‹ L'espérance chrétienneChapitre 19 sur 52 · III, — L’'ANTICHRISTIANISME À. — LA TRIPLE CRISE · texte numérisé non relu

III, — L’'ANTICHRISTIANISME À. — LA TRIPLE CRISE

eos Toù atcvos tobtou étu- DÂWGEV TX VOAUATA TV ATIGTUY els TO UN AUYAGAL TOY SWTIOUOY Toù \ u \ evayyeAov This O0Ens Toù Xp1oroù (la bonne nouvelle de la gloire du Messie, 2 Cor. 4/4).

Parmi les maîtresses forces qui travaillent à l’éclosion de la doctrine du Royaume, nous avons nommé le ritschlianisme théologique, et l’évolutionnisme scientifique ou social; il nous reste à mentionner l'influence la plus puissante, et que nous appellerons « l’antichristianisme. » Nous groupons sous cette rubrique, non seulement les attaques injustes, ou méritées, qui sont dirigées du dehors contre l’Église et qui l’obligent à faire son examen de conscience, mais encore, et surtout, les innombrables manifestations d’un malaise grandissant au sein de l’Église elle-même, effervescence inouïe qui est le signe du désarroi dogmatique, éthique, ecclésiastique. Et, de même qu’à l’époque de la Réforme l'élite morale de la chrétienté crut devoir s’arracher au Catholicisme, de même, à l'heure actuelle, les esprits les plus pénétrés de la sève évangélique méditent sur l’urgence d’une rupture avec le Chris-

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tianisme dégénéré ou travesti, involontairement solidaire d’un passé qu’il répudie ou d’un présent qu’il condamne, et paralysé par là même. Après avoir abandonné le crucifix pour la croix, on délaisserait le christianisme pour le Christ, mais pour le Christ hébreu des Écritures, et non pour le Christ he;lène des conciles. En d’autres termes, le mot Christ étant la traduction en grec äu mot hébreu Messie, le christianisme deviendrait, substantiellement, le messianisme ; c’est-à-dire un christianisme sans les jésuites, nourri des prophètes et des apôtres, non des Pères et des papes. |

L’Antichristianisme, ainsi compris, est un fait. C’est un fait que le christianisme est battu en brèche par l’incrédulité qui le haiït, par le cléricalisme qui le défigure, par le protestantisme qui veut le réformer. Il va de soi, hélas! que, parmi les blasphémateurs, il y a une foule de jouisseurs et d’orgueilleux qui cracheraient à la face du Fils de Dieu lui-même, parce qu’il incarne la sainteté morale. Mais il faut noter, aussi, que beaucoup de nobles esprits s’acharnent contre le christianisme, non pas au nom de instinct animal, mais au nom d’un généreux idéal social. Ils en veulent à une religion qui se prétend universelle, définitive, et qui semble s’accommoder d’une société comme la nôtre. Clémenceau écrivait, à propos d’un livre matérialiste sur la mort : « Le christianisme n’a pu rien trouver de mieux, pour inquiéter la vie, que d’exagérer l’horreur de la mort. Son seul moyen d'action, c’est la crainte de la mort, poussée au delà de toute mesure, imposée comme une préoccupation de tous les instants. Et toutes ses règles, toute sa notion du devoir, toute sa morale, se réduisent à un placement à gros intérêts pour la vie présumée d’au delà de la tombe. Il se résume lui-même, pratiquement;

dans cette formule d’objurgation : Songez à votre salut! Or, le salut consiste à éviter les griffes du diable, et à s'assurer une bonne place au paradis. Comment veut-on que nos sociétés conservent, dans son intégrité, une vie morale basée sur des conceptions aussi enfantines? » Ces conceptions sont celles du catholicisme. En 1895, nous avons entendu, dans une chapelle romaine, une

