‹ L'esprit au théatreChapitre 254 sur 308 · SCRIBE (EUGÈNE · texte numérisé non relu

SCRIBE (EUGÈNE

Leçon donnée par M. Scribe aux vaudevillistes en herbe : — Retranchez, retranchez; ce que l'on efface n'est jamais siflElé.

Francis Cornu, ancien camarade de collège de M. Scribe, gagnait difficillement sa vie comme auteur. — Il s'était arrêté au boulevard du Crime, quand son ancien copia élait déjà l'auteur favori des théâtres à la mode.

II se décide un jour à prier Scribe de collaborer avec lui.

— Apporte-moi quelque chose, lui dit celui-ci.

Afifriandé, FrancisCornu lui apporte un gros mélodrame en cinq actes intitulé l'Invasion.

C'est que cinq actes avec Scribe, c'était une fortune !

Quelques mois après, Francis Cornu est convié à la lecture aux acteurs du Gymnase, d'une pièce intitulée la Chanoinesse.

— Effectivement, le principal rôle de mon drame était une chanoinesse ! s"écrie-t-il dans sa joie.

Il se rend au Gymnase et entend la lecture de la jolie comédie que vous savez.

Croiriez-vous que Francis Cornu adressa des reproches à Scribe, qui lui donnait un acte au lieu de cinq?

■- C'est tout ce que j'ai trouvé dans la pièce, lui dit Scribe.

Il aurait pu ajouter que cela n'y était pas.

Cependant Scribe cahna Francis Cornu, en lui montrant tout son drame renfermé dans le récit que fait la chanoinesse.

L'incendie, les massacres, le vol et le viol, tout y était.

Mais Francis Cornu se calma mieux encore, quand il reçut les parts qui lui revenaient.

A l'époque (les premières représentations de la Joie fait peur, M. Scribe fit une réclamation : il prétendit que la pièce jouée avec tant de succès n'était qu'une imitation d'un de ses anciens vaudevilles du théâtre de Madame, intitulé Théobald; il prit même l'affaire fort au sérieux et parla de la porter dievant le comité des auteurs.

Madame de Girardin ne clierciia point à se défendre ; elle se contenta d'envoyer à M. Scribe quatre petits volumes publiés en 4828, chez Ponthieu, au Palais- Royal. Il n'eut qu'à les ouvrir pour s'avouer battu, et peut-être pour se repentir d'avoir parlé; ces quatre volumes étaient un roman dont voici le titre : « Théobald, épisode de la guerre de Russie, par madame Sophie Gay. »

M. Scribe avait pris son vaudeville dans l'ouvrage même de la mère de madame Girardin !

Ce sujet-là était de la famille; et, s'il y avait un intrus dans cette propriété, c'était M. Scribe seul, qui pourtant la réclamait comme exclusivement sienne.

SCRUPULEUSE PONCTUALITE DE MOiWAL

Acteur consciencieux, Monval a été et est encore aujourd'hui le type de l'excellent régisseur de théâtre. Il pousse l'exactitude si loin, que Tisserand l'a surnommé le ballant de cloche.

ElTcctivement, pour ses devoirs, comme pour la marche de son théâtre, comme pour ses plaisirs, Monval n'est pas à la minute, mais à la seconde. Homme de beaucoup d'esprit, Monval a toujours des arguments pleins d'originalité pour défendre ses opinions

Iranchées, et même son exactitude, que nous avons trouvée quelquefois presque paradoxale.

Monval vous invite à souper et à faire la bouillotte chez lui jusqu'à trois heures du matin.

A trois heures du matin, Monval lire sa montre, s'empare vivement des caries et dit :

— La séance est levée, messieurs.

Il n'y a pas d'appel, pas de réclamation à faire.

Pendant que les invités se livrent à des supplications pressantes, Monval met tranquillement son bonnet de nuit, se déshabille, et il est dans son lit que vous le priez encore.

— Mais Monval, faisons encore le lour du malheureux î

— Le tour du Juif errant !

— Le lourde Malakoff!

— Mes enfants, une fois, il y a vingt-huit ans, je nie suis laissé aller, j'ai consenti, et on m'a fait faire le tour du monde.

Monval dit, et s'endort.

SEGUR (le vicomte de)

Le vicomte de Ségur avait l'esprit très-vif et était prodigue de reparties imprévues; apprenant que les revenus étaient frappés d'un impôt équivalent au quart de leur intégrité :

— Messieurs, disait-il ,

Moi, j'ai payé mon quart, et dis avec Voltaire :

« A tous les cœurs bien nés (jue la patrie est chère ! »

Le Cahriokl jaune, opéra-comique de sa façon, qu'il s'obsli-

naitàfaire représenter, était sifflé chaque fois qu'on le donnait, bien que, pour le faire marclicr, il s'y fût ailclc avec le musicien Tarchi.

— Mettez, lui disait quelqu'un, votre cabriolet sous la remise ; il n'ira jamais.

— Cela m'étonne d'autant plus, répondit-il, qu'on lui fait tous les jours un nouveau train !

On s'amusait beaucoup de celte chute; à la (in du spectacle, des gamins criaient :

— Qui demande sa voilure?

D'autres appelaient :

— Le cabriolet de M. de Ségur !

Et d'autres répondaient :

— Taisez-vous ! vous savez bien qu'il vient de verser.

Ce spirituel gentilhomme répondait à Martin le chanteur, (jui s'emportait contre lui pendant une répétition :

— Monsieur Martin, vous oubliez que tous les hommes sont égaux depuis la Révolution !

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