‹ L'esprit belgeChapitre 1 sur 17 · L'esprit belge · texte numérisé non relu

L'esprit belge

NoA NoA (en collaboration avec Paul Gauguin). Visions et Songeries des Flandres.

Au temps de Van Eyck.

Le Rêve de Vivre.

Charles MORICE

Préface de Camille LEMONNIER

BRUXELLES Georges B A L A T , Éditeur

Préface.

« Promeneur d'un rêve de beauté «, ainsi se définit, dans ce petit livre sur ^Esprit belge, M. Charles Morice. Et de peur qiCil y ait méprise, il "précise : «' Orienté de Paris ». Il l'est bien moins que de la cité de Beauté qu'il porte en soi. Cependant VaveiHissement est précieux : il témoigne de la prudence et de la probité de ce grave esprit. On ne pouvait mieux faire entendre que la plus alerte clairvoyance quelquefois peut-être mise en défaut par une observation trop spéciale. La sienne s'inquiète d'abord et cette inquiétude n est pas pour nous désobliger, puisqu'elle a pour raison la nouveauté de la psychologie et du décor. ■■■ Bruxelles, faubourg de Paris, quelle

vu

légende ! •' Nous sommes loin de cette rumeur du boulevard où persistait V allusion à je ne sais quelles contrefaçons. C'est que nous avons a/faire cette fois à un poète de haute culture et non plus à un chroniqueur. M. Morice accepte de n'être un peu de temps qu'un étranger qui scrute et s'étonne. Quand il se sera repris, il ne se défendra ni de la sympathie ni de l'admiration. B osera conclure pour la Belgique à de telles destinées qu'un Belge peut-être se fût refusé à les énoncer lui-même. C'est que dans ce pays millénaire il a vu se lever un •■ peuple jeune ». Forte et auguimle parole bien faite pour donner la mesure de ce que ce peuple peut attendre de soi. Tout le livide est pénétré de cette foi et elle n'a rien de politique : elle s'appuie au cœur mê^ne de la race et ignore ce qui peut la diviser. Elle afferme d'autant mieux sa marche générale vers l'accomplissement de l'Idée. C'est la foi réfléchie d'un homme qui sait régir ses impulsions ; elle est fière, elle ne condescend pas à la louange courtisane ; elle cherche visiblement à hausser la tiédeur de la mienne. Comment

ne croirai-je pas les puissances de persuasion qu'elle com7niinique? Je demeure reconnaissant à M. Morice de n'y avoir pas cédé sans débat.

Ce promeneur aux yeux clairs prend contact à travers des scrupules; il n'a pour commencer que les pe7''ceptions mobiles et extérieures d'un passant. Jamais Vanner et absurde esprit d'un Baudelaire ne put s'en affranchir ; mais Baudelaire était un exilé du monde, pour qui la Belgique fut deux fois un exil. Celui-ci se défie des apparences; il se défie bien plus de lui-même, et il regarde, il interroge; il se refuse à juger d'après des mouvements spécieux. On le mène au cabaret; d'autres en inférèrent un état d'àme national. Il ne le dédaigne pas, mais se sent plus à Taise dans le flot mouvant de la rue. Il passe indulgent devant la Bourse et il vibre devant l'Hôtel de Ville. Une clef tourne, les siècles lui apparaissent au seuil; et il rêve. " Je rêve aux innombrables mains qui s'unirent pour harmonieusement rassembler toutes ces pierres. » Tout à l'heure, à propos de tout ce qu'il

voit, en détachant le mot, il s'écriera : '^ Il y a là des forces. » La vision s'est éclaircie et le voilà dans le présent : il vit V « agitation calme " de ce peuple approché dans ses intimités véridiques Tin ardent et sensible poète coonme lui ne croit jamais être descendu assez avant dans la communion. Il raisonne moins qu'il ne sent, et il sent avec chaleur, avec pénétration, s'il observe quelquefois avec malice. Quand il parle del' *^ obcénité candide « du flamand, personne ne peut s'offenser ; la, note est fine et juste, d'expression bien latine. Mais ce latin du No7''d, comme il s'appelle lui-même, semble craindre encore d'être retenu par trop de réticences. Un d'ici n'eût pas autrement compris « la brutalité formidablement exquise de cette gaîté cotnique jusqu'au tragique et d'iine si épaisse animalité qu'il en émanait une invincible certitude d'extraordinaire Beauté ». Ainsi sans cesse il est ramené à cette large et compréhensive idée de Beauté qui préside à son livre. Il la prend pour guide en ses recherches ; elle n'exclut pas V acceptation d'une matérialité

