BARON
Quelques jours avant que Baron fit représenter ses Adelplies, Roquelaure, le rencontrant à la comédie, lui dit :
— Quand veux-tu me montrer la pièce nouvelle? Tu sais que je m'y connais. J'en ai fait fête à trois femmes d'espril qui doivent être chez moi : viens dîner avec nous. Apporte tes Aclelphes, cl tu nous en feras la lecture. Je suis curieux de voir si tu es moins ennuyeux que Térence.
Baron accepta la proposition et se rendit le jour suivant à l'hôtel de Roquelaure, où il trouva deux comtesses et une marquise qui lui témoignèrent une vive impatience d'entendre sa comédie. Cependant, quelque envie qu'elles parussent en avoir, elles ne laissèrent pas de se donner le temps de dîner à leur aise.
Après un repas fort long, les dames demandèrent des cartes.
— Comment, des cartes ! s'écria Roquelaure. Vous n'y pensez pas, mesdames? Vous oubliez que M. Baron se prépare à vous lire sa comédie nouvelle?
— Non, non, monsieur, lui répondit une comtesse, nous ne l'oublions point. Tandis que nous jouerons, iM. Baron nous lira sa pièce. Nous aurons deux plaisirs pour un.
Baron se leva brusquement, et gagna la porte en disant que sa pièce n'était pas digne de partager avec les caries T attention de CCS dames.
Le comédien Baron était assez couru dos femmes. Une duchesse le recevait, mais ne le recevait qu'à la brune. Baron s'avisa d'y aller le jour, comme en visite. La grande dame, (jui avait société chez elle, piquée de la venue du comédien, lui dit :
— Monsieur, (lue venez-vous chercher ici ?
— Mon bonnet de nuil, répondit-il.
On raconte plusieurs traits de Baron, dont quel(|ues-uns, sans
doute ne sont pas des plus aulhenliques, au moins dans les termes où on les rapporte. Jouant, très-vieuXj dans le Cid,i\ excita un éclat de rire général, en disant :
Je suis jeune, il est vrai...
Il recommença, en appuyant, et les rires ayant redoublé, il s'avança sur le bord du théâtre.
— Messieurs, lit-il, je vais recommencer encore; mais je vous préviens que, si l'on rit de nouveau, je quitte le théâtre pour n'y plus reparaître.
£t on se le tint pour dit.
En entrant sur la scène, dans Iphigénie, il débutait d'un ton fort bas :
Oui, c'est Aganiemnoii, c'est ton roi qui t'éveille.
— Plus haut ! lui cria-l-on.
— Si je le disais plus haut, je le dirais mal, répondit-il. Accueilli par de nombreux rires (juc provoquait sa vieillesse,
un jour qu'il jouait Brilannicus, il regarda fixement l'auditoire, et, d'une voix pleine d'amertume :
— Ingrat parterre ([uc j'ai élevé! dit-il.
Puis il poursuivit. L'or(;ueil de Baron, la conscience d'un immense talent, la faveur du public, en dépit de ses injustices liassagères, expli(|uaicnl et juslitiaienl ces réponses, qui n'auraient pas été admises de la part de tout autre. Ainsi, un comédien de province, hué par les spectateurs, s'étant tourné vers eux pour dire d'une voix pileuse ; «Ingrat parterre, que t'ai-je fait? »
excitait- il un véritable ouragan d'hiiarilc. A partir de ce jour, on ne disait plus au bureau du tbéàtre :
— Donnez-moi un parterre.
Mais :
— Donnez-moi un ingrat.
BARRIERE (théodore)
31. Théodore Barrière disait à quelqu'un, à l'une des représentations de l'IIéritarie de 31. Phiniel :
— C'est fini, je jure de ne plus prendre de collaborateur.
— Vous avez bien raison, mon cher, répondit son interlocuteur, vous ferez mieux tout seul ; qu'avez-vous besoin de partager votre gloire avec autrui? Non que je veuille dire du mal de Capendu. Vous avez tout ce qu'il faut pour travailler seul. Restez seul; au moins, on ne contestera pas votre talent.
— Ce n'est pas ce qui me décide, répond l'auteur des Faux Bonshommes; mais, par ces chaleurs, je ne serais pas fâché d'être seul pour toucher mes six francs de droits.