I. — Le Royaume des ténèbres
IT. — Le Roi Sauveur.
IIT. — Le Royaume de la lumière.
Dans sa simplicité, ce plan correspond au plan traditionnel : « Le Royaume des ténébres» correspond à la partie qu’on intitule, d'ordinaire : Le besoin du salut. «Le Roi Sauveur » correspond à la partie intitulée: Préparation et accomplissement du salut. «Le Royaume de la lumière » correspond à la partie intitulée : Appropriation et consommation du salut. Notre schema permet également d'utiliser, pour chaque partie, ces incomparables centres de cristallisation que Luther à choisis, dans l’ordre suivant : le Décalogue, le Symbole, et l’Oraison dominicale. En effet, le com-
mentaire du Décaloque s'impose, à propos du Royaume des ténèbres; le commentaire du deuxième paragraphe du sym-
bole est tout indiqué, à propos du Roi Sauveur ; enfin, le
commentaire de l’oraison dominicale, avec sa requête souveraine : Que ton Royaume vienne ! est le support naturel de la section sur le Royaume de la lumière. ;
Trop souvent, la chrétienté, placée en présence du plan de Dieu pour le salut du monde, semble négliger les maïitresses lignes de ce plan, choisit ici et là parmi les éléments que lui fournit l’Écriture, et construit en fin de compte l'Église, avec des matériaux destinés à la construction du Royaume. Mais, dans un cadre vraiment scripturaire, il est facile de répartir toute la substance de la Bible.
En ce qui regarde le Royaume des ténèbres, voici quelles seraient les subdivisions de cette première partie : 4° La société contemporaine, ou la Loi de Dieu violée dans le présent ; 2 La crucifixion du Saint, ou la Loi de Dieu violée dans le passé ; 3 La Chute, ou la Loi de Dieu violée dès l’origine. Ë
Insistons sur cette marche régressive, car la méthode suivie est la méthode inductive. Nous partons de ia réalité présente, connue de tous les catéchumènes; et leur expérience actuelle nous est un point d'appui, nécessaire et suffisant, pour descendre dans l’obscurité des siècles passés. Voici, par exemple, quelle serait l'entrée en matière: «Nos yeux s’habituent à voir des cortèges funèbres, des ivrognes, des policiers, des infirmes, des casernes, des prisons, des hôpitaux, des cabarets à tous les coins de rue, des images indécentes sur les murs ou dans les journaux, des malheureux dont les haillons frôlent des toilettes luxueuses. Et nous nous figurons que tout cela est inévitable, que l’erreur, la souffrance, le. vice et la mort appartiennent à la
954 © GHAPITRE HUITIÈME constitution même des choses. Il n’en est rien. Et, si les “4 ténèbres règnent ici-bas, c’est que lhumanité est plongée FÈ dans le péché. La volonté de la créature s'oppose à la volonté du Créateur.» Alors se placerait un commentaire très détaillé du Décalogue; on rajeunirait l’antique loi d'une manière saisissante, en l’appliquant à toutes les circons- 14 tances de la civilisation occidentale.
Pour arriver au deuxième chapitre : «La crucifixion du Saint, ou la Loi de Dieu violée dans le passé, » la transition est aisée. Il suffit d’en appeler aux souvenirs des enfants ; ils connaissent, malheureusement, des adultes, et même des vieillards, dont la conduite est en contradiction avec la Loi. Donc, le mal n’a pas commencé avec la présente génération. Du reste, une science élémentaire de l’histoire, telle qu’elle s’acquiert à l’école primaire, suffit à étayer notre argument ; parchemins, inscriptions, armes antiques, tout nous crie que les hommes étaient mauvais avant nous. Et la preuve décisive de l’iniquité universelle a éclaté au "4 Calvaire. De même qu’un ignorant apprend les effets de la # foudre en voyant un chêne calciné par l'orage, de même, pour savoir jusqu'où peut aller la puissance du Poe il 4 faut s’arrêter au pied de la croix.
