CINQ PORTIERS TUÉS
Guérel, dans son Parnasse réformé, fait parler ainsi Lasserre au sujet d'une de ses tragédies :
— On sait que mon Thomas Morus s'est acquis une réputation que toutes les autres comédies du temps n'avaient jamais eue. M. le cardinal de Richelieu a pleuré à toutes les représenta-
lions qu'il a vues de celte pièce. Il lui a donné des témoignages publics de son estime; et toute la cour ne lui a pas été moins favorable que Son Éminence. Le Palais-Royal était trop petit pour contenir ceux que la curiosité attirait à celte tragédie. On y suait au mois de décembre; et l'on tua quatre portiers, de compte fait, la première fois qu'elle fut jouée. Voilà ce qu'on appelle de bonnes pièces; M. Corneille n'a point de preuves si puissantes de l'excellence des siennes; et je lui céderai volontiers le pas, quand il aura fait tuer cinq portiers en un seul jour.
CINTIO
Saint-Évremont critiquait les pièces italiennes au point de vue de la vraisemblance.
— S'il y en avait davantage, répondit l'acteur Cintio, on verrait de bons comédiens mourir de faim avec de bonnes comédies.
CIRQUE (une injustice au)
C'était pendant les représentations de Za ze zi zo zu, un des grands succès de féerie du boulevard.
Un jour, un vieux comparse se présente chez le régisseur du Cirque.
— Monsieur, je viens vous dire de me remplacer.
— Pourquoi donc, mon ami? seriez-vous malade?
— Non, monsieur, je cesse mon service.
— Et pourquoi?
— On m'a fait une injustice.
— Vraiment ?
— Oui, monsieur, une injustice scandaleuse, un passe-droit honteux envers un homme qui a toujours fait son devoir.
— Mais que s'esl-il passé ?
— Monsieur, j'ai vingt-cinq ans de service.
— Oui, oui; après?
— Eh bien, monsieur... le croiriez-vous, monsieur? dans la scène des Dominos... vous savez bien, monsieur, la scène des Dominos... à qui croyez-vous qu'on ait donné le Double-Six? A moi, n'est-ce pas?... Non, monsieur! Moi, j'ai le Double- Blanc !... Et le Double-Six, on le donne... — à un Autrichien, à un blanc-bec qui n'a pas six ans de Cirque !
CLAIRON (mademoiselle)
Le caractère de mademoiselle Clairon était altier et violent. Elle se permit de jeter un rôle au visage de le Mierre. Elle maltraita Sauvigny, au point qu'il crut devoir sortir du théâtre pour éviter de lui répondre trop durement, et elle lui cria de la porte avec sa dignité ordinaire :
— Allez, monsieur, si vous avez du talent, vous nous reviendrez.