PANARD
On avait demandé à Panard ce qu'il avait vu de beau à l'Opéra. Il répondit à cette question par les strophes suivantes :
J'ai vu le soleil et la lune Qui tenaient des discours en l'air ; J'ai vu le terrible Neptune Sortir tout frisé de la mer.
Dans le char de monsieur son père, J'ai vu Phaéton tout tremblant, Mettre en cendre la terre entière Avec des ravons de fer-blanc.
J'ai vu des guerriersen alarmes, Les bras croisés et le corps droit, Crier cent fois : « Courons aux armes ! » Et ne point sortir de l'endroit.
J'ai vu, ce qu'on ne pourra croire, Des Tritons, animaux marins.
Pour danser, troquer leurs nageoires, Contre une paire d'escarpins.
J'ai vu des dragons fort trai tables Montrer les dents sans offenser ; J'ai vu des poignards admirables Tuer les gens sans les blesser.
J'ai vu l'amant d'une bergère Qui dormait dans le fond d'un bois, Prescrire aux oiseaux de se taire ; Et, lui, chanter à pleine voix.
J'ai vu l'aimable Cythérée, Au doux regard, au teint fleuri.
Dans une machine entourée D'Amours natifs de Chambéri.
J'ai vu le maître du tonnerre, Attentif au coup de sifflet, Pour lancer ses feux sur la terre Attendre l'ordre d'un valet.
J'ai vu du ténébreux empire Accourir, avec un pétard.
Cinquante lutins pour détruire Un palais de papier brouillard.
J'ai vu Roland, dans sa colère.
Employer l'effort de son bras Pour pouvoir arracher de teire Des arbres qxii n'y tenaient pas.
J'ai vu souvent une furie
Qui s'humanisait volontiers;
J'ai vu des faiseurs de magie
Qui n'étaient pas de grands sorciers.
J'ai vu des ombres très-palpables, Se trémousser au bord du Styx ; J'ai vu l'enfer et tous les diables A quinze pieds du paradis.
J'ai vu Diane en exercice, Courre le cerf avec ardeur; J'ai vu derrière la coulisse Le gibier courir le chasseur.