‹ L'espionnage militaire en temps de guerreChapitre 25 sur 108 · I. — BUT POURSUIVI PAR LES ESPIONS · texte numérisé non relu

I. — BUT POURSUIVI PAR LES ESPIONS

L'espionnage militaire, ciTil et politique.

Jusqu'au xyi« siècle, l'espionnage fut presque exclusivement militaire. Le manque de cartes géographiques, et surtout topographiques, le rendait indispensable. Aussi tenait-on, en général, les espions militaires en grande estime (1) ; ils relevaient directement du connétable.

Un jour, on conduisit devant le duc d'Epernon, maréchal de France, un homme aux allures suspectes. Le duc le fit fouiller, et Ton acquit la certitude que c'était un espion. « Mordions, lui dit le duc, je te croyais un simple larron, et si t'aurais-je fait bailler des coups de fouet jusqu'à ce que tu tournasses comme toupie. Mais je vois que tu es un brave espion : voici deux pièces d'or, va dire à ceux qui t'envoient que s'ils viennent nous trouver ils auront à faire à belle partie » (2).

1. Ce qui n'empêchait pas qu'ils fusseut passés alors par les armes, puis, un peu plus tard, « pendus et estranglés ».

2. En i859, lors de la campagne d'Italie, le corps du général Bourbaki attendait l'ennemi qui, contre toute prévision, n'arrivait pas, lorsque les avant-postes firent prisonnier un espion autrichien. Il est conduit devant le général français ; l'interrogatoire terminé :

Ainsi, dit Bourbaki, c'est entendu, tu es un espion autrichien ?

— Oui, signor.

— Tu devais aller rapporter aux Autrichiens tout ce que tu as vu et entendu dans le camp français ?

— Oui, signor.

— Et tu t'imagines que cette conduite là est honorable ?

— Oui, signor.

— Veux-tu nous servir d'espion, à nous ?

— Non, signor.

— Eh bien ! tu es libre. File ! et va dire à tes Autrichiens qu'il y a deux heures que je les attends et que ça m'em... béte ».

60 CHAP. II. — l'espionnage au point de vue moral

Les guerres de religion éclatèrent, et l'Europe en fut bouleversée. Les villes, les familles mêmes se divisèrent en deux camps, et la lutte revêtit un caractère de déloyauté que n'avait jamais connu la chevalerie. Les espions continuèrent d'exister ; bien plus, ils se multiplièrent, comme les adversaires eux-mêmes.

Mais, au lieu de se borner à chercher des renseignements sur les forces, les mouvements de l'ennemi, ils voulurent connaître sa pensée, ses espérances, sa foi.

Les guerres de religion finies, l'espionnage prit une troisième direction: avec l'essor de la monarchie absolue, apparut l'espionnage politique, chargé de connaître la pensée des souverains ou des hommes d'Etat des nations voisines ; il atteignit l'apogée de sa puissance avec le < Secret du Roi », sous Louis XV.

De ces trois formes sous lesquelles se présente l'espionnage qui, à vrai dire, se trouva un moment revêtir chez le même individu les deux premières à la fois, celle qui a le plus frappé le peuple est la seconde.

Tout le monde a vu, portant le nom d'espions, des individus chargés de surveiller, jusque dans les moindres et les plus intimes détails, puis de dénoncer au gouvernement ou au particulier qui les payaient, la conduite, la situation, les projets, les paroles, les pensées même d'un parent, d'un ami. Chacun les a vus, satisfaisant avant tout leurs passions, que l'intérêt ou la haine les dirigeât, jeter par leurs rapports la désolation dans les familles, brouiller les amis les plus unis, ruiner les uns, déshonorer les autres, soulever le mépris et l'indignation de tous. Depuis les délations de l'empire romain jusqu'aux rapports de police de nos jours, ce genre d'espionnage, autant privé que public, n'a guère

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