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le Royaume. L’espérance qui anime la démocratie sociale est une aspiration religieuse ; c’est l’effort de la vie commune pour prendre conscience de sa propre sainteté; et létablis- . -sement ecclésiastique n'offre pas, actuellement, le canal nécessaire à cette prise de possession. Il faut que l’Église se repente de sa sujétion manifeste à l’argent, qu’elle libère ses institutions d’une servile dépendance à l’égard de l'or, sans quoi Dieu se tournera vers les peuples sans Église, ou vers les foules détachées de l’Église, pour chercher les canaux où coulera la vie rédemptrice qui guérira les nations. » Et ailleurs, le moderne prophète s’écrie : «Quoi! en matière de justice, le peuple devrait accepter les enseignements de ces oligarchies religieuses qui accusent les penseurs d’hérésie sur des questions de philologie hébraïque, qui refusent de confier le message de la rédemption aux hommes qui nourrissent trop d'espérance à l’égard des victoires morales du Fils de Dieu ; qui ignorent totalement, en leur qualité de corps ecclésiastiques, ces grands problèmes du juste et de l’injuste, qui sont posés, et qui mènent la civilisation à une crise qui sera, peut-être, une catastrophe! (1). Voilà une impudence colossale! Etant donné son époque et son éducation, Néron n’offrait pas un spectacle plus choquant, lorsqu'il jouait du violon devant Rome en flammes (2).»
(1) Montalembert disait, au milieu du XIX° siècle : «Quel est le-pro- * blème d'aujourd'hui? Cest d’inspirer le respect de la propriété à ceux qui ne sont pas propriétaires. Or, je ne connais qu'une recette pour inspirer ce respect, pour faire croire à la propriété ceux qui ne sont pas propriétaires ; c’est de leur faire croire en Dieu. L'Église dit aux pauvres : Résignez-vous à la pauvreté, et vous en serez récompensés éternellement» (Article signé: Un universitaire. — Petite République du 20 septembre 1900). |
(2) Parmi les ouvrages de Herron que nous n'avons pas cités, cf. À plea for the Gospel. — The new Redemption. — The chris-
Et qu’on n'’aille pas accuser les modernes prophètes de «faire de la politique !» Ils répondraient, tout simplement, appuyés sur l'exemple d’Esaïe : Cest précisément pour cela que nous sommes des prophètes. La conception biblique de «l’homme de Dieu » ne ressemble, en rien, à la conception moderne de «l’homme d'église. » Celui-ci consent à être l’homme de la religion, l’homme du dimanche et de la
sacristie, l'homme du ciel. L'autre veut être l’homme de la
vie, l’homme des jours ouvriers et de la place publique, l’homme du Royaume. L'homme d'église, quand les circonstances l’y acculent, se jette néanmoins, à corps perdu, dans la lutte électorale pour la conquête du pouvoir: 1l veut un État chrétien, c’est-à-dire légiférant au profit de l’Église. Mais l’homme de Dieu se plonge, une fois pour toutes, et délibérément, dans la lutte morale et sociale pour le triomphe du Christ ; il veut une société évangélique, c’està-dire inspirée par l’esprit du Messie, et dont le gouvernement sera le reflet. Préoccupé du succès de l’Église, l’homme d'église, malgré son individualisme outré, finit tôt ou tard par opprimer les individualités ; l’homme de Dieu, au contraire, préoccupé de l’exaucement de l’oraison dominicale, respecte l’individu et le développe. à l'infini, au nom même de la vision de l’ensemble.
Jésus a été l'Homme de Dieu par excellence. Il n’a pas organisé une église ; il n’a pas établi Le christianisme, au sens traditionnel du mot; il n’a pas même fondé une religion. Toutes les religions connues, jusqu’à ce jour, ne sont qu'un vaste système de ruses tragiques ou incohérentes pour échapper au monde. Jésus, lui seul, à remonté, auda-
tian society. — The christian state. — iences. — Between Cœsar and Jesus, etc. La Revae du christianisme social, depuis deux ans, publie souvent des traductions de ses écrits.
révéler aux-hommes, non pas comment on fuit le monde, |
“SCHAPITRE SEPTIÈME: + COONNENS
ri
cieusement, le courant de toutes les religions ; il est venu &
mais comment on le transforme ; il est venu montrer aux
vivants le secret d’une vie utile, victorieuse et pure ; il est : : venu régénérer la société. Jésus n’a jamais employé les mots de religion ou de christianisme ; ét si, par deux fois,
il a peut-être employé le mot d'église, il est surabondam- * ment prouvé que ce vocable ne revêtait pas le sens que nous lui prêtons aujourd’hui. En résumé, Jésus est resté absolument laïque, et de langage et d’intentions, c’est-à-dire
qu’il n’a jamais appartenu au clergé de son temps, et qu'il n’a jamais songé à instituer un clergé nouveau; mais il a. 23
groupé autour de lui, et animé de son esprit, une libre asso-ciation d'hommes et de femmes qui est devenue, peu à peu, a l’Église, et dont la mission unique était de propager à tra-
vers le monde, par la parole et par l’exemple, la bonne
nouvelle du Royaume de Dieu... et de l’établir effective-
ment sur la terre. 5 sn: AE
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