‹ L'espion, drame en cinq actes et en proseChapitre 3 sur 97 · SAKA · texte numérisé non relu

SAKA

Et moi , mon amie , j(^ n'oublie pas non plus notre cousin Dunwodie, le compagnon de notre enfance, celui qui devait s'unir à toi , celui qui doit devenir aussi mon frère.

AVHARTON.

Il est dans le camp des Américains , celui-lù! Mon fils et mon neveu se battent dans des rangs ennemis. — Je ne sais vraiment que dire , que faire , que penser ! Je n'ai pas les inclinations guerrières, moi, et on ne me verra pas prendre les armes pour défendre ce que les uns nomment les droits du peuple , ou ce que les autres appellent les droits du souverain! Je suis prudent, je suis pacifique, et je ne me déclare ouvertement pour aucun parti , de peur de me trouver dans le plus faible. Il me semble que ma manière devoirest bien sage!.. . Quand l'insurrection a commencé , je suis resté à New-Yorck, après avoir pris la précaution de placer une somme considérable dans les fonds d'Angleterre. Par cette adroite conduite , je devais éviter la confiscation de mes propriétés j je me croyais bien tranquille. Mais voilà que la Aille est occupée par les Anglais , et l'on me persuade qu'un plus long séjour serait un crime aux yeux des républi-

4 l'espioiv.

cains, s'ils venaient à rentrer dans New-Yorckî Je ne me fais pas prier -, nous nous retirons dans le comté de West-Chester, qui passe pour un pays neutre.

Pays neutre! où l'on se bat tous les jours.

TVHARTON.

Oui, belle neutralité! J'avais toujours cru que le territoire neutre était celui qui n'appartient à aucun des deux partis. — Eb. bien I pas du tout. C'est celui qui appartient à tous les deux. — Un jour c'est le général Clinton qui vient nous surprendre avec son infanterie anglaise! — Le lendemain, voici venir les fameux dragons de Virginie, qui mettent John Bull en déroute , s'emparent de notre habitation , et nous obligent à les suivre au quartier général 1 On nous a permis de revenir ici , c'est vrai •, mais y a-t-il moyen de se reconnaître et de savoir ce qu'on est soi-même? Sommes -nous Anglais, sommes-nous Américains? qu'on se décide! Moi, je ne demande pas mieux, je veux bien avoir une opinion. Mais qu'on m'indique au moins la meilleure^ qu'on me la donne, et je la prendrai.

FRANCIS *

11 faut nous résigner , mon bon père ; il faut attendre tout du ciel , qui, tôt ou tard , fera triompher la bonne cause.

* Francis, Wharton , Sara.

ACTli I. b

WHAKTO\.

Oui ; mais , en attendant , mes chers enfants , vous ne devez parler et a^jir qu'avec une grande circonspection , et surtout devant cet étranger que nous avons reçu hier. — Nous ne savons ni ce qu'il est ni ce qu'il pense.

SARA

A sa physionomie pleine de courage , je suis bien sûre que c'est un Anglais.

Et moi , à sa physionomie pleine de courage , à son air de bouté , à ce caractère de franchise et de noblesse qui brille dans ses traits , je parierais que c'est un des braves défenseurs de l'Amérique.

WHARTON

Vous pourriez vous tromper toutes les deux , car il n'est peut-être ni Anglais ni Américain. — Eh bon Dieu I il est peut-être l'un et l'autre.

FRANCIS

Ohl mon père I

WHARTON

Eh 1 ma chère amie , dans ces jours malheureux de guerres et de discordes civiles , bien des gens portent un naasque que le temps seul pourra faire tomber. Tel Américain mourra, accusé par ses concitoyens d'avoir été l'ennemi de leur liberté , tandis qu'il avait été en secret un des agents les plus utiles des chefs

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