incarnation prolongée, persévérante, encore une fois c’est le Royaume glorieux du. Messie, c’est la réalisation des prophéties qui ne sont point encore accomplies. Bien des lecteurs s’étonnent, en étudiant l’'Écriture, du silence qu’elle observe sur les conditions de la vie future, et ils essayent d’y suppléer par des spéculations éthérées. Or, ils ne se doutent pas que « le bonheur éternel » est dépeint tout au long dans les prophètes; ils ne yoient pas qu’en nous décrivant la terre transfigurée, les voyants nous décrivent le ciel, un ciel solide, un ciel où l’amour et l’art, la prière et la beauté s’épanouiront dans le cadre de la nature affranchie, un ciel où l’on vivra.

En résumé, l’on pourrait dire, pour fixer les idées, et sans prétendre à de rigoureuses définitions : Ge qui a existé jusqu’à présent, c’est le Royaume de la puissance, dans le domaine de la Création (Royaume des Psalmistes).

Ce qui existera, c’est le Royaume de la gloire, à l’époque de la Consommation (Royaume des prophètes).

Ce qui existe sans exister, c’est le Royaume de la grâce, pendant la période active de la Rédemption progressive. (Royaume des Apôtres. Cest celui qui avait commencé en Israël, qui se continue par l’Église, et qu’on pourrait appeler, dans la phase actuelle de son développement, le rayonnement social de la personnalité du Messie).

Le Royaume de la grâce existe, disons-nous; mais en affirmant qu’il se manifeste par l’Église, nous ne prétendons pas qu’il se présente sous la forme de l’Église. L'Église

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évangélique, l’assemblée des disciples authentiques du Messie, est l'instrument le plus efficace pour la réalisation graduelle du Royaume; toutefois, celui-ci est autre chose que l’Église.

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De même, le Royaume est autre chose que l’État. L'Église

est la grande inspiratrice des devoirs, l’État est le grand défenseur des droits. L'Église et l’État relèvent également du Christ. Le Messie Rédempteur, le Crucifié, est le chef de l’Église; le Messie Pévélateur, le législateur du Sermon sur la montagne, est le chef de l'État : il veut modeler les mœurs et les institutions en enseignant par la Loi. Mais l'État, comme l’Église, n’est qu’un instrument au service

du Royaume.

La fin suprême dont l’Église et l’État sont les moyens, c’est la Société. La Société! Voilà le champ d’action du Messie révélateur et rédempteur ; c’est là qu’il veut régner, en pénétrant de son esprit la famille, l’art, la littérature, en multipliant et en sanctifiant les manifestations de la solidarité humaine.

L'État a été le chef-d'œuvre du paganisme. L'Église a été le chef-d'œuvre du christianisme. La Société sera le chef-d'œuvre du messianisme (1). La Rome impériale et la

(4) A propos de ce terme, nous tenons à prévenir les malentendus. Les non théologiens diront ne le point comprendre ; les théologiens äffirmeront le comprendre trop bien; pour. ceux-ci, il évoque une lonvue série de folies apocalyptiques rejetées peu à peu de Phisloire par fa science et la conscience; pour ceux-là, le mot n’évoque rien, sinon la vision d'un dictionnaire qu’on n’a pas toujours sous la main. Nous demanderons aux uns et aux autres d'oublier leur savoir ou leur ignorance, pour s'attacher tout simplement au sens que les païens attribuaient au sobriquet de chrétien, lorsqu'ils forgèrent le mot. Leur unique but élait de railler des contemporains qui avaient toujours le nom du Messie sur les lèvres; on les appela « messianistes. » Et leurs descendants n’ont pas cessé de porter ce titre jusqu’à nos jours : on les traite encore de chrétiens. Seulement. lépithète a cessé d'exprimer la

Rome papale ont fait leur temps, l’ère de Jérusalem va commencer. Et par Jérusalem nous entendons le prophétisme, le Messie, le Royaume de Dieu.

Ce Royaume, que nous appelons le Royaume de la grâce dans la phase actuelle de son développement, existe donc virtuellement, par l’Église et par l'État, dans la Société.

