‹ L'esprit au théatreChapitre 105 sur 308 · DUMAS (ALEXANDRE · texte numérisé non relu

DUMAS (ALEXANDRE

— Mon cher Porcher, disait un jour Alexandre Dumas à l'entrepreneur principal des succès dramatiques de Paris, je viens l'emprunter cinq cents francs.

— Je te les prêterais volontiers, mon cher Dumas ; mais il ne me reste en ce moment que deux louis.

— Donne-m'en toujours un, ce sera pour payer ma voiture.

— Le voici.

— Eh bien donc, je reviendrai vers quatre heures.

— C'est cela... Ah! dis donc, Dumas, ma femme t'a fait préparer un bocal de cornichons; veux-lu l'emporter?

— Oui, certainement; donne- le-moi.

— Non, non, la bonne va te le descendre.

— Soit.

La bonne le descendit en effet, et le remit à Alexandre Dumas, quand celui-ci eut repris place dans son véhicule; voulant alors récompenser la servante de la peine qu'elle venait de prendre, il fouilla dans son gousset, et, n'y trouvant que le louis qu'il venait d'emprunter, il le lui donna.

Dumas avait un petit chien, petit chien charmant, mais malpropre.

Aussi son maître, pour lui apprendre la civilité canine, perdaitil un temps précieux à lui mettre le nez dans ses incongruités, afin de lui faire sentir sa faute.

Une nuit, Dumas travaillait. — Le chien va gratter à la porte

et demande à sortir : le maître ne bouge pas. Le chien tire son maître par sa robe de chambre : même jeu.

Alors... force à l'infortuné toutou d'obéir aux lois impérieuses de la nature.

Seulement, une fois la chose faite et révélée par son parfum, le maître se lève et va sévir...

Le pauvre petit chien a compris, et, d'un air calme et résigné, il s'exécute lui-même et se met bravement le nez où on le lui mettait d'ordinaire.

Un personnage à figure dolente se présente chez l'auteur de Monte-Cristo.

— Monsieur Dumas, dit-il, je sais que vous êtes une sorte de grand aumônier de France ; cela m'encourage à venir vous adresser une prière.

— Parlez, monsieur. De quoi s'agit-il ?

■ — Je suis un ancien huissier, monsieur Dumas. Un de mes amis, ancien praticien comme moi, est mort hier dans le plus grand dénijment. On n'a pas de quoi lui faire des obsèques. Je viens donc vous demander quinze francs pour aider à le faire enterrer.

Ici, M. Alexandre Dumas ouvre un tiroir, y prend de l'argent et dit :

— Vous me demandez quinze francs pour faire enterrer un huissier ; tenez, en voilà trente : faites-en enterrer deux.

Une bonne plaisanterie a couru dans les ateliers de peintres et de sculpteurs, voire même dans les foyers de théâtre.

Cette scie consiste à dire que, pour ne pas trop se fatiguer la main à écrire un demi-volume de copie par jour, Alexandre Dumas père avait un bras à ressort, qu'il s'était fait faire par un forgeron de Bruxelles.

Plus de deux cents visiteurs ont demandé au fécond écrivain à contempler ce chef-d'œuvre de mécanique.

Par bonheur, Alexandre Dumas, qui a le caractère bien fait, fut le premier à rire de cette histoire.

Un jour quelqu'un qui était allé le voir, l'entendit dire à Rusconi :

— J"ai un roman à faire pour demain malin, avant déjeuner; va-t'en faire raccommoder mon bras à ressort chez le serrurier du coin.

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