Or, cette constatation mène au troisième chapitre: «La chute, ou la Loi de Dieu violée dès l’origine.» En effet, puisque les documents du passé nous montrent le péché à l’œuvre à toutes les époques de l’histoire, on peut en inférer qu'il se manifestait déjà, ici-bas, aux époques préhistoriques. On serait même tenté de conclure que l’homme est pécheur par nature, que le péché est inévitable. Or, s’il.est exact que l’homme a péché dés l’origine, il est faux que l’homme fût destiné à pécher. Et ceci nous amène à exposer =. 4 les grandes intuitions bibliques sur le problème du mal. $
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Après quoi, dans un résumé, nous exposons, dans son
ensemble, la doctrine du péché et la notion scripturaire de Dieu. Ce n’est pas le Dieu du spiritualisme, dont l’existence,
une fois posée, rend inexplicable l’intrusion du mal dans un monde créé parfait; c’est le Dieu de l’hébraïsme, que l’homme pécheur ne peut contempler qu’à travers l’atmos-
phère du mal qui nousenveloppe,et vers lequel nous nous élevons en partant de la réalité donnée: Dieu dans la nature (règne de la loi scientifique ; doctrine de la Création), Dieu
dans la conscience (règne de la loi morale), Dieu dans l’histoire (règne de la loi révélée; doctrine de la Providence).
Voilà pour la première partie du cours : (Le Royaume des
ténèbres.» Il s’agit, maintenant, d’opposer à ce sombre
tableau les blancheurs du « Royaume de la Lumière.» Mais comment passer de l’un à lautre? Écoutons les paroles que Paul met sur les lèvres du Seigneur: (Je t'envoie vers les païens, afin qu’ils passent des ténèbres à la lumière, par la foi en moi.» La deuxième partie du cours sera donc intitulée : «Le Roi Sauveur », traduction française du terme
helléno-hébreu Christ-Jésus.
Et comment arriver à exposer la doctrine de Jésus-Christ en restant fidèle à la méthode inductive? Jésus n’appartient-il pas au passé ? Assurément ; il est celui qui a souffert. Mais il appartient tout autant à l’avenir, car il est celui qui règnera. Et dès lors, appartenantà la fois au passé et à l’avenir, il appartient au présent, il vit. « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, éternellement. »
IT est donc aisé d'appliquer, ici encore, puisque le Sauveur est vivant, la méthode expérimentale. Le premier chapitre de la seconde partie sera. intitulé : {L vit. À l'appui
de cette affirmation, on apportera des récits bien contrôlés
de conversions morales authentiques ; on montrera que,
partout où Christ est présenté fidèlement à la conscience humaine, à Paris comme à Londres, en Chine comme en Afrique, partout des vies sont transformées. Il existe, en effet, une puissance mystérieuse de régénération qui travaille incessamment au salut de l'humanité, influence personnifiée dans un Sauveur vivant, qui besogne parmi les hommes par son Esprit, selon ses promesses formelles.
Il est facile de retrouver les traces de son labeur divin, à travers les siècles passés, dans les cantiques, les prières, les actes ou les discours de tous ses véritables disciples ; et si l’on ne veut point mentionner l’extase de Pascal et son dialogue mystique avec le Maître, il faut étudier, à tout le moins, l’apparition de Jésus à Saul de Tarse.
Cette apparition était celle du Ressuscité. Or, la notion de résurrection implique celle de mort. Nous voilà donc amenés, très simplement, à parler du Crucifié; car, celui qui vit, c’est celui-là même qui a souffert Dans la première partie, «Le Royaume des ténèbres, » nousavions parlé incidemment de la Passion, en insistant sur le fait que Jésus a souffert par le péché de l’homme; ici, nous abordons le sujet de face, et c’est le lieu de montrer qu’il a souffert, non seulement par le péché, mais pour les pécheurs, c’est-à-dire volontairement. En traitant avec une respectueuse gravité ce thème sublime, nous éviterons les formules métaphysiques, et tout ce qui tendrait à estomper la robuste et tragique réalité de l’histoire dans le clair obscur d’un drame transcendental. Nous nous garderons d’arracher la croix de son cadre ; nous interpréterons sa vertu par les lois de la vie, énigmatiques, assurément, mais toujours et partout agissantes au sein de l’universelle solidarité ; et nous ne perdrons jamais de vue les rapports qui relient, indissolublement, l’agonie