Colonel Klembowsky. L'espionnage militaire^ p
§ n. — DES ESPIONS PROPREMENT DITS ^i
Il ne faut pas complersur leurs services ultérieurs, soit parce qu'ils ne peuvent pas se résoudre à pénétrer une deuxième fois ctiez Tennemi, soit parce qu^ls sont impropres à remplir une autre mission. Ce sontceux que M. Froment appelle des espions accidentels (1) : leur emploi est parfois justifié par leurs connaissances spéciales, mais ils ne veulent pas exercer le métier d'espion en dehors de leur partie. Tels sont, par exemple, les agents des Compagnies de chemins de fer, de l'Administration des postes et des télégraphes, etc.
G. Espions conscients. — Tous les espions volontaires, les seuls responsables si Ton ne considère que la morale, sont conscients; mais la réciproque n'est pas vraie. Un espion peut être conscient, c'est-à-dire savoir très bien à quel rôle on l'emploie, et cependant ne remplir ce rôle que forcé et contraint.
H. Espions inconscients. — On comprendrait sous cette rubrique tous les individus qui, sans s'en rendre compte, ont servi d'agents de renseignements. Tel serait le publiciste donnant une information dont il n'apprécie pas l'importance pour l'un des belligérants, le militaire dont la lettre est interceptée, l'indiscret, etc. etc. Mais alors, surtout avec le fonctionnement du cabinet noir tel qu'il existe en temps de guerre, chacun serait espion le jour où une de ses lettres tomberait entre d'autres mains que celles du destinataire, où une parole lui échapperait devant un agent secret de l'étranger. On ne peut admettre un tel abus de mots : dans ces cas, en effet, non seulement il n*ya pas espionnage, mais il n'y a même pas complicité d'espionnage.
i. Lieutenant Froment. L'espionnage militaire, p. 187.
22 CBAP. I. — DES BSPIOK8
En ce qui concerne Vexercice de l'espionnage, on peut distinguer deux catégories d'espions.
I. Espions fixes (ou locaux) (1). — lis agissent toujours dans une seule et même contrée ; ils y vivent ou y viennent souvent sous un prétexte quelconque» par exemple pour affaires de commerce.
En temps de paix, la grande majorité des espions appartient à cette catégorie. Quoique étrangers, à force de résider dans le pays, d'y avoir leurs intérêts, ils finissent par être des commerçants ou des industriels connus, posés, et par suite d'autant plus dangereux qu'ils inspirent moins de défiance.
En France, les espions allemands se donnent pour Belges, Luxembourgeois, Suisses; les Anglais pour Américains, Canadiens ou irlandais; les Russes pour Polonais, etc. Mais leur dire peutôtre vrai, et alors ces individus n'ont déguisé ni leur nom, ni leur nationalité. Ils ne rentrent donc pas dans la définition des espions. M. Colonieu (traitant il est vrai de l'espionnage en temps de paix) fait remarquer que l'espion fixe, le gros industriel ne se cache pas ; chacun est stupéfait le jour où une de ses lettres, ouverte par une erreur de poste, le révèle comme espion .
(( Il ne faut donc pas faire intervenir la nécessité d'un déguisement quelconque : il suffit qu'il y ait des actes de recherche qu'il est de notre intérêt de réprimer et l'on doit faire abstraction des moyens qui peuvent les faciliter» (2).
Qu'ils aient ou non dissimulé leur nationalité, ces