ELLEVIOU
Lors du mariage de Napoléon et de Marie-Louise, les deux cours se réunirent dans la ville de Lille, où de grandes fêtes devaient avoir lieu. NaluifllLmenl, les comédiens et les chanteurs ordinaires de Tenipcreur y avaient été appelés.
A son arrivée, Elleviou vil qu'on avait affiché Richard Cœnrde-Lion, suivi du petit opéra û'Adolphe et Clara. Sans plus
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attendre, il écrit à ladministralion qu'il voul bien jouer les deux pièces, en commençant par Adolphe cl Clara, mais non antrcmenl. D'ordinaire, après le rôle fatigant de Blondel dans Richard, il ne ponvait plus rien jouer, disait-il.
On en réfère à 31. de Brigode, le cliambcllan de service. Ce dignitaire, furieux, vient trouver Elleviou, cl lui dit que c'est par ordre, et qu'il n'a qu'à s'exécuter.
L'Empereur, qui devait aller à la soirée de la préfecture, voulait voir Richard Cœur-de-Lion, où. l'on cliante un chœur qui commence ainsi : Célébrons ce bon ménage. C'était de circonstance, et le cliambellan de service comptait qu'on saisirait l'àpropos.
Quand le cliambellan a parlé, Elleviou se lève et lui répond froidement :
— Monsieur le chambellan, ma voix no reçoit pas d'ordres. Et il passa dans une pièce voisine.
Au théâtre, le directeur, les artistes, qui connaissent Elleviou de longue date, déclarent qu'il ne jouera pas. Voilà M. de Brigode sur les épines et regrettant presque de s'èlre laissé emporter.
Le spectacle commence. Napoléon, Marie-Louise et toute la cour prennent place avant le deuxième acte de Richard Cœurde-Lion. An duo, Une fièvre brûlante, l'empereur donne le signal des applaudissements, et, pendant toute la pièce, Elleviou obtient personnellement un immense succès.
Très-flattédans son amour-propre d'artiste, Elleviou, qui savait aussi que l'adfiche n'avait pas été changée, en rentrant dans sa loge, [il appeler le régisseur et lui dit :
— Priez M. de Brigode de vouloir bien venir dans ma loge.
Ce dernier s'y transporte, et, à son entrée, Elleviou lui dit avec beaucoup de dignité :
— Monsieur le chambellan, je consens à jouer Adolphe et Clara.
Puis il se retourne, et procède à son changement de costume.
{Gazette de Paris.)
Elleviou épousa une femme charmante, que sa famille avait sacrifiée au culte du yeau d'or. Celte jeune femme, douée d'instincts très-artistiques, avait été mariée à un banquier de Lyon; elle divorça pour épouser Elleviou, et ce mariage fut très-heureux.
Sœur d'un officier du génie d'un grand mérite, M. Jars, elle dut à une circonstance, assez fâcheuse au début, le plaisir de recevoir Elleviou chez elle. M. Jars fît quelques pièces de théâtre qui n'eurent pas grand succès et dont les litres nréchappent. Dans l'une d'elles, Elleviou jouait un rôle, et, malgré son talent, il ne put sauver l'ouvrage. En entendant les sifflets, l'auteur qui, par instinct, cherche toujours à se tromper lui-même, s'écria :
— Le malheureux! il ne sait donc pas son rôle!
Elleviou, à qui l'on répéta le mot, va trouver M. Jars, au foyer, et lui dit, avec beaucoup de formes :
— Croyez, monsieur, que je sais mon rôle d'une manière imperturbable, et que c'est bien votre prose qu'on a sifïlée.
En homme bien élevé, M. Jars reconnut son tort, et de ce moment data une liaison dont on sait les conséquences.
{Gazette de Paris.)