savoureuse et elle ï éveille à de rares et nettes intuitions des fonds de la race. N'est-ce pas elle encore qui lui fait découvrir « le miracle des yeux, ces infinis yeux bleus des flamandes, où rêve peut-être une âme un peu animale »? Nous touchons là au cœur même de sa psychologie. Avec un esprit moins droit, on pourrait croire à une tactique. Mais M. Morice est un poète d'humanité, dans son sens le plus loyal. Il est conquis par les forces profondes du milieu et, en moralisant ensuite, il se reprend bien moins quHl ne paraît regretter d'être contraint à des restrictions. C'est toujours la persistance de l'idée de Beauté et seulement elle se développe selon les exigences d'un plus haut idéal. « Son idéal, dit à propos du Belge M. Morice, c'est le bonheur dans les bornes de la vie sensuelle. '> Et il l'explique par les origines, par un penchant naturel, par la joie de se complaire dans V aboutissemeyit d'un labeur séculaire. Une fomne, un écrivain du plus élevé talent, M"'^ J. de Tallenay, dans une enquête récente, émettait un reproche plus grave en parlant de la « vulgarité » de l'esprit

belge. M. Morice ne va pas jusque là : mais on coraprend... sans qu'il le dise, qu'une assiduité trop ponctuelle au gain et au bonheur" un peu court qui en résulte, dégénérerait en une diminution de cette Beauté à laquelle il rapporte le sens constant de ses observations. Il rectifie : « Le vrai bien-être est affaire morale plus que physique. »

Et alors pour la première fois s'entend cet appel aux forces latentes, assoupies sous la conformité : « Cultivez vos différences ! » C'est la notion nouvelle résultée de l'abolition morale des frontières, l'humanité locale se développant dans le sens de Vhumanité généi^ale. Il avait le droit de requérir cet effort d'un « peuple jeune », ouvrier de ses destinées. Et quelles destinées ! « S'il y a encoi''e, dans cette Europe désorbitée, un centre, c'est ici qu'il est en formation . » Quand un tel esprit circonspect et avisé exp^Hme une aussi formelle conviction, il faut l'en croire; et peut-être serait-on dès lo7^s tenté de le juger trop modéré dans l'énoncé des réserves qui diffèrent une si enviable fortune.

Je rCai pas à insister sur la fière personnalité littéraire de M. MooHce. Son don de subtile et intense verbalité peut se passer de mon éloge. Aussi bien certains écrits ont une portée plus haute que la simple valeur de V écriture. De celui-ci, je veux retenir surtout la généreuse sincérité, les points de vue originaux et la leçon; certes, tout n'y fut pas dit sur les aspects ramifiés de la mentalité en Belgique, et M. Morice entoure de trop de précaution quelques-uns de ses jugements pour ne pas laisser paraître qitil les estime lui-même sujets à revision. Je crois qu'après Taine et lui, il sera encore permis de déduire une vérité plus essentielle de V étude de nos écoles d'art. On souhaiterait aussi qu'à pt^opos des lettres, le pénétrant écrivain, avec l'autorité de son propre exemple, eût insisté davantage sur le consentement au sacrifice qui, dans une atmosphère plutôt hostile aux livres, révéla, chez nos littérateurs, de si fermes caractères. M. Morice, d'ailleurs, fervent à toujours rechercher la Beauté, la proclame avec émotion en cette entente harmonieuse des esprits pour

xni

édifier la patrie intellectuelle. C est aux manifestations du génie natal, comme à ime source claire, qu'il exhoo^te le pays à puiser la connaissance de ses forces et de ses défaillances. Il suffit pour qu'on ne lui tienne pas rigueur d'avoir parfois trop imiformément fait état des milieux moyens commebase d'observation.

