DAUBERVAL
Avant que mademoiselle Clairon eût établi le costume au Théâtre-Français, on ne connaissait, pour le théâtre tragique, qu'un seul habit qu'on appelait l'habit à la romaine, et avec lequel on jouait les pièces grecques, romaines, espagnoles, etc. Lekain fut le premier à se soustraire à ce costume, et fit faire un habit grec pour jouer Oresle d'Andromaque.
Dauberval arrive dans la loge de Lekain, au moment où le
tailleur de la Comédie apportait l'habit d'Oreste. La nouveauté de cet liabit frappa Dauberval, qui demanda ce que c'était.
— Cela s'appelle un habit à la grecque, dit Lekain.
— Ah! qu'il est beau! reprend Dauberval ; le premier habit à la romaine dont j'aurai besoin, je le ferai faire à la grecque.
DEDOMMAGEMENT
On devisait, au foyer du Théâtre-Français, de M. Mario Uchard. On parlait de la chance prodigieuse qu'il avait eue, n'ayant pas de précédents littéraires, de faire recevoir et jouer presque sur l'heure une pièce en quatre actes.
— Pourquoi s'étonner de cela ? répliqua en souriant un des sociétaires. La Comédie française lui devait ce dédommagement.
DÉJAZET (mademoiselle)
— Déjazet! en voilà une que je voudrais voir morte 1 s'écriait, dans un foyer de théâtre, une actrice de la Comédie française qu'avait criblée de traits Sophie Arnould II et dont les plaies saignaient encore.
— Qu"à cela ne tienne! répliqua celle-ci entrant en tapinois ; soufnez-moi dessus et qu'on n'en parle plus.
Jouant au théâtre de Berlin, Déjazet assistait, après le spectacle, à un souper auquel l'amphitryon avait invité un grand nombre de ses amis. On comptait sur un feu roulant de mots spirituels. Déjazet était élincelante de verve, mais sa verve fom-
bail à plat; les convives semblaient gelés. Enfin , elle décocha une de ses plus vives saillies et toujours avec le même insuccès. On se regardait et on la regardait bouche béante.
— Messieurs les Allemands, s'écria-t-elle un peu piquée, c'est de l'esprit, cotisez- vous pour le comprendre.
— Vous regardez ces deux rides que j'ai au coin des joues, disait un soir mademoiselle Déjazet, et vous croyez que c'est la vieillesse. Eh bien, non, c'est d'avoir trop ri.