SCENE XI
PAUL—LOUIS
PAUL Comme ça, tu veux aller à la guerre?
LOUIS Ah, c’est la faute à Julie; elle ne voulait pas de moi sa ça.
PAUL
Alors, tu fais comme les anciens chevaliers; tu veux £g gner les joies de l’amour à la pointe de l’épée.
LOUIS
(IL prend une lettre sur le bureau, et la tend à Paul.) 2 j'oubliais, il est venu une lettre pour vous, Monsieur Paul, ten
PAUL
(IL fait sauter le cachet et Lit tout bas.)
Tiens, mais c'est une lettre de Mile Schneider! Sans dou elle a appris mon départ et désire me voir auparavant.
(Lisant fort.) ‘Et vous ne sauriez croire comme votre différence me cause de douleur. Vous savez combien je vous ain pourquoi me mépriser ainsi de votre silence? Paul, qu’impo que je sois Allemande, je veux vous suivre. Accordez-moi ci minutes avant votre départ.”
(Parlant) Va-t-elle bien cesser de m'’importuner celle- Irais-je croire aux protestations d'amour, aux serments di Alleniande”? oh, non, c’est une race trop dangereuse; la parole ces gens ne vaut mêrmne pas le papier sur lequel elle est éer Faisons disparaître cette lettre. Marcelle doit en ignorer com} tement l'existence. {11 la jette au feu.)
ane reempmnennnes cmt teen
» moi sans
veux ga-
Paul.) Ah, aul, tenez.
ans doute, it.
e votre invous aime; qu'importe z-moi cinq
‘r celle-là!
ents d’une a parole de est écrite.
rer complè-
no SCENE XII PAUL—MARCELLE
MARCELLE
Qu'est-ce que j'apprends, Paul en uniforme, prêt à partir pour la guerre?
C’est vrai, mon amie, et je dois vous demander pardon à tous de la surprise que je vous fais .Ma décision n’est prise que d'hier, et de peur d’être faible contre moi-même, je n’ai pas voulu vous apprendre la nouvelle avant que tout ne fut prêt pour mon départ.
MARCELLE
Mais songes-tu bien à ce que tu fais; partir alors qu'aux Rois prochains, nous &evions voir combler le plus ardent de nos voeux ?
PAUL
Qu'importe, Marcelle, j'obéis en ce moment à une inspiration qui, je le crois, nous portera bonheur plus tard.
MARCELLE
Les champs de bataille ne rendent pas toujours ceux qui les foulent de leurs pieds.
PAUL
C'est vrai; mais une pensée secrète me dit que la mort ne viendra pas encore me frapper de son glaive fatal. On en revient de la guerre; mon père n’a-t-il pas fait deux campagnes ?
MARCELLE
Je voudrais être forte: je voudrais t'aider à maintenir la brave attitude que tu prends; mais mon pauvre coeur se brise à la seule pensée que bientôt tu pourrais être exposé aux dangers les plus mortels.
Je sais si bien que tu n'auras pas la prudence de ton père; ta bravoure va t'entrainer trop loin, j'en ai bien peur.
PAUL
Je te sais gré de tes bonnes Paroles, mon amie; mais sentiments que tu exprimes ne font qu'augmenter la fermet ma décision. Je rougirais, me semble-t-il, devant toi, toi qui mes tant notre belle patrie, toi qui t'intéresses tant au sort d malheureuse Belgique, je rougirais, oui, de rester en arrière, jouir, bien tranquille de la vie, de me délecter dans le plus gr ds bonheurs, alors que là-bas des millions d'êtres râlent ] souffle d’agonie sous la botte des guerriers allemands. Je roi rais, moi, célibataire, de n'avoir pas la force et le courage de noncer, pour quelques mois encore, a ce bonheur que tu fais entrevoir, et après lequel mon coeur soupire depuis lo temps, alors que d’autres sacrifient tout, parents, enfants, mille, fortune, situation, pour voler au secours, à la défense drapeau.
MARCELLE
en Mais songe donc à cet avenir rempli de promesses que t'en vas briser!
PAUL
L'avenir est entre les mains de Dieu. Seul il peut en dis ser. S'il m'appelle la-bas, c'est que ce sera sur les champs de taille, que se dévoileront pour moi les mystères de cet avenir
MARCELLE (Suppliante) Est-ce que mon amour à moi ne compte pour rien?
Marcelle, que dis-tu? De grâce, ménage-moi; la nature a. bornes, et la faiblesse humaine pourrait bien l'emporter.
MARCELLE
Eh bien, oui, si mon amour ne compte pas, songe donc à
mère, si bonne, si tendre, qui a veillé sur ton berceau comme s
le mien, et dont le coeur va être transpercé du glaive le plus di
loureux. Songe à ton père, dont tu es l’orgueil, la joie et le s
: tien; et un peu à moi qui ne sat ai que faire au monde quand Et: ne sera plus là.
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PAUL
Marcelle, mon adorée, tes paroles me brisent le coeur; mais j'ai pesé toutes ces raisons; je t’aime de l’amour le plus tendre, le plus sincère, tu le sais. Jamais je n'aurai d'autre femme que toi. J'aime aussi ma bonne mère, cette bonne et tendre mère qui, avec tant de ferveur, prie chaque soir pour son grand garçon: j'aime mon père, cet homme dont le vie toute entière s’est passée à faire le bien; je vous aime tous, et réellement, si je m'écoutais, je n’hésiterais pas un seul instant, et.... je resterais.
MARCELLE
Mon ami, la voix de l'amour n’est-elle pas celle qui fait accomplir à l’homme les plus belles actions, les dévouements les plus sublimes ?
PAUL
Oui, Marcelle, et c’est le sentiment qui m’anime en ce moment. Cet amour pour toi, pour les miens, se mêle à un autre amour, plus grand peut-être, qui demande plus de sacrifices, mais qui par cela même fait un plus foie appel à mon coeur, l'amour de la patrie, du drapeau qui abrite nos institutions et notre liberté.
MARCELLE
Que c’est beau, Pau!, de t’entendre parler ainsi. Je voudrais être homme, moi aussi, pour voler la-bas, à tes côtés, à la défense de la mère-patrie.
PAUL
Ah, je reconnais bien là, na vaillante petite amie!
MARCELLE
Oui, pars, Paul, ta décision est un coup bien terrible pour moi, mais la blessure qu’il me cause me procure en même temps un véritable bonheur. Je souffrirai de ton absence plus que je ne puis te ie dire; je pleurerai des larmes amères en songeant à tous les périls auxquels ta bravoure et ton courage vont t’exposer; mais je serai heureuse, car je sais qu’un jour tu me reviendras et que l'époux à qui je consacrerai ma vie aura mérité la croix des braves.
PAUL
Merci, Marcelle, de tes bonnes paroles; elles me réco tent et me fortifient. Je t’assure que j'en avais besoin : le dûr assaut que tu as donné tout a l’heure à ma décision