Tel qu'il est, son petit livre nous avertit efficacement sur nous-mêmes et les puissances de réalisation qui sont en nous. Dans le large paysage de l'humanité, il situe la Belgique à son plan comme un terrain d'élection pour les expériences d'où naîtra la société de demain. Après l'avoir lu, on doute moins que la grandeur d'un pays n'a pour mesu9^e définitive que l'intensité de ses énergies vitales.

Cependant ce serait imparfaitement juger le dessein de M. Morice si on le limitait à ce rô/e d'a^ver tisseur. Le poète, dans sa conception personnelle de la vie des esprits, est investi d 'un pouvoir sacré qui l 'apparente au héros et à V apôtre. Le privilège qu'il reçut d'assumer le rêve inquiet des âmes le délègue auprès des foides comme un ambassadeur

des exigences de Vidée et plus immédiatement encore comme un réalisateur de beauté. C'est ramener la poésie à la fonction d'un geste et dégager du magnétisme du Verbe un acte précis, souverain comme celui qui déploie le glaive ou les palmes. Il semble que l'élucidation graduelle des particidarités du caractère belge ait été pour M. Morice la préparation à l'accomplissement de ce ministère du poète. Un dernier chapitre, encore qu'il s'enveloppe d 'une forme conjecturale, nous fait entrevoir les espérables rites d'une communion de l'art et des intelligences manifestée par des fêtes et des cérémonies ainsi qu'en d'idéales messes d'humanité. C'est l'inauguration de cette religion attendue où les formes sensibles d\in cidte sans dissidence exalteraient l'homme dans son accession vers le dieu obscur qu 'il méconnaît encore en soi. En laissant entendre qu'elle pourrait trouver ici ses pi^aniers autels, M. Morice est plus près du cœur de notre conscience que nous-mêmes.

Camille LEMONNIER.

Le Point de Vue

et la Méthode.

Un passant, Français, de cette heure, après quelque séjour en Belgique, essaie de se faire, de l'Esprit belge, une idée personnelle,

Bruxelles est son point central de vision et d'expérience.

J avoue donc le point de vue et la méthode.

C'est de Paris que je reste orienté.

Sans contester la valeur, variée, des écrits, nombreux, déjà publiés à propos de la Belgique, je ne les veux point lire, curieux de garder à mes impressions, fût-ce au prix d'erreurs, — alors, le droit de me contredire. . . — la fraîcheur d'une nouveauté personnelle. Il est, toutefois, trop évident que je ne puis ignorer certains livres, classiques hier, comme celui de Taine, ou demain, comme ceux de Camille Lemonnier et d'Edmond Picard. Mais ce ne sont point là lectures spéciales et faites en vue de mon sujet. De tels écrivains, même quand leur regard s'arrête au prochain horizon, me renseignent sur l'infini de leur âme bien plutôt que sur la couleur du paysage, et n'altèrent point ma vision. Je remets à plus tard les documents, à quand il sera trop tard : quand, cet

Essai achevé, et de lui à moi quelque recul intervenu, j'en voudrai, pour ne pas les corriger, connaître les fautes; je sais où m'adresser alors et quelles certitudes me réservent les travaux des G. -H. Moke, A. Wauters, Théodore Juste, Louis et Paul Hymans, et aussi les Annales des Provinces et des Communes.

L'importance même de telles autorités me déconseillerait, mais je ne l'eus jamais, le projet d'ajouter les miennes à leurs recherches.

Non et non ! Si la modestie n'y suffisait, j'invoquerais l'orgueil d'aimer ailleurs, promeneur d'un Rêve de Beauté à quoi — sans compulser les vieux livres — je rapporte, avec une instinctive et constante précision, les motifs de comparaison offerts, au hasard du mouvement, par la vie. Ce ne sont donc, ici, qu'observations individuelles, jaillies du premier étonnement, corroborées par de seconds regards, et dénuées d'ambition scientifique.

