‹ L'esprit au théatreChapitre 256 sur 308 · SERRES · texte numérisé non relu

SERRES

Lorsque Frederick Lemaître jouait Robert Slacaire, il se plaisait à changer quotidiennement de profession. Son choix, comme de raison, tombait toujours sur le métier le plus saugrenu. Et Serres, son complice, ne pouvait jamais obtenir qu'il le mît, d'avance, au courant de ses métamorphoses : histoire d'aiguillonner l'imagination du pauvre Bertrand.

Un soir, les gendarmes posant leur question habituelle : «Quelle est votre profession ? » Frederick répondit :

— Directeur des vespasiennes.

Et il jeta un regard narquois sur Serres, comme pour le défier de trouver mieux.

On sait que les vespasiennes étaient des ivater-closets sous forme d'omnibus.

— Et vous? ajoutèrent les gendarmes, en se tournant du côté de Serres.

— Papetier de rétablissemeiif, répondit Bertrand de son ton le plus bénin.

SEVESTE PÈRE Seveste, le père des Sevesle, directeurs des tliéàlres de la ban-

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lieue, se plaisait aux niyslificalions. En revenant d'une tournée qu'il avait faite à Rouen, il racontait que, pendant son séjour dans cette ville, il était parvenu à élever une carpe, qui le suivait partout comme un chien ; et il ajoutait <iu'il avait eu beaucoup de chagrin de sa mort. Chapelle, du Vaudeville, présent dans le foyer, lui demanda comment il avait perdu cette carpe.

-- 3Ion Dieu! dit Seveste, je l'avais amenée dans ma loge; il survint un orage épouvantable après le spectacle. Ma petite carpe m'avait très-bien suivi jusque dans la rue; mais, sur la place de la Comédie, la pauvre bête se noya en voulant sauter un ruisseau.

— Quel malheur! s'écria Chapelle. Je croyais que les carpes nageaient comme les poissons...

On lui fit tant avaler de carpes de cette espèce, qu'il finit par tomber dans un scepticisme slupide.

Quand un garçon de théâtre lui disait :

— Monsieur Chapelle, vous répétez demain à midi. Il répondait :

— Va te promener...

Quand on lui demandait comment il se portail, il vous tournait les talons en disant :

— Farceur!... à d'aulres!... je ne donne plus là dedans!...

SHEIUDAN

Le célèbre poète comique Sheridan était propriétaire du théâtre de Drury-Lane. Le théâtre fut déiruil par un incendie. Sheridan se rend sur le lieu du désastre, et constate que toute sa fortune est perdue sans ressource. Il entre dans un café et prend quelques rafraîchissements.

— Sheridan, lui dit-on, quelle indifférence !

— Eh quoi ! répondit-il, unhonnêle homme ne peut-il prendre un verre de vin au coin de son feu?

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