‹ L'esprit au théatreChapitre 161 sur 308 · LERAT · texte numérisé non relu

LERAT

Il y avait, à la foire Saint-Laurent, un grand homme de bonne mine, appelé Lerat, toujours habillé de noir, coiffé d'une perruque de la même couleur et d'un volume si considérable, qu'elle le couvrait jusqu'à la ceinture par devant et par derrière. Il avait un bel organe, et annonçait fort bien et avec beaucoup de gravité les détails des tableaux changeants qu'il montrait au public. Il rassemblait toujours beaucoup de spectateurs, et terminait constamment son allocution en disant :

— Oui, messieurs, vous serez contents, très-contents, extrêmement coiilents ; et, si vous n'êtes pas contents, on vous rendra votre argent. Mais vous serez contents, très-contents, extrêmement contents,

Ce singulier personnage fut imité, dans une petite comédie de Legrand, jouée en 1709, sous le litre de la Foire Saint-Laurent, par Lathorillière, qui s'en acquitta fort bien. Lerat, piqué d'avoir été joué, dit le lendemain, en, annonçant ses tableaux changeants :

— 'Vous y verrez Lathorillière ivre. Baron avec la Desmaros, Poisson qui tient un jeu, madame Daiicourl et ses (îlles. Toute

la cour les a vus, (out Paris lésa vus ; on n'attend point, cela se voit dans le moment, et cela n'est pas cher. Vous serez contents, Irès-conlents.

Celle plaisanterie fui châtiée dès le même jour. Lerat, par ordre du lieutenant de police, fut conduiten prison, où il demeura jusqu'à la fin de la foire.

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