ARMAND
Armand, qui tint pendant plus de quarante ans les emplois des Scapin et des Crispin, entreprit dans un souper de faire pleurer ses camarades, avec la fable de Tarlnfe.
— Figurez-vous, mes bons amis, leur dit-il, un honnête gentilhomme qui relire chez lui un misérable, à qui il donne sa fille avec tout son bien, et qui, pour le récompenser de ses bontés, veut séduire sa femme, le chasser de sa propre maison, et fait venir un exempt pour l'arrêter.
— Ah ! le coquin ! le monstre ! le scélérat! s'écrient les convives un p'eu gris.
Et, en disant cela, ils fondent en larmes. Alors Armand, continuant avec ce sang-froid qui le rendait si plaisant :
— La la, consolez-vous, ne pleurez pas, leur dit-il; mon
gentilhomme en fut quitte pour la peur... L'exempt lui dit :
Remettez-vous, monsieur, d'une alarmes! chaude.
— Que diable ! c'est le sujet de Tartufe que tu nous débiles-là ?
— Eh ! oui, mes amis. A-t-on si grand torl de dire que nombre de comédiens ne connaissent que leur rôle, même dans les pièces qu'ils représentent journellement?