LE DOCTORAT
PREFACE
En malièie d'espionnage, lout change. Le même aele esl réputé criminel clans la personne qui le commet, innocent dans la personne qui l'inspire et le fait commettre. Et la conscience publique ne proteste pas !
L'agent suballerne d'exécution subit le dernier supplice; l'organisateur suprême reste indemne.
Le chef d'Etat, en même temps chef d'armée, qui dirige de haut tout le service d'espionnage, et qui lui-même a fait fusiller sans pitié les espions ennemis tombés entre ses mains, esl personnellement à l'abri de toutes représailles, s'il lui arrive à son lour d'être prisonnier.
D'autre part, les congrès internationaux ont laissé subsister bien des causes de trouble et d'incertitude. Ils ont dû circonscrire jusqu'ici dans un champ étroit leurs travaux relatifs à l'espionnage militaire.
Les quelques règles précises posées par eux se bornent à spécifier le cas oii tel acte est considéré comme espionnage et en réfèrent, pour lechàtimenl, à la législation particulière de chacun des peuples contractants. Ceux-ci, liés par les traités quant au caractère défini du faitincriminé, redeviennent maîtres chez eux au sujet de la peine applicable. Or, sur ce point, les diverses législations diffèrent les unes des autres.
Même sur la question de fait, elles ne sont pas d'accord avec les définitions adoptées à la Haye.
11 est enfin une équivoque fâcheuse, entretenue parfois à dessein dans les esprits.
On confond souvent, ou l'on afifecte de confondre l'espionnage et la trahison, comme si ces deux termes n'exprimaient qu'une seule et même idée. C'est là une assimilation fausse et dangereuse, conire laquelle il faut s'élever dès le début.
PREFACE
La trahison consiste uniquement à livrer son propre pays à Télranger : nul n'est traître qu'envers sa patrie. L'espion n'est donc coupable de trahir que s'il espionne au détriment de ses concitoyens, au profit de l'ennemi. En ce cas, il mérite, sans conteste, l'ignominie attachée au nom de traître; nous ne saurions trop l'abandonnera la rigueur des lois et au mépris de tous, aussi bien des ennemis auxquels il se vend que de ses concitoyens qu'il a vendus.
Mais celui qui fait de l'espionnage dans l'intérêt de son pays, qu'il soit sur son propre sol ou hors de ses frontières, n'est pas un traître et ne peut être réputé tel que parle plus monstrueux abus de langage et la plus flagrante injustice. Loin de trahir sa patrie, il entend au contraire la servir et la défendre par tous les moyens. Il lui consacre son activité, son intelligence, au besoin sa vie. Le dévouement de cet espion-là peut aller jusqu'à rhéroisme.
Né des nécessités mêmes de la guerre, que l'on doit préparer longtemps à l'avance afin de pouvoir la soutenir avec avantage quand elle éclatera, l'espionnage militaire s'exerce naturellementdès le temps de paix. Il faut connaître les intentions, les projets, les ressources militaires, financières, économiques, morales même de l'ennemi éventuel.
La guerre une fois déclarée et les hostilités ouvertes, ce sont les forces, les positions, les mouvements de l'adversaire sur lesquels il devient essentiel de se procurer des renseignements précis et circonstanciés. Il faut des yeux: les cavaliers envoyés deux ou trois jours en avant pourront plus ou moins en remplir l'office; mais il faut
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aussi des oreilles pour surpreudre les secrets de Tadversaire : les espions en tiendront lieu.
Laissant de côté l'espionnage militaire en temps de paix, nous ne traiterons ici que de l'espionnage militaire en temps de guerre.