D'autre part, il est permis d’affirmer qu’il n'existe point. D'abord, le Royaume de la puissance, troublé par le péché, et dans lequel le Royaume de la grâce plonge ses racines, n’est pas encore transformé par la Rédemption; et le Royaume de la gloire, fleur du Royaume de la grâce, ne s’est pas encore épanoui. Et d’ailleurs, ce qui existe du Royaume de la grâce : Église, État, Société, est encore misérablement imparfait. Le cœur saigne, en présence du

vérité : le messianiste d'aujourd'hui ne pense plus au Messie. C'est ainsi qu'aux États-Unis, le mot républicain signifie conservateur, et les vrais progressistes sont obligés de s’intituler démocrates. À l'heure actuelle, dans la presse politique, le mot « chrétien » signifie en gros, de par le monde : conservateur, mystique, puritain, dévot, autoritaire, crédule, elc., c’es'-à-dire nrembre de l’Église chrétienne historique, représentant d'une chrétienté qui a ses dogmes, ses rites, sa religion, disciple de la deuxième personne de la Trinité, lhypostase qui ouvre le ciel aux fidèles qui confessent, en certaines formules sa divinité métaphysique. Voilàles impressions qu'éveille le mot de christianisme dans le cerveau occidental. — Ne:-serait-il point permis, pour exprimer un nouvel idéal, d’employer un mot nouveau? Eh bien! nous n’irons pas jusque là; nous conserverons le mot de « christianisme, » mais nous parlerons hébreu

au lieu de parler grec, et nous dirons « messianisme, » c’est-à-dire

retour aux origines, retour à l’hébraisme scripturaire (non au judaismeé

pharisien apocalyptique), retour au prophétisme, à la vision du Royaume :

de Dieu. Nous croyons de toute notre âme que le christianisme redeviendra le messianisme. Perdra-t-il son nom de christianisme? L’imporant n’est pas qu'il se modifie formellement, mais substantiellement.

Que si l’on raille les efforts des néo-chrétiens, des néo-messianistes, ces

railleries seront la répétition des traits d'esprit qui valurent aux chréliens d’Antioche, aux messianistes primitifs, le nom qu’ils nous ont légué. Ces railleries confirmeraient les disciples du Roi dans la pensée qu'ils se sont réellement attachés, au vu et au su de tous, à Jésus- Messie! À

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monde actuel, quand on pense que le Messie a donné sa vie pour que le monde füt, précisément, autre qu'il n’est actuellement. Devant cet échec de l’amour, on resterait muet de désespoir et paralysé de terreur, si la prophétie n’illuminait point l'avenir, et si la claire vision du but ne révélait pas les réformes qui s'imposent dans le présent. Parmi ces réformes, il n’en est pas de plus urgente que l'adoption franche, réfléchie, totale et courageuse du plan divin pour le salut du monde: ce programme est aussi simple qu’il est vaste; il est contenu dans la doctrine biblique du Royaume de Dieu (1). |

(4) Lütgert pose le problème suivant : Comment se fait-il que le Royaume, dans les Évangiles, soit présenté, à la fois, comme une réalité présente et comme un bien futur? Il répond : Le Royaume, ce sera le monde renouvelé! Mais c’est Dieu qui le renouvelle; Dieu opère le Royaume et, dans ce sens-là, le Royaume est dans le ciel, c’est-à-dire actuel. « Le Royaume est toujours considéré comme un.don de Dieu. Cest une réalité objective. Dieu établit le Royaume par le Christ, et le Christ l'établit par la vertu de Dieu; le Royaume de Christ est le Royaume de Dieu. Le Royaume est une forme du monde qui réalise la volonté de Dieu à l'égard des hommes, ceux-ci prenant enfin conscience de la pensée de Dieu en leur faveur. » Lütgert s'élève contre l'hypothèse qui identifie le Royaume évangélique avec une spiritualisalion de l'espérance des prophètes; il n’admet pas non plus que Jésus ait formulé, successivement, deux conceplions du Royaume. L'unité de tous les aspects du Royaume est dans le fait que le Royaume est contenu dans le Roi : « L'activité totale de Jésus, le don de Dieu en lui, tout entier, voilà le Royaume » (p. 72). H est le Royaume présent et le Royaume futur : « En sa qualité de porteur de l'Esprit, Jésus est le Fils de Dieu dans la mesure où il actualise lactivité de Dieu et révèle le Royaume

présent: il est Fils de l’homme, dans la mesure où lactivité de Dieu et

le Royaume sont encore cachés en lui. » Lütgert sait lire tout PÉvangile à la lumière messianique. « Dieu est Père, dit-il, en sa qualité de donateur du Royaume. Par l’activité de Jésus, le Royaume approche

. de ses auditeurs, et, avec le Royaume, le nom de Dieu en sa qualité de

Père. Recevoir le Royaume, c’est être enfant de Dieu » (p. 106). Quand Dieu est appelé bon, ce n’est pas une appellation passive, mais active (Durcli &y400s wird Gott nicht als ruhender, sondern gerade als gebender und schaffender bezeichnet, p. 170). La mort même de Jésus rentre dans le cadre évangélique du Royaume: car le Sauveur a dit : Celui

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