‹ L'esprit classique et la préciosité au 17è siècle. Avec un Discours et un Dialogue inédits de Chapelain sur l'amour et sur la gloireChapitre 36 sur 41 · LXV. — Su.HON. — Ses ouvrages le font voir un · texte numérisé non relu

LXV. — Su.HON. — Ses ouvrages le font voir un

de nos meilleurs écrivains en matières politiques. On en ferait aisément un bon historien, s'il se laissait conseiller ; car il est très informé des intérêts de l'Europe, et a eu participation de mille choses ignorées de tout autre que de lui. Ses mœurs sont bonnes, ses intentions droites, ses maximes toutes pour le bien de l'Etat et pour la gloire du Prince, sans préoccupation contre les étrangers. Son style est beau et soutenu, orné même ; et s'il était moins étendu et un peu plus pur, il n'y aurait rien à souhaiter. Il a de l'éloquence et du savoir, peu de lettres humaines, assez de théologie. Si rien lui défaut, c'est l'ordre et la méthode dans les longues pièces ; et s'il a rien de trop, c'est l'opinion très avantageuse de lui.

LXVI. — Tallement [François], — Il sait assez la langue grecque et [laj latine, et pour la française ce qu'il écrit est assez pur et naturel. On n'a rien vu de lui qu'il ait fait de son chef que quelques lettres et quelques préfaces, dont on ne saurait dire ni bien ni mal. Il s'est jeté dans la traduction des Yies de Plutarque : à quoi, par un grand travail, il réussit fort bien. D'autre entreprise où il faut du fond et du dessein, il ne s'en tient pas lui-même capable.

LXYII. — BoiLEAu [Gilles]. — Il a de l'esprit et du style en prose et en vers, et sait les deux langues anciennes aussi bien que la sienne. Il pourrait faire quelque chose de fort bon si la jeu-

nesse et le feu trop enjoué n'empêchaient point qu'il s'y assujettît.

LXVllI. — FuuETiÈuE. — Ecrit en prose et en vers avec grand feu, et d'un style assez pur. Il a de l'esprit de reste, est inventif et enjoué, et a l'inclination à la satire sans malignité pourtant ; plus de naturel que de savoir, quoiqu'il n'en soit pas non plus entièrement dépourvu. S'il se pouvait laisser conduire, il serait capable de grandes choses ; mais sa liberté et l'opinion qu'il a de lui ne souffrent pas qu'on le puisse espérer.

LXIX. — Le Gleuc. — Ecrit raisonnablement en prose française, et non sans esprit. En vers, il est beaucoup au-dessus des médiocres, soit qu'il en fasse de son chef, soit qu'il traduise la Jcrusaiem du Tasse, dont il a déjà quelques chants achevés [qui] montrent la force et la délicatesse de sa veine. Ses mœurs sont douces, et il croirait un bon conseil.

LXX. — Segrais. — Sa prose est pure, mais médiocre, etelle no (ii([ue pas par ses brillanls '. Ses vers ont |)lus d'esprit, et il y [);iraU du ^M-riic du feu, de la douceur. Ses odes et ses églogues le

1. Il l'sl bon do. noliT (jiu- lorsqui* ('liiipclaiii pnrli* «li* st} le u orné » ou de t ))i-illMnls », il ii ciilciul pas ri'Cdtniiuui- »lci- l';iilili((^ ou i'anVclMlion daiis \v style, puisipi il a toujours réprouvé c('schos«'s, fl toujours pi-is parti pour 1«' uaturrl. Lfs uiols fu (picstiou sij^uifiaiciil pour lui Ir routrniro il«' la platitude ; cl ilaillcuis cf (pii suil le uiouUe assez.

tirent du commun, et la traduction de VEnéidey qu'il a fort avancée, achèvera d'établir sa réputation. Il a assez l'usage du monde et beaucoup de probité et de modération.

LXXI. — CoTiN. — A beaucoup d'esprit et de savoir dans les humanités et dans la théologie ; et il est bon philosophe moral et logicien. Il écrit facilement, purement et éloquemment, aussi bien en vers qu'en prose, et a l'air du monde et de conversation, ami de la liberté et du plaisir, sans dol et sans malice. Le jugement et la connaissance des affaires du monde, n'est pas en quoi il excelle. Il a beaucoup publié d'ouvrages de galanterie et de piété, avec une approbation égale, et si la principale partie était de la force des autres, il pourrait passer entre les premiers écrivains.

LXXII. — Pellisson. — A l'esprit très beau, et le style très achevé en vers et en prose. Sa paraphrase sur le premier des Institutes est fort pure et éloquente, et sa préface sur Sarasin des meilleures en ce genre. Sa poésie est galante et enjouée; et s'il s'appliquait tout entier aux lettres, et qu'il eût plus de fond et de jugement, il serait du premier ordre.

LXXIII. — ScuDÉRY. — A peu de connaissance des langues anciennes ; pour la sienne, il la parle assez purement. Son principal mérite est dans son naturel qui est beau, et s'il était réglé par le jugement et soutenu parle savoir, il aune vigueur qui

ne le laisserait pas entre les hommes ordinaires. La preuve s'en voit dans ses comédies et dans son Alaric.

LWIV. — Corneille. — Est un prodige d'esprit cl rorncmcnt du théâtre français. Il a de la doctrine et du sens, lequel jxiraît néanmoins plus dans tout le détail de ses pièces, que dans le gros où très souvent le dessein est faux, à les faire tomber parmi les plus communes si ce défaut d art général n'était récompensé amplement par l'excellence du particulier, qui ne saurait être plus exquis dans l'exécution des parties. Hors du théâtre, on ne sait s'il réussirait en prose et en vers, agissant de son chef, car il a peu d'expérience du monde et ne voit guère rien hors de son métier. Ses paraphrases sur Vlmitalion de Jésus-Christ sont très hollos, mais c'est plutôt traduction qu'invention.

LXXV. — La Mi':xAUDiÈRE. — Il écrit avec iacilltc et assez de pureté en vers et en prose, moins faible en français qu'en laliu Son style est mol et étendu, vl dans ses longues expressions se délaie et se péril ce qu'il n pourrait avoir dr raisonnable. Quand il se veut él(>\(M\ il dégénère en ohsiMirité et ne lait |);u;uli(Mjn(' do hi'aux mois (|ui ne tiuil (|uo soiuier cl ne signiliiMil ricii. Sa |)araphrast> pluh'it fpie sa traduction du l\inc<jYri<jiir de Plin(\ et sa !^f'(i/i(jur, \c fout païailn^ dépouiNu (1(> jug(Mn»Mit, aussi bien cpie les piècM^s de sou in\(Mili(iu (|ui (ont le priiu'ipal du volume de \ers (pi'il a publié. Sou

traité des esprits naturels et sa paraphrase de quelques épigrammes de V Anthologie ne sont pas méprisables, et s'il n'avait fait voir que cela, il en serait plus estimé. Enfin, ce n'est pas un homme dont on puisse rien faire, ni sur qui on puisse appuyer aucun dessein où il faille jouer tant soit peu de cervelle.

LXXVI. — Cassaigne. — Est un très bel esprit, et qui écrit également bien en vers et en prose française, avec plus de naturel que d'acquis, surtout dans les lettres humaines, son inclination pieuse l'ayant plus porté à l'étude de la théologie qu'à tout autre. Son génie est soutenu et ses expressions pures et fortes avec beaucoup de sentiments nobles et moