‹ L'esprit au théatreChapitre 121 sur 308 · FACTIONNAIRES · texte numérisé non relu

FACTIONNAIRES

Un vieux grenadier qui était en faction sur un théâtre de province, pendant qu'on représentait /«Pflra'et/c Chasse de Henri IV, s'écria avec humeur, au moment où les acteurs chantaient et buvaient à la santé du Béarnais :

— Eh! morbleu! vous autres, et la santé de Louis XV, quand est-ce donc que vous y boirez?

On jouait Rodogune dans une ville de garnison, et l'on était arrivé à l'endroit où Antiochus, désespéré de la mort de son frère, veut savoir qui, de sa mère ou de sa femme, l'a fait assassiner, et dit en parlant de la main coupable :

Madame, est-ce la votre ou celle de ma mère ?... Est-ce vous, etc. ?

Un grenadier de faction dans les coulisses et qui suivait la pièce avec le plus vif intérêt, s'efforçait, pendant toute la durée de cette scène, de faire entendre au jeune prince que c'était Cléopâtre qui avait fait le coup : il s'épuisait en clignements d'yeux, en signes de tête et de mains. Il y mettait une telle chaleur, que des spectateurs qui s'en aperçurent ne purent, quelque dramatique que fût la situation, retenir leurs éclats de rire.

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