Même, je le sens, il faut que je me hâte d'avoir — raison ou tort, de dire comment j'ai vu, ce que j'ai senti. Si vite se perd, sous la despotique influence de l'assuétude, le sentiment des différences ! Si vite se fane l'étonnement ! — Ne plus

s'étonner, c'est, peut s'en faut, ne plus voir. Elle peut être précieuse, la lueur qui s'allume d'abord dans les yeux amusés, brusqués, intéressés, surpris. Aurres sont les clartés de la Science, mais l'Intuition a les siennes, que la Science elle-même ne doit pas dédaigner. Ne serions-nous pas avides de connaître les impressions de quelque très pur Sauvage ou d'un habitant de Saturne à qui serait révélée, soudain, notre civilisation? — Hélas! je ne suis pas ce Sauvage très pur, et je viens de Paris. Je n'aurai guère à constater que de petits écarts. — On y trouve souvent plus de délicat plaisir que dans les violents contrastes.

Mon parti-pris d'ignorance n'est donc pas tout à fait illégitime. Il ménage, si je ne me tompe, un réel intérêt aux deux catégories de lecteurs qu'on prévoit.

Les premiers, studieux clients des libraires ou leurs fournisseurs, informés bien mieux que moi en ethnologie, histoire, géographie, etc., du haut des positions qu'ils ont prises (la plume ou la liseuse à la main) dans les controverses, peuvent avoir encore quelque curiosité pour et seulement pour ce qui ne vient pas des livres, pour l'exprès-

sion un peu hasardeuse, vraie et vive du moins dans sa spontanéité à tous risques, de notations, d'opinions personnelles, presque improvisées. Ils s'amuseront, eux qui savent les causes et les détails, à voir comment les choses s'informent dans un esprit atteint seulement par les effets et les ensembles.

Les autres lecteurs, ceux qui ont peu lu ou peu voyagé, prendront, j'imagine, plaisir à l'ingénuité d'un « spécial confrère )), — se réservant de la contrôler sur la leur à la première occasion de déplacement ou de sérieuse lecture.

A cette méthode, l'auteur lui-même trouve son compte.

Ces différences de psychologies, de décors, à peine notées deviennent pour lui, en lui, des richesses acquises, des éléments de rêve renouvelé, d'œuvre agrandie, — trésors qui risqueraient de se disperser au souffle véhément des disputes, de se décolorer à l'atmosphère grise des bibliothèques.

— Mais en définitive, s'il se trompe?

— Outre que sa sincérité l'exempte de remords, il pense que sa recherche individuelle de la vérité pourrait avoir une certaine valeur critique.

Ainsi : — l'histoire, le sol, la température de la Belgique — ou des provinces politiquement réunies sous ce nom — devraient être consultés, je m'en doute bien, dans une étude scientifique de l'Esprit belge. Possible que ces trois sources d'observations confluent à d'identiques conséquences. Dans le piétinement, incessant durant des siècles, du territoire, par les troupes de tant de nations, dans la composition du sous-sol, si diverse qu'on y peut voir comme une synthèse de la géologie universelle, dans les perpétuels changements du climat, qui donnent à ce petit pays le spectacle infini de toutes les douceurs et de toutes les fureurs du ciel, sans doute est-il permis de voir les trois facteurs d'une humanité brutale et forte, pratique, d'esprit composite, de volonté puissante, résistante, d'imagination brève, de raison grave ; une race résultée de la constance de l'effort et qui n'eut pas le temps d'apprendre à rêver ; qui d'abord et toujours dut s'absorber dans les nécessités réalistes d'une existence menacée par le ciel et la mer, et par les hommes; une race qui n'eut guère de ressources qu'en son propre courage — inépuisable, comme le tréfonds même du sol qu'elle habitait. — Voilà

ce qu'on peut voir dans les livres, les cornues et les astrolabes, instruments auxquels je prodigue le respect qu'exige la propriété d'autrui : c'est à la vie seulement que je demanderai mes lumières. De fait, ce sont les plus sûres. Que les Muses géologique, météorologique et historique nous apportent leurs conclusions : nous les recevrons, avec de grands saluts, — sousbénéfice d'inventaire ; car, ici, la matière de l'étude est vivante, c'est un Peuple, et les plus doctes déductions ne vaudront rien si elles ne sont pas vérifiées par l'observation journalière. — Il se peut, du reste, que celle-ci rejoigne les affirmations des Muses. A cette harmonie, et c'est ainsi que l'observateur n'aura pas fait œuvre inutile, vous reconnaîtrez le beau chiffre de la Vérité.

Regarder de Paris la Belgique à travers Bruxelles, ces deux traits spécifient les données du problème et je ne crois pas qu'ils les faussent.

Si je suis touché surtout par ce qui, dans mon objet, est parisien, j'aurai déjà éliminé une cause, importante, de confusion, provoqué des chances d'atteindre à l'être en soi que je veux connaître, et savez-vous si j'ignore tout à fait ce qui est hollandais, ce qui est allemand, ce qui est anglais?

— Mais, me dit-on, Bruxelles, comme les autres villes belges, a une existence, un caractère à part. L'àme de Bruges et celle d'Anvers, l'âme de Mons et celle de Gand, l'àme de Liège et celle de

Bruxelles sont irréductibles à un type commun, et tout ce qu'on pourra dire de vrai de l'une de ces villes ne sera vrai que d'elle.

— Pourtant la capitale, en Belgique comme en tout autre pays, est dans une certaine mesure, pour de solides motifs, et tend toujours davantage à devenir absolument la synthèse de la nation. Est-ce que, de tous les points de la Wallonie et de la Flandre, tous les Belges n'ont pas les regards sur Bruxelles? Mille nécessités, politiques, industrielles, commerciales, mondaines, littéraires, artistiques, scientifiques, ne les y attirent-elles pas? N'est-ce pas là que le goût provincial prend le mot d'ordre et le ton, là que tous les talents reçoivent l'investiture, là que l'aristocratie cultive, autour du palais royal, les anciennes traditions, là que les fortunes nouvelles viennent faire figure, vers là que toutes les jeunes ou vieilles ambitions se dirigent, de là que rayonne l'activité totale du pays? C'est le centre, et le centre n'tst indifférent à aucun des points de la périphérie.

Sans doute — qui songe à le nier ! — il faut tenir grand compte des caractéristiques particulières de chaque ville, il ne faut pas oublier que la Belgique

réunit dans le moins possible d'espace le plus possible de variétés humaines. Je sais, par exemple, qu'Anvers jalouse Bruxelles, que Bruxelles jalouse Anvers. Anvers envoie tout de même à Bruxelles ses sénateurs et ses députés ; la Métropole va défendre ses intérêts propres dans la Capitale et y prend sa part de la commune lutte pour l'existence nationale. Il y a plus de ressources littéraires à Bruxelles qu'à Anvers, et force est donc aux écrivains anversois, le terme fatal de leur voyage fùt-il Paris, de passer par Bruxelles ; plusieurs s'y attardent, quelques-uns y restent. Il en va de même des peintres, des sculpteurs, des musiciens. Est-ce que tous ces vivants foyers de pensées et de sentiments, apportant leurs lumières de tous les points du territoire, ne modifient pas l'atmosphère de la Capitale ? Tous les courants y convergent. S'il n'y sont pas tout à fait ce qu'ils était à leur source, confondus que les voilà et les couleurs de leur flot personnel s'atténuant au mélange, de cette mêlée même résulte l'être, le « Vivant » particulier où un œil attentif saura voir l'expression de la collectivité totale. — Bruxelles est en Brabant ; en Belgique aussi.

C'est ce que les nationaux sont très capables — et excusables de méconnaître. Concentrés, absorbés dans le cercle quotidien de leurs préoccupations, ils ne voient de ville à ville que les différences, le rapprochement même produit des grossissements... Liège se croit à cent lieues de Bruxelles. . .

De plus loin on peut voir plus juste.

Page 1