méditation sur l'emploi du temps, et l’orateur s’est expri-

mé ainsi : «Si Dieu accordait à l’un des damnés la grâce d'échapper à l’enfer, et de revenir sur la terre pendant un quart d'heure, pour faire son salut, à quoi emploierait-il ces minutes? Il accomplirait un de ces actes de charité, qui sanctifient et justifient, ou s’imposerait l’une de ces pénitences effroyablement cruelles qui expient nos fautes. » En voilà assez pour légitimer les indignations d’un Clémenceau ; pour quiconque à étudié l’histoire des religions, tout est païen dans ces quelques mots : païen ce Dieu bourreau, païen cet enfer éternel, païen ce salut qu’on se fabrique, paiennes ces pénitences cruelles, paienne enfin cette pseudo-charité qui consiste à viser le prochain pour s’atteindre soi-même, par le mystérieux choc en retour d’un carambolage myslique. Aussi, l’antichristianisme n’a pas de ferment plus actif que le romanisme. | Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement, c’est la part du protestantisme dans cette crise. Or, au sein des églises issues de la Réforme, les cadres ecclésiastiques et dogmatiques se disjoignent; ce serait peu encore, mais la piété elle-même cherche sa voie, C'est-à-dire que la chrétienté évangélique est atteinte dans la volonté (activité gouverne: mentale et organisatrice de l’Église), dans la pensée (dogme); dans le sentiment (vie pratique, bienfaisance, culte, etc). Les grandes hérésies des premiers siècles s’entredéchirent

sous de nouveaux noms. Le donatisme étail une hérésie | ecclésiastique, son mot d'ordre était : Pas de sacrement administré par les indignes! — et nous voyons, aujourd’hui, des chrétiens qui se retirent, non seulement de toute église officielle, mais de toute église organisée, au nom de l'idéal historique d’une communauté des purs. Le pélagianisme était une hérésie dogmatique, son mot d'ordre était : Pas de péché collectif, héréditaire; il n’y a que des individus, et qui jouissent, à leur naissance, d’un libre arbitre intégral, comme Adam! — et nous voyons, aujourd’hui, des systèmes théologiques où la notion du péché est énervée, où la coulpe devient la transition fatale à quelque état moral supérieur. Le montanisme était une hérésie pratique, son mot d'ordre était : Pas de travail qui soit une collaboration au labeur humain, un affermissement de la société en vue du lendemain, car le siècle est mauvais et tout va sauter! — et nous voyons, aujourd’hui, non seulement des sectes millénaires qui annoncent l’imminence de la Parousie, mais de puissantes églises, fortement enracinées dans le monde, et qui prêchent le néant de l'existence présente au prix des biens éternels.

Mais laissons ces aperçus généraux; et creusons plus profondément, pour mettre au jour le désordre des esprits au sein de la chrétienté, même évangélique. Nous examinerons, successivement, la crise dogmatique, la crise éthique, et la crise ecclésiastique.

1° La crisé dogmatique.

Sans le savoir, Darwin a peut-être secoué la base de la théologie traditionnelle plus radicalement que Galilée. L’astronome a détrôné la terre dans l’espace, mais le naturaliste a détrôné l’homme, lui-même, sur la terre. Nous ne savons plus où suspendre le tableau de l’univers que les

théologiens avaient laborieusement peint en plusieurs siècles ; il fallait, à ces couleurs le demi-jour de la Cathédrale, non la lumière crue du Muséum ou de la Bourse du travail. Et alors, le doute anxieux, le scepticisme amer, ou l’incrédulité morne, ont passé comme un rouleau de fer sur les croyances de nos contemporains. ‘

Notre but n’est pas d'étudier les diverses formes de cette banqueroute de la foi. Ce n’est pas chez ceux qui ne croient plus qu’il faut observer la crise dogmatique, mais bien chez ceux qui croient; d’abord, chez ceux qui s’efforcent de croire autrement, ensuite, et surtout, chez ceux qui défendent la croyance traditionnelle.

Parmi ceux qui réclament une refonte du dogme évangélique, il faut citer, naturellement, les théologiens scripturaires, ceux dont la première préoccupation n’est point de justifier les croyances courantes par des textes bibliques (1), mais de se plonger dans l’atmosphère de l’hébraïsme et de se laisser pénétrer par la pensée des prophètes. Parmi ceux qui reconnaissent, franchement, la nécessité d’un dogme nouveau, nous citerons Kaftan, (Glaube und Dogma, 1889. Brauchen wir ein neues Dogma? 1890). La thèse est très intéressante; il faut, dit-il, que la théologie protestante prenne au sérieux « l’obéissance de la foi; » il faut que « l’église évangélique nous offre des vérités qui soient des questions vitales, et non pas seulement des présuppositions et des possibilités. » Jusqu'à présent, dit-il, on considère la foi comme une croyance,

(1) On y arrive toujours. À la fin d’une version catholique de la

Bible, nous avons trouvé la liste des textes qui justifieraient la

transsubstantiation, les indulgences, la messe, la papauté, les reliques,

le purgatoire, « l'éternité des tourments de l'enfer, » ele. Tout le catéchisme romain.

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excepté quand il s’agit du salut; alors, on se rappelle qu’elle est une confiance. & La tâche actuelle du théologien, c’est de mettre en lumière le point de vue de la foi proprement dite, dans toutes les parties de la doctrine. Par exemple, la foi véritable à la divinité du Christ implique la soumission à une loi qui s'impose à notre volonté. Saluer en Jésus le Fils de Dieu, c’est vouer obéissance à cette loi. » Aussi longtemps que la dogmatique n’aura pas été révisée dans cet esprit-là, le dogme sera un fardeau pour l’Église, parce que la foi évangélique et le dogme ancien ne sont pas les parties d’un même tout.

Ces affirmations sont dignes d’attention ; mais comment se fait-il que Kaftan he prolonge pas les lignes commencées, et ne montre pas que la notion biblique de la foi-obéissance découle de la notion biblique de Dieu et du monde, et appartient à la doctrine du Royaume? C’est à ce concept fondamental qu'est désormais liée toute réforme sérieuse de la pensée théologique.

Ce que les docteurs ne font pas, les sectes l’entreprennent; c’est une loi de l’histoire ecclésiastique. Nous avons déjà mentionné, dans notre premier volume, Robert Roberts; ses livres ou ses brochures portent des titres caractéristiques : « La chrétienté égarée, ou la démonstrathon que la théologie courante est anti-scripturaire... En quoi la théologie de la chrétienté se distingue de la vérité révélée dans la Bible. La foi de la chrétienté est composée des fables prédites par Paul. » |

Voici quelques-unes des affirmations contenues dans ces ouvrages. « L’Évangile est la proclamation du Royaume de Dieu. — Ce Royaume est un état politique fondé sur les ruines de tous les gouvernements actuels. — Ce sera l’ancien Royaume d'Israël reconstitué. La récompense

promise aux chrétiens, c’est la participation au Règne du Messie. — Ce Royaume durera mille ans, après quoi la terre sera éternellement habitée par un résidu de justes rendus immortels par le Juge; tous les autres humains, ressuscités pour l’occasion, mais condamnés à la barre du jugement dernier, rentreront dans le néant. — La doctrine de l’immortalité de l’âme est une fiction païenne. — Le mot 4me, dans la Bible, désigne la créature ou ses divers aspects : personne, corps, vie, esprit, disposition, soufilé, individualité, etc. Mais le mot âme n’exprime jamais l’idée d’immortalité. — L'immortalité est le fruit de la foi en Christ. Elle a pour support la résurrection du corps, et se manifestera sur la

terre, non dans une région inconnue du firmament.

—- L'héritage des saints n’est pas le ciel, mais la terre. — Le baptême est un acte d’obéissance que ceux-là, seulement, peuvent accomplir, qui ont assez d'intelligence pour croire à la bonne nouvelle du Rovaume. Le baptême est le moyen d'une union actuelle avec le Rédempteur, laquelle prépare une parfaite assimilation avec lui, à la résurrection. Le baptême est donc nécessaire au salut, »

Quel mélange! Que d’erreurs grossières, et que d’intuitions fécondes! De même qu'il y a des pressentiments sublimes dans la doctrine des anarchistes, de même nous savons discerner, jusque dans le chaos dogmatique des sectaires « Christadelphiens » — (C’est le nom des chrétiens

qui pensent comme Roberts) — les symptômes consolants

d’un retour à l’hébraisme scripturaire, les signes non équivoques d’une lassitude profonde à l’égard de l’eschatologie ecclésiastique.

Ce que nous avons lu jusqu’à présent de plus fort, en

faveur d’une réforme des idées courantes sur la nature de l'espérance chrétienne, c’est une brochure publiée à Bâle,

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