‹ L'esprit au théatreChapitre 288 sur 308 · LES ULTRAS ET MADAME GAVAUDAN · texte numérisé non relu

LES ULTRAS ET MADAME GAVAUDAN

Sous la Reslauralion, comme on connaissait l'espril d'opposilion de madame Gavaudan, elle eut à suliir, un soir, dans l'opéra de Joconde, un rude assaut.

Il y avait beaucoup d'officiers de la garde royale dans la salle, et, chaque fois rpie le roi paraissait dans la pièce avec Joconde, on criait : Vive le roi! et on forçait les artistes à en faire aulanl. Au second acte, après avoir chanté ses couplets, madame Gavaudan allait sortir, quand le public lui demande de crier : Vive le roi!

Elle n'en fit rien et continua son rôle sans broncher. Le tumulte allait f)est('H(/o; il arriva à un Ici point, «(uo les autres artistes en scène en perdaient la tète. Gonlier, qui a brillé depuis lors au Gymnase, Gontier, neveu de madame Gavaudan, jouait Lucas et lui disait :

— Criez, ma tante, criez !

Elle répondait :

— Laisse-moi tranquille, et mêle-loi de tes affaires.

Enfin, elle fait signe qu'elle veut parler. Le bruit s'apaise. S'avançant alors devant le roi et Joconde, elle dit :

— Tout ce que je puis vous promettre, c'est de danser avec tous les deux !

Après avoir dit ces derniers mots de son rôle, elle sortit vivement.

On ne put rien obtenir d'elle, et le public fut forc('' de céder devant ce parti pris et la courageuse obslinalinn diine femme qui ne voulait pas menlirà ses convictions.

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