SANG-FROID
Un méchant comédien , dans le Joueur, interrompit son rôle, au milieu des huées, pour s'adresser au parterre en ces termes :
— Messieurs, vous me sifflez ; c'est fort bien fait, je ne m'en plains pas. Mais vous ne savez pas une chose, c'est que mes camarades prennent tous les bons rôles, et me laissent les Géronte, les Dorante. Ah ! si l'on me donnait un Ariste , un Prince, un Pasquin, vous verriez! mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse d'un Dorante, d'un Géronle? Vous ne dites mot? Il faut donc que je continue.
Et il continua bravement.
Un autre comédien de même qualité, accoutumé à être sifflé dans chaque ville où il allait, se voyant plus maltraité qu'à Tordinairc, se retourna tranquillement, en quittant la scène :
— Messieurs, dit-il, vous vous en lasserez; on s'en est bien lassé ailleurs.
SAVETIER DETRONE
Un acteur comique du plus bas étage s'avisa de jouer un rôle de roi, et le parterre raccueillit à coups de sifflet. Le pauvre diable, contraint de reprendre son emploi, joua le lendemain un rôle de savetier, et obtint de grands applaudissements.
— Cela prouve, lui dit un de ses camarades, que tu as joué le roi connue un savetier, et le savetier comme un roi.
L !• SPRIT AU THEATRE 279
SAX (MADHMOISELLn)
Mademoiselle Sax, voyant M. Berlioz diriger les répélilions d'Orphée, l'aborda en l'appelant monsieur GInch.
SCARAJIOUCHE
Un pclit-niaître, élant à la Comédie italienne, jeta aux pieds de Scaramoiiclie une paire de petites cornes de chevreuil, en lui disant qu'il ramassât ses cornes; Scaramouche les prit, et, après s'être tâté le front, les rejeta au pclit-maîlrc en lui criant :
— Monsieur, j'ai encore les miennes; il faut que celles-ci soient les vôtres.