‹ L'esprit classique et la préciosité au 17è siècle. Avec un Discours et un Dialogue inédits de Chapelain sur l'amour et sur la gloireChapitre 31 sur 41 · MÉMOIRE DES GENS Ï3E LETTRES VIVANS EN · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DES GENS Ï3E LETTRES VIVANS EN

Ce Mémoire des Gens de Lettres vivans en 166'2, que nous donnons en appendice, a été publié deux fois au xviii^ siècle ^, et n'a plus été réédité depuis. Il est intéressant à divers titres, et les dévots des bornies lettres nous sauront gré de mettre ainsi à leur portée un document qu'il fallait jusqu'ici aller chercher dans des recueils à peu près introuvables.

Mais si ce Mémoire est intéressant en soi, il est pour nous précieux, car les [)rincipes direclours ilt> Chapelain critique, qui ressortent de ces (pialrevingt cli\ notices, sont ceux-là mêmes qui de[uiis

1. Par Cînmisiit, Mrhiugcs de littérature tirés des lettres nidiiuscrites de M. ('.Itapchiin, 17!2(), ol par Di'smolcts, (U)iitinitadon des Mémoires de littérature et d'histoire, l. 1!, 1728. La HiMiolht'qm' Nalionnlc possoile, en outro, un manuscrit de ce Miiuoiri' (F. IV. 2304.')) qui a pour lilrf : Liste des cfens de lettres françois vionns en tGG'2.

L'i.spim r.i.Assujri-: 13

ont prévalu, au xvii^ siècle. De sorte que ce document a sa place tout indiquée ici, et doit servir à notre thèse de pièce justificative. Quoique l'auteur ait eu en vue un but spécial ^ , il n'a pas laissé de faire œuvre de critique, en marquant fortement,} quoique d'un trait sommaire, les qualités et les! défauts des a gens de lettres », dont il aligne lesj médaillons.

Vous remarquerez, s'il vous plaît, dans ces notices, et entre autres choses, que Chapelain distingue nettement le « génie » des a règles », et qu'il sail reconnaître et apprécier Vesprit, partout où il se trouve, quelque ardeur qu'il mette à le dénoncer, ' lorsqu'il n'est pas assez réglé. Il fait des réserves, et non sans raison, sur le <( dessein » des pièces de Corneille ; mais celui-ci n'en est pas moins, de son aveu, « un prodige d'esprit et l'ornement du théâtre français ».

Sur le style de d'Ablancourt, il confirme le juge-B ment de Despréaux, ou plutôt Despréaux a confirmé le jugement de Chapelain. Mais il est vrai que sur Cassaigne et sur Gotin, Chapelain et Boileau ont différé d'avis ^. Conviendrons-nous du|

1. Il s'agissait de faciliter à Colbert un choix qu'il voulait '! faire de quelques écrivains du temps, pour écrire ou pourfi célébrer les actions du Roi. .'

2. A noter cependant que Chapelain dénie le « jugement ))|l à Cotin et même à Cassaigne : c'était leur refuser beaucoup, h c'était presque les mettre au ban de la société « classique ». |j

APPENDICIi 195

(( désert qui était aux sermons de Tabbo Cotin ^ » et de l'abbé Cassaigne ?... Ce qu'il faut signaler ici -, car c'en est l'occasion, c'est la complaisance de Chapelain, et ce mélange en lui de l'honnête homme ou de l'homme du monde avec l'homme de lettres, qui a fait souvent tort à son jugement de critique. Mais il faut signaler aussi l'excès opposé chez Boilcau, dont la critique a quelquefois manqué d' (( honnêteté », et ignoré toute mesure.

Il y aurait bien des pensées, d'un tour souvent heureux et d'un sensjuste, à relever dans ce Mémoire : celle-ci, par exemple, que pour faire un bon historien, il ne suffit pas de savoir écrire et d'être bien documenté, mais qu'il faut, en outre, avoir été initié à la « pratique des affaires ». Et en effet, on ne démêle bien les causes des événements, et leur progrès, que si on a soi-même, en quelque manière, contribué à en faire naître.

On voit enfin, par quelques-unes de ces notices, qu'on pouvait être de l'Académie, au xvii^' siècle, sans avoir rien écrit, ou rien imprimé. Ainsi Bozons : u on n'a jamais rion vu de lui par écrit », mais « on l'a entendu, comme avocat général du Grand Conseil, parler élégaumient et fortement en toutes rencontres ». D'Eslrées, éviVjue de Laon,

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