‹ L'esprit au théatreChapitre 294 sur 308 · VAUDEVILLISTE FÉROCE · texte numérisé non relu

VAUDEVILLISTE FÉROCE

Dans un foyer d'artistes arrive un vaudevilliste au moment où va entrer en scène une actrice qui lui a joué de méchants tours et qui, l'apercevant, veut le reprendre dans ses lacs. Elle lui lance un regard des plus éloquents.

— La poudre va bien aux yeux noirs ! dit le vaudevilliste pour dire quelque chose.

La dame porte un costume régence.

— Gommeul, noirs?... Mais j'ai les yeux bleus! s'écric-l-elle.

— Il me semblait pourtant que vous aviez quelque chose de noir?... Ah ! je vois..., ce sont les dents !

VEMIÎT

Le cziir Nicolas aimait beaucoup à se pioniencr seul, à pied, dans les rues.

Par mesure de sùrclé générale, il était interdit d'adresser la parole ù l'empereur ou de lui répondre, s'il parlait.

Quand on contrevenait à l'ordre, deux moujiks, sortant ou ne bail d'où, se jetaient sur le délinijuant et l'emmenaient en prison.

Un jour que l'empereur Nicolas traversait une des principales places de la ville, l'acteur Vernet se trouvait sur son passage.

Le czar l'interpella, le lit causer un instant, et passa outre.

A peine le prince avait-il les talons tournés, que les inévitables moujiks se précipitaient sur le comédien, aiin de l'emmener à l'ombre.

Le soir, au Théâtre-Français, l'empereur, étant dans sa loge, simpalientait de ne pas voir lever le rideau.

— Général GuédéonoH', pour(|uoi ne conuiience-t-on pas?

— Sire, cela vient du principal acteur.

— Le principal acteur, c'est Vernet... Que lui est-il donc arrivé?

— Sire, il est absent.

— Absent! Allons donc! ce n'est pas possible! Je l'ai rencontré en ville, dans l'après-midi.

— Sire, c'est précisément pour cela.

— Ali! je comprends! s'écria alors le czar ; ces oisons l'ont

arrêté parce qu'il a répondu à une question que je lui adressais. Savez-vous ce qu'il nie disait? Je lui demandais :

« — Vernel, qu'as-tu donc?

» — Sire, je suis triste.

» — Avec quoi guéris-tu cela?

» — Sire, avec la seule tisane qui ait du bon sens, avec des vins de France.

» Voilà son crime! Quels ânes ([ue les gens zélés. Qu'on aille le mettre en liberté, et au plus vite. »

A dix minutes de là, l'acteur sortait de prison pour reprendre son rôle.

Une autre fois — c'était au bout de six mois — le czar le rencontrait derechef dans la rue.

— Ici, Vernel! s'écria Nicolas.

— Du tout, reprit l'acteur. Vous m'appelez, c'est très-bien de votre part, sire; mais je la connais, celle-là! On ne m'y reprendra plus. Je ne veux pas être la souris que les deux moujiks attraperont aujourd'hui.

Et il s'en alla d'un autre côté.

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