ACTE V. 12 J
Que cette aiguille est lente. (Haut. ) Vous me quittez ainsi , Dunwodie ?
DUA'WODIE.
Ali ! je suis le plus malheureux des hommes.
FRANCIS
En s'éloignant , mon frère m'a remis ce billet pour vous .
DUNWODIE.
Pour raioi !
FRANCIS
Lisez, major, lisez.
Que vois-je? Pauvre Henri I quel bonheur il me présente!... mais dans quel moment I... Ahl Francis, vous ignorez sans doute ce que désire votre frère? Il veut que vous soj^ez à moi , que je devienne votre époux... aujourd'hui même !... Pardon , Francis , pardon. Je n'ose achever: vous ne m'écouteriez pas, vous me repousseriez, je le sens !... et mon devoir m'ordonne de m'éloigner , de poursuivre Henri.
FRANCIS
Vous voulez donc qu'il périsse?
DUNWODIE.
J'obtiendrai sa grâce, Washington ne me la refusera pas -, mais il faut qu'il redevienne mon prisonnier ; il le faut. On m'attend : adieu , je dois partir.
FRANCIS
(Jl part. ) Partir I et le temps semble ne pas mar-
cher. ( Haut, ) Vous voulez me quitter? Vous les sacrifiez donc à ua devoir chimérique , ces sentiments de tendresse que vous m'avez tant de fois jurés. Vous ne vous souvenez plus de ce jour où, partant pour l'armée , vous me dites : « Francis , je vais combattre ; votre image me suivra partout •, je reviendrai ; soyez toujours Américaine; faites des vœux pour votre patrie. » Eh bien ! je n'ai pas cessé un instant de prier pour elle et pour vous. Je demandais au Ciel des triomphes qui devaient vous ramener près de moi. Et vous , Dunwodie , quand mon frère , exposé à la mort , vous conjure d'être le protecteur de sa famille , l'appui, le soutien de sa sœur, de cette Francis qui vous était si chère, vous ne songez qu'à m'abandonne r.
Francis I...
FHANCJS, a part , regardant la pendule.
Un quart d'heure encore!... (^Haut, ) Allez , partez , je ne vous retiens plus I
Elle va s'asseoir sur une des chaises placées près de la pendule.
DUNWODIE, s* approchant d elle.
Que dites-vous , Francis ? Cette union que j'ai si ardemment désirée, que votre frère commande aujourd'hui , vous consentiriez à la former ?
FRANCIS, les jeux fixés sur la pendule . Henri n'est- il pas encore sous le coup de la mort , et les prières des mourants ne sont-elles pas sacrées ?