II. — DES ESPIONS PROPREMENT DITS
€ Quand on a besoin d'agents pour se procurer des nouvelles de Tennemi, porter des lettres au loin, en passant à travers Tennemi, ou pour aller dans des lieux qu'il occupe prendre des renseignements, on emmène avec soi quelques-uns des riches paysans des villages qu'on parcourt, el, avant de leur donner une mission, on les menace de brûler leurs maisons, d'enlever leurs femmes et leurs enfants, etc. On s'en serl aussi pour donner de fausses nouvelles à Tennemi : à cet effet, on leur donne des lettres contenant ces nouvelles, et adressées ou au commandant d'une place de guerre, ou à un chef de troupes qu'on suppose devoir arriver à tel point qui est encore occupé par l'ennemi. Le paysan s'y rend : il est pris ; les lettres sont lues et la ruse manque rarement son effet. »
« Les riches paysans valent mieux, pour jouer ce rôle, que les hommes d'une classe plus élevée ; outre qu'ils tiennent plus à leur petit avoiret qu'ils sont plus endurcis à la fatigue, le patriotisme est un sentiment moins développé chez eux quechez les hommesd'une classe supérieure. Ils éveillent aussi moins le soupçon. Si Ton ne trouve pas d'habitants, comme cela arrivait fort souvent en Espagne, il faut emmener avec soi les troupeaux qu'on rencontre ; leurs propriétaires ne manqueront pas de venir les réclamer ; on les leur fait racheter par des services d'espionnage, en leur déclarant qu'on ne les leur rendra que lorsque les nouvelles ou renseignements donnés seront vérifiés » (1).
Pendant la campagne de 1877-1878, les Turcs usèrent
1. BuGEAUD. Aperçus sur quelques détails de la guerre , p. 63.
souvent de ce cruel moyeu pour obliger les Bulgares à leur servir d'espions (1).
« L'espion forcé ne saurait être bien utile : l'homme que Ton contraint à faire ce métier ne saurait y apporter aucune bonne volonté, aucun désir de satisfaire, aucune envie de réussir. La crainte est un moyen sans grand effet sur lui. S'il est trop menacé, il ne revient pas, de peur du châtiment ; s'il est peu intimidé, il n'ira pas loin. On n'agit ainsi qu'en saisissant ses parents ou ses propriétés. Le résultat est raremenlavanlageux, l'espion forcé possédant trop de moyens d'éluder le fond même de sa mission » (2).
Il est évident en effet que la crainte personnelle ne saurait avoir de prise sur lui comme sur un guide, par exemple, qui, durant sa mission forcée, est aux mains de l'ennemi : lui, ne craint que pour les siens ; s'il revient les mains vides, c'est-à-dire sans renseignements, il trouvera toujours d'excellents motifs pour se justifier et il sera difficile de prouver la fausseté de ses dires.
C. Espions simples. — On nomme ainsi ceux qui ne servent qu'un des partis. Inutile d'ajouter que tous les espions agissant par patriotisme sont dans ce cas.
D. Espions doubles, — « Le comble de l'abjection » (3), si le personnage fait volontairement ce double manège