SCENE Ière PAUL le général DUNBAR—LOUIS
LOUIS
(Annonçant)—Le général Dunbar! (JL fait le salut militaire.) DUNBAR Bonjour, mon ami, je suis bien aise de vous voir. PAUL Très honoré, mon général DUNBAR
En vous attachant à l'état-major de notre division, j'ai pensé que bon sang ne pouvait mentir, et que vous seriez digne de ma confiance.
PAUL
La fidélité au devoir est d'ordre dans ma famille, mon gé-
néral.
DUNBAR
.'e le sais, mon jeune ami, Je me rappelle encore ce c: tade dévoué, courageux, sympathique, que fut pour moi pére.
Vous l'avez bien connu?
DUNBAR Si je l'ai connu! C'est bien un peu pour cela que je m’
resse tant à vous. Votre père et moi avons fait le coup de cnsembie.
PAUL Où done, mon général?
DUNBAR
(IL s'assied et invite du geste Paul à faire de même.) —A étions bien jeunes alors; lorsque le clairon sonna l'appel, 1 nous renconträines tous deux dans le même corps d’éclaireurs
PAUL
Et n'est-ce pas que mon père était brave?
DUNBAR
Ah, le vaillant : toujours à l'affût, toujours prêt !
PAUL Il nous a même appris que ses aventures avaient failli être fatales.
DUNBAR
Je me rappelle bien ce fait. Nous étions alors dans le pb fort du fameux raid des Féniens qui causa tant d’effroi au nada, et que vous connaissez bien, vous qui avez étudié l‘histo de votre pays.
Après avoir traversé la frontière américaine, les Féniens, du moins un groupe d’entre eux, se dirigeaient vers Sherbroc
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ue je m'intécoup de feu
me.)—Nous appel, nous claireurs.
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ans le pius roi au Calé l‘histoire
réniens, ou Sherbrooke
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et Québec. Ils étaient déjà rendus à quelques milles de Coaticook, dans ce que vous appelez le Canton de Barford. Grâce à votre père, leurs plans furent déjoués, et rien de trop mauvais n’en résulta pour le pays. Mais votre père s'était un peu avancé, et il reçut dans un bras une balle qui faillit le rendre impotent pour le reste de ses jours.
PAUL Comme ça, général, vous connaissez bien le Canada ! DUNBAR
Je le connais, et je l’aime. J’y ai vécu les plus belles années de ma vie; et ce n’est qu'avec des pleurs de joie et de doux regret que mon coeur se reporte vers les rives de votre grand fleuve, vers le rocher du vieux Québec, vers la ville de Skerbrooke où fleurirent mes premières amours. Ah, c'est loin ça, il y a À bien longtemps de cela!
PAUL | Vous êtes tout émotionné, mon général.
DUNBAR
Oui, et je ne vous le cache pas. J'ai toujours aimé la population canadienne, ses manières franches et loyales. Et quand je fus appelé ici par mes devoirs militaires, je dis aurevoir à la terre du Canada, mais non pas adieu,
PAUL
Et vous êtes revenu”?
à DUNBAR
Jamais, mon ami; les hasards de la vie m'ont appelé un peu partout dans le monde, en Afrique, en Asie, en Europe, et mon ardent désir n’a pu être comblé.
PAUL 1
Heureusement qu'ici, au milieu de l’armée canadienne, vous stes presque au Canada.
DUNBAR
Et je m’y sens on ne peut plus heureux. Il me semble re: vre les anciens jours sous le ciel de votre pays.
PAUL
Et c'est à cause de tous ces souvenirs que vous avez jeté ] yeux sur moi.
DUNBAR
Oui, capitaine, et dès maintenant, je vais vous confier d choses de la plus haute importance. (Le général sort des pla qu'il étale sur la table, et fait signe à Paul d'approcher.)
PAUL
Je suis à vos ordres, général.
(On voit le lieutenant Daniel apparaitre dans l'embrasu de la porte du fond.)
DUNBAR
Voici tout d’abord les plans du campement de notre armé sa location par rapport aux villes qui l’environnent. Il faut t nir ces plans bien secrets; les Allemands doivent ignorer not situation, car nous risquerions de recevoir quelques bombes « leurs satanés zeppelins, et ce pourrait n'être pas drôle.
PAUL
Votre désir est un ordre, mon géneral.
DUNBAR
Maintenant voici d’autres plans plus importants encot peut-être, car ils montrent la position de l’armée anglaise e France et en Belgique. Il nous faut y étudier bien attentivemer les différents points stratégiques, les moyens d’approvisionne ments de l'ennemi et les nôtres: ses points faibles et aussi le nôtres, afin de n'être pas pris à l’improviste quand nous seron rendus de l’autre côté de la Manche. La perte de ces document précieux pourrait être fatale à l’armée anglaise. Veuillez don en avoir le plus grand soin.
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DANIEL
(A part) C'est bon a savoir, ces choses là. (IL sort).
PAUL
Mon général ,vous me confiez là un dépot sacré que seule la mort pourra m'enlever.
DUNBAR
Au revoir, rendez-vous tout à l’heure à la réunion de l’étatmajor. (1{l sort).
PAUL
Bonjour, mon général.