‹ L'espionnage militaire en temps de guerreChapitre 8 sur 108 · II. — DBS ESPIONS PROPREMENT DITS H · texte numérisé non relu

II. — DBS ESPIONS PROPREMENT DITS H

pour augmenter ses profits. Il se donne d'ailleurs, par sa situation accréditée près de chaque parti, des nooyens d'investigation plus sûrs.

On ne saurait appeler espion double celui qui, pour servir son parti, se propose comme espion à Tennemi et capte sa confiance pour mieux le perdre : plus qu'un autre, il est sûr que, découvert, il sera infailliblement mis à mort. L'appellation doit Hve réservée à celui qui reçoit des deux partis le prix de ses services, bien qu'il soit toujours plus favorable à l'un qu'à l'autre. C'est d'ailleurs ce qui le rendrait suspect s'il dévoilait sa manière d'opérer et ferait craindre qu'il ne communiquât à l'ennemi des renseignements plus importants que ceux qu'il apporte.

S'il est sujet de l'un des Etals belligérants, il commet envers cet État des actes non plus d'espionnage, mais de trahison.

Le double rôle de ces espions, qui fait voir leur peu de moralilé,ne permet pas d'ajouter foi à leurs communications. Le seul avantage qu'on puisse tirer de l'entretien d'espions doubles consiste à les utiliser pour donner de fausses nouvelles à l'ennemi.

Les espions doubles, découverts, évitent rarement le dernier châtiment.

Bayard occupant Vérone, le vénitien Moufron qui commandait à Saint-Boniface « avait ung espie, lequel alloit et venoit souvent de Vérone à Sa i net-Boni face, et servoit à luv et au bon chevalier, donnant à entendre à chascun des deux qu'il ne taschoit que à leur faire service. Mais tousjours ont ces espies le cueur à l'ung plus que à l'autre beaucoup ».

Celui-ci est chargé par le capitaine vénitien d'attirer

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Bayard daas une embuscade. Il lui promet, en cas de succèSi 100 ducats d'or... c Les espies, comme chascun scel, ne sont créez que par dame avarice, et aussi ont-ilz pour ce bien ung autre prison; car, de six qu'on en prend, s'il en échappe ung, doit bien louer Dieu : car la vraye médecine qu'ilz portent pour le mal qui les tient, c'est un long cordeau ».

La ruse est découverte et tourne à la déconvenue des Vénitiens. Bayard renvoie l'espion àMoufron, qui « le fist prendre, pendre et estrangler, disant qu'il Tavait Irahy ; ne excuse qu'il sceust faire ne luy servit en riens » (1).

Parfois il peut arriver qu'avant de les mettre à mort, on les force à rapporter à celui qui les a envoyés de faux renseignements ; on pourra ainsi faire tomber l'adversaire dans un piège préparé à l'avance.

« Lorsqu'en 1588 le duc de Parme assiégeait Berg-op- Zoom, deux prisonniers espagnols, enfermés dans un fort voisin de la ville, essayèrent de suborner un soldat anglais et un bourgeois de la ville pour les engagera livrer le fort. Ceux-ci les écoutèrent avec une bonne volonté apparente et finirent par signer un accord avec eux ; mais, en même temps, ils informèrent le gouverneur de ce qui se passait. Cette intelligence double eut le résultat qu'on devait en attendre : Tassiégeanl. plein de confiance dans la trahison préparée par ses soins, tenta de pénétrer dans le fort, mais il fut repoussé avec une perte de 3.000 hommes » (2).

Le maréchal de Luxembourg fut longtemps mis au

i. Lb LOYAL SERVITEUR. Histoire de Bkyard, ch. XL. 2. Calvo. Le droit international théorique et pratiqua. 4* édition, 1888. I 2.110.

I II. — DES ESPIONS PROPREMENT DïtS Id

courant des projets de Guillaume IIl, roi d'Angleterre, par le propre secrétaire de ce prince, que le maréchal avait acheté à prix d'argent. Cet espion de haute volée finit par être découvert et arrêté, c On le força, avant de le faire mourir, dit Voltaire dans le Siècle de Louis XIV, d'écrire un faux avis au maréchal. Sur ce faux avis, Luxembourg prend, avec raison, des mesures qui devaient le faire battre. Son armée endormie est attaquée à la pointe du jour, une brigade est déjà mise en fuite et le général le sait à peine. Sans un excès de dih'gence et de bravoure, tout était perdu... ». Grâce aux efforts inouïs de Luxembourg et de son armée, la bataille de Steinkerque (juin 1692) fut gagnée, mais il s'en falhit de bien peu qu'en cette circonstance larmée française ne subît un désastre complet.

On peut se livrer à la même manœuvre avec un espion simple, découvert ; mais, dans ce cas, on ne peut user de contrainte, on rusera.

Frédéric II ayant surpris à Schmiedeberg un Italien qui l'espionnait, lui fit croire qu'il se retirerait à Breslau quand l'ennemi s'approcherait ; l'espion en donna avis au prince Charles de Lorraine, qui fut complètement trompé (1).

Pour revenir aux espions doubles, la capitulation d'Ulm, en 1805, est en partie l'œuvre du célèbre Schulmeister, alors espion double, surnommé le Mauvais génie de Mack. Il persuada celui-ci du succès jusqu'au jour où le mouvement enveloppant de Napoléon fût terminé et il retint ainsi le général autrichien dans Ulm. ' Dans son Mémoire, Mack nie avoir eu confiance en

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