TUAIT D'INGENUE
Une, demoiselle était sur le lapis, au foyer de la Comédie française. On devisait de ses dents, achetées chez Faite!, de son teint de rose et de ses cheveux blond cendré, chef-d'œuvre de Guerlain.
— Mademoiselle ***, dit une ingénue, na de nalurel que ses enfants.
TRANSPOKT AU CERVEAU
Tydée, dans une scène do ÏÉlecire de Crébillon, raconte la mort de son père, et se pi;rd on dc'bcrijitions pompeuses; on blâma ce morceau, et on l;iii(;a sur le lliéàlre ce (lualrain :
Quoi Cbt ce liygiiiuc nouveau Dont rc[ii(iuc nous assassine?
Il me scmlile entendre Riirine, Avec un transport au cerveau.
510 L ESPRIT AU THEAIRK
TllOP DE PERES
Le semainier perpétuel d'un des grands lliéâlres de Paris, raconte Griniod de la Reynière, élail chargé, lors des lectures de pièces nouvelles, d'annoncer à l'aulcur le résultat de Topinionde ses camarades. Lorsque la pièce était reçue, la chose n'était point difficile et sa commission n'avait rien que d'agréable. Mais, dans l'autre cas, il était assez embarrassé, et mettait toute son étude à varier le style de ses messages et à dorer de son mieux la pilule.
Un jour de lecture de je ne sais (luel opéra-comique, il se trouva dans cet embarras. L'auteur, en attendant sa destinée, se promenait de long en large sur le théâtre, dans un état danxiélé plus aisé à imaginer qu'à décrire, et que cependant Piron a si bien décrit dans le monologue du cinquième acte de la Mélromanie. Notre semainier l'aborde, et, dans son langage, moitié français, moitié bergamasque :
— Monsu, lui dit-il, voire oupéra a fait oun très-grand plaisir. Tous nos camarades, en parlicouiier, en sont ensantés... Cependant je vous dirai ({u'il vient d'être refusé à l'ounanimilé.
L'auteur, un peu interdit de cette chute, à laquelle ce singulier début ne l'avait point préparé, demande au moins (luclques détails sur ce refus, ce ([u'on trouve à redire à sa pièce, etc.
— Votre pièce, monsu , elle est essellente, répond le semainier, qui peut-être venait de la refuser sans l'avoir écoutée, mais... vous avez un père.
— Comment! un pèreV Est-ce donc un motif de refus? 11 y a des pères dans presque toutes les comédies...
— Eh bien, monsu, c'est précisément cela. Nous avons déjà deux pères dans le Uottron, nous en avons trois dans Loucile,
voire ou|)éra nous en amène encore oun : c'est trop. La comédie ne saurait se charger de tant de |ières; perche, mvum, votre pièce ne sera pas zouée.
ÏUOP TARD
— Avez- vous rencontré le Vaisseau noir sur votre cliemin? deujande un vuudcviilisle à un de ses confrères.
— Qu'est-ce que cela ?
— Cuninicnt! vous n'avez pas entendu parler de ce roman ([ui lait fureur... !
— Euli ! attendez donc... Oui, en efi'et... j'ai <|uel(i(ie idée vague... Ail î j'y suis... C'est mauvais ! Impossible d'en rien tirer.
— Oh ! je suis parfaitement de votre avis. Sur ce, ils vont chacun de leur côté.
Quinze jours plus tard, ils se retrouvent dans l'unliclianibre d"un directeur.
— Ali ! ah ! et par quel hasard ?
— Et vous?
— Oli ! mon Dieu! pour une bagatelle... un drame.
— Tiens, cl moi aussi... iMon drame s'appelle le Vaisseau noir.
— Mais vous n'êtes qu'un corsaire!
Tout à coup, le directeur ouvre la porte de son cabinet et les auteurs de se précipiter.
— J'étais ici avant vous!
— Et moi, je \oulais venir hier!
— Vous n'entrerez pas !
— Ni Vous non plus !
— De ([uoi s'agil-il dune, messieurs? demande le directeur. Les vaudcvillislcs en elioîur :
— Nous VOUS apportons un drame iiiiilulé le Vaisseau noir.
— Vous arrivez trop tard. J'ai reçu, il y a huit jours, un drame sur le même sujet et avec le même titre.