‹ L'esprit au théatreChapitre 127 sur 308 · FIORENTINO · texte numérisé non relu

FIORENTINO

M. Florentino écrivait, il y a deux ans :

« Oui , mademoiselle Déjazet, pourvu qu'on l'accompagne irès-doucemenl, dit encore le couplet mieux que personne, avec toutes sortes d'intentions délicates et de sous-entendus malicieux. Mais l'impression qui résulte de tout ceci n'est point joyeuse. Le directeur et le caissier peuvent être joyeux si la recette est bonne ; mais le publie éprouve un sentiment d'admiration mêlée de tristesse, comme à la' vue des dernières feuilles qui se détacbent d'un arbre tout plein de doux souvenirs, par un dernier soir d'automne, au coucher du soleil. On fait, malgré soi, un retour sur le passé, et l'on ne peut s'empêcher de songer avec une mélancolie profonde qu'ù cet âge auguste où l'aïeule est entourée dans sa famille de tendresse et de respects, une des plus charmantes actrices du commencement de ce siècle est encore forcée de se travestir en homme, de mettre du fard sur ses joues, une perruque sur SCS cheveux blancs, pour amuser les petits-fils comme elle a diverti les grands-pères et fredonner, d'une voix qui s'éteint, des refrains égrillards. »

Le même critique écrit aujourd'litii :

« Passons, je vous prie, au Théâtre-Déjazet. Tout Paris... Vous riez? la formule est banale; elle est, de plus, invraiscml'esprit au tiikatue. 13

blable. Vous vous demandez comment tout Paris peut tenir dans une si petite salle? Eli bien, je vous jure que tout Paris y était. La curiosité fait des miracles. On se gêne, on s'amincit, on renonce pour un soir aux crinolines et aux ballons ; mais on veut voir et entendre, et applaudir à toute force cette incroyable comédienne qui en est encore à ses premières armes, quand tout ce qui brillait, ou chantait, ou soupirait autour d'elle et à ses pieds a rendu les armes depuis bien longtemps. On a parlé de privilège! Mais le plus rare, le plus grand des privilèges, c'est celte jeunesse toujours renaissante, cet esprit, cette verve, ce talent si fin, cette voix si juste, ces grâces, ce sourire éternel, tous ces dons précieux qu'aucun ministre ne peut donner. Voilà le vrai privilège du Théâtre-Déjazet. »

FLORE (mademoiselle)

Quand on lui disait :

— Mon Dieu, Flore, que vous nous avez fait rire hier ! Elle répondait :

— J'aurais voulu être dans la salle.

On a souvent entendu dire à feu mademoiselle Flore, des Variétés, alors sexagénaire et reléguée parmi les piétons :

— J'ai eu une belle voiture, moi aussi, un cocher qui ne se grisait pas trop, un chasseur à épaulctles d'or qui n'était qu'à moitié impoli ; mais je n'ai pas su garder le foin, l'avoine et la cire à moustaches de toutes ces bêtes-là, et je vais en omnibus !

{Gazette de Paris.)

LESPIUT AU THÉÂTRE 151

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