‹ L'esprit au théatreChapitre 69 sur 308 · CLARINETTE DE BEAUVALLET · texte numérisé non relu

CLARINETTE DE BEAUVALLET

Beauvallet, jouant avec madame Dorval, à TOdéon, dans le Camp des croisés, lui adressa une singulière question.

Godefroid de Bouillon interpellait Léa, la fille de Jéricho, qui lui répondait devant Tarabe Ïsmaël-Beauvallet :

Noble Franc, je ne sais ni ma loi ni la tienne. Lorsque mon père dort, je sais étendre auprès Son Coran, ses parfums et son breuvage frais ; Je sais les eaux des puits, et le coursier superbe Hennit quand je rapporte une main pleine d'herbe ; Je sais conduire un porc, et tisser nos liabits Des laines qu'on retranche aux agneaux des brebis ; Je sais ce qu'une fille apprend, je sais encore Les prières du soir et celles de l'aurore. J'ignore tout le reste, et jusques à ce jour, Noble Franc, j'étais femme et j'ignorais l'amour.

Beauvallel, enlr'ouvrant son burnous aux longs plis, dite demi-voix, après cette tirade, à Léa, qui savait tant de choses :

— Savez-vous jouer de la clarinette ?

Et il lui laissa voir un de ces instruments, suspendu à son côté en guise de yatagan.

Madame Dorval manqua suffoquer de rire.

Page 1