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heur universel. Elle assurera l’immortalilé à ceux qui la feront, par grâce. C’est à peu près tout ce que nous savons et pouvons savoir. Le reste, au surplus, m'est égal; il arrivera ce que Dieu voudra. Le reste m'est, en outre, défendu. J'ai autre chose à faire, puisque le présent seul est à moi, et puisque la terre seule (voire un petit coin de cette terre) m'est assignée comme point de vue et comme champ d'action. » Voilà qui est typique. Encore un trait instructif; le missionnaire Coillard a écrit : &« J’entendais, un jour, un pasteur faire la remarque qu'il n’avait jamais prêché sur le retour du Seigneur. Il disait : &« Nous ne prêchons que l'Évangile, nous! » (Journal des Missions, décembre 1896).
En définitive (et ici encore, nous raréfions les citations), l’Eschatologie semble être au ban, non seulement de la théologie, mais encore de l'Évangile, voire du « Christianisme social! » Avouons-le sans détour : nous comprenons parfaitement ces méfiances ; nous les avons partagées nousmême, nous les partageons encore dans une grande mesure. Nous éprouvons le plus profond dégoût pour le fanatisme chiliaste, les inepties millénaires, l’intransigeance adventiste et autres aberrations, dont nous avons tracé le tableau à la fin de notre premier volume. En même temps, nous ressentons une salutaire frayeur à l’égard d’un retour offensif de la mélaphysique ancienne, sans racines dans la psychologie et l’histoire, et qui n’aboutit qu’à de vastes poèmes spéculalifs, quand elle ne dégénère pas en dogmatisme autoritaire. Sans doute, nous croyons à la mission de la pensée synthétique, et nous croyons au rôle de la métaphysique dans l'avenir (1); mais avant que la
(1) «Il peut y avoir quelque excès, et même quelque étroitesse, dans l'habilude où nous sommes de ne voir toules choses que dans le devenir.
déduction retrouve son champ d'activité, il faut que l'induction achève de le lui préparer. Nous sommes done à même de sympathiser avec les détracteurs de lEschatologie. Toutefois, nous ne sommes plus des leurs. Nous considérons leurs protestations comme la conclusion presque inévitable, mais regrettable cependant, de prémisses défectueuses; ils sont les victimes d’une mauvaise orientation de la pensée et de la piété chrétiennes. Mais si le christianisme a fait un faux départ, il est encore à temps pour corriger une erreur qui n’a pas duré deux mille ans. Vingt siècles, dans l’histoire, qu'est-ce que cela? Dans le sablier de l’univers, les éons accumulés forment un grain de poussière. Sachons donc regarder la réalité en face; le christianisme est né d'hier; ses premiers pas, hésitants, l'ont conduit dans la fondrière du catholicisme; mais ses forces croissent avec les années; il va se dégager du fossé, il clora la parenthèse du romanisme, et il recommencera sa marche au grand soleil, sous les traits vigoureux du messianisme. Si celte affirmation a besoin d’être démontrée, nous espérons, dans les pages qui suivent, esquisser les linéaments de la preuve.
Nos enfants ramèneront sans doute la métaphysique, dont les questions élernelles, pour êlre omises, ne sont pas supprimées » (Sabatier : Rev. chrétienne. Janvier 1900).