LETTRES PATENTES
Dans la Tour de Nesle, un figurant avait à dire : « Lettres patentes du roi au capitaine Buridan. » Mais, quand sa réplique arriva, noire messager, tout ému, se précipita en scène en s'écriant d'une voix formidable :
— Lettres épatantes du roi, etc.
El toute la salle d'éclater.
— Qu'est-ce qu'ils ont donc à rire, ces daims-là? demanda alors le comparse à liun de ses collègues.
— Dame, lu as dit épatantes...
— Eh bien?...
LINIERE
Lulii n'eut pas plus tôt fait la lecture de la pastorale de i)fl^>/(?jc, qu'il dit tout net à la Fontaine qu'il n'était pas son homme, et que son talent n'était pas de faire des opéras. La Fontaine ne pouvait se persuader que ses vers fussent mauvais.
Lulli prétendait renvoyer le payement à la première représentation de sa pièce. La Fontaine prit cette réponse pour de l'argent comptant; mais il fut fort étonné lorsqu'il apprit, quelques jours après, que Lulli ne voulait décidément pas mettre son opéra en musique, parce qu'il ne l'en trouvait pas digne. Le public, qui connaissait le mérite de la Fontaine, reçut celte nouvelle avec surprise. Linière fît deux couplets sur ce sujet; en voici un :
Ah ! que j'aime la Fontaine D'avoir fait un opéra !
On verra finir ma peine Aussitôt qu'on le jouera.
Par l'avis d'un fin critique, Je vais me mettre en boutique , Pour y vendre des sifflets :
Je serai riclie à jamais.
L ESPKIT AL THEATRE 191
LIREUX (mguste)
M. de Fienne élail assidu aux premières représentations, et en parlait comme on sait. M. Lireux n'y allait jamais et en rendait compte avec esprit.
Un jour, le premier, rencontrant le second :
— Mon cher, lui dit-il, ta conduite est un scandale public. Tu éreinles ou tu portes aux nues des pièces que tu n'as pas vues ! C'est compromettre ta dignité!... Que diable! il faut voir les choses que l'on juge...
— Je veux être indépendant.
— Indépendant? Je ne comprends pas...
— En assistant aux premières représentations, je me laisserais influencer par la pièce.
Lireux a été directeur de l'Odéon. Il faisait jouer, un soir d'hiver, par sa troupe de carton, je ne saisquelle tragédie.
Au moment où la toile allait se lever, il regarde par le trou la composition de la salle. Le public de l'orchestre se composait en tout et pour tout d'un unique spectateur. Lireux prit pitié de lui. Il lui fit porter une chaufferette sur un coussin de velours, par deux grands laquais tout galonnés qu'il lit habiller pour la circonstance.
Alfred de Musset avait promis sa voix à Ponsard pour l'Aca-
demie ; mais, le jour du vote, il fut pris de la maladie qui lui était habituelle, et ne put se rendre à la séance.
— Ce n'élait pourtant pas le cas de s'absinlher, dit Lireux.
LOEVE-WEBIAR
Loëve-Weimar avait des saillies d'une singularité renversante. Un soir, d'un air agité, il allait et venait à travers le foyer de l'Opéra, jetant de temps à autre cette exclamation :
— Vous avez une voiture !
Assailli de questions, il s'arrêta :
— Vous savez, dit-il, que j'avais un procès qui s'est jugé aujourd'hui... Eh bien, le président s'est écrié, en me regardant avec des yeux ébahis : h Vous avez wie voiture!» Oui, Perrin Dandin était furieux de ce que je n'allais pas à pied comme lui... Esl-ce ma faute?
Quelqu'un s'étonnait, aux Italiens, de ce que la claque ne s'était pas encore installée à ce théâtre :
— Le Théâtre-Italien n'a pas de claque, mais il a une clique, dit Loëve-Weimar.