SCÈNE II
LES PRÉfEUKNTS, LOUISE.
LOUISK, parlant à la cantonaJo.
Qu'ils y viennent ! qu'ils osent mellrt- le pied ici !
GOTTR.
Qu'est-ce donc, ma petite?
PATERNICK, allant U elle.
Est-ce qu'un insolent se serait permis de lever déjà quelque contribution... extraordinaire ?
LOUISE
Non ; j'étais là, sur la grande place , à les regarder, parce que ça entretient ma haine, ça me met en colère, ça me t'ait du bien !
PATERNICK..
Est-elle patriotique !
loli.se El j'ai entendu qu'on allait loger chez vous les deux chefs.
BISCHOFF
Cotnoient? moi qui ai toujours été exempt. .
PATERNICIi.
Les deux généraux?
GOTTE
Il ne manquerait plus que ça !
LOUISE
Loger avec des Français !
GOTTE
Les servir !
BISCHOFF
Les héberger!
LOUISE
Je m'en irais plutôt au bout du monde.
GOTTE et BISCHOFF.
Et moi aussi.
PATERNICK.
Allons ! les voilà partis ! Ces Ku.-sses ont- ils de» têtes chaudes! 11 faut d'abord s'informer..
LOUISE, brusquement.
Aiu ; Dans un caatel, dame de Ihiiit lignage. Kéllechil-on quand on a du courage?
Vite on agil, et l'on fait son devoir. L'ennemi vient; en faut-il cl.ivantaHe?
El loul le resle, à (luoi hon le savoii ? On va soudain, ei d'une âme aguerrie, A coups de sabio ou d'fusils l'saluer... On le repousse, on sauve sa pairie!
El l'on est libre, ou l'on se fait luer.
PATERNICK.
C'est ça, et quand on s'est fait tuer, c'est bien agréable d'être libre.
LOUISE
Dieux ! si j'étais homme !
PATERNICK.
oh! «on, un moment, vous ne pourrir/, pa,' ^tre ma lemmc.
SCÈNK !.. 5
LOUISE Si du moins les hommes me re.ssemlilaient !
PATERNICK.
Ahl çà, pour ma part je ne demanderais pas mieux.
(Il montre sa figure )
GOTTE, secouant la tête.
Oui, .^i tous les hommes nous res.sembliiient !
PATERNICK.
A vous! ça serait du beau! (frappii d'une idée. ) Ah ' mes enfants, un complot qui me vient.
LOUISE, vivement.
Un complot contre eux ! Parlez vile
PATERNICK.
INou.s voici quatre héros qui tenons le sort de la Ku.ssie dans nos mains. Il .>>'agii de savoir si l'ennemi attend des renforts ou s'il est abandonné a lui-même.
BISCHOFF
Bien dit.
LOUISE
Mais comment faire?
PATERNICK.
En épiant leurs discours, leurs physionomies. 1 à Louise. ) C'est sur vous, ma petite , que je compte principalement; vous êtes adroite, fine; les deuv généraux vont loger ici...
BISCHOFF
Mais non, puisque je vais réclamer.
PATERNICK.
Vous ne pouvez pas, mon cher; vous êtee goronidchi, le premier de l'endroit, et puis \om avez le plus beau local.
GOTTE
,1e crois bien ! la maison-de-ville du village.
LOUISE
El la meilleure auberge !
PATERNICK, à Loui»e.
Il faut les surveiller.
BISCHOFF
Les guetter.
PATERNICK, froidement.
.l'avais dit surveiller, (à Louise.) On ne s'î delie pas de deux beaux yeux ; en allant et venant vous remarquerez tout. Un mot, un signe, quelquefois oh ! oh: ou ah ! ah ! ça dit beaucoup en politique ! Vous leur ferez des petits airs agréables, des petites mines en dessous, comme ça ■. «Oh: monsieurleFraiiçais.aimablevainquiur. ei votre armée, comment se porte- 1- elle?» Eiilin il faut faire de la diplomatie, il faut les espionner. LOUISE
Les espionner' C'e.st dr<.Me ! ça ne me plaii pas beaucoup. Ce n'est pas loyal d'espionner.
PATERNICK.
C'est une guerre d'ob.servation.
LOUI-St".
Mais tous les moyens sont bons pour nous
▼en<,'er!... Je pi'n.-erai à nia nièrc.cl ritnrie me ûteni.
l»ATEKNIvK
Cesi cola.
Aie. : // tue faudra quitter l'empire.
Dès qtriis sonl partis... j"vous époiiso, Pour prix d'un si bfau dévoiimeiil.
LOUISE
D'un lel liuniir<ur je ne suis pas jalouse Va' Dir d'auberge!... Y pensez-vous, vrainicnl? Avec un lionim' de voire i ang !
PATERNICK.
Kt pourquoi p.-is?... Un' simple vivandière ne Pierr'-lf-Crand obtint le trône et l'cœur! De Catherin' vous avez la fraiclicur; Et, d'après c'que disait mon père,
J'ai tout te nez de l'empereur.
GOTTE, au fond.
Les voici!
PATERNICK.
Prenons un air riant, (à Bischoff.) et préparez votre meilleur vin du Rhin.
OISCIIUFF, bas.
Du tout, le plus mauvais.
PATERNICK, bas.
Je leur donnerais le meilleur pour mieux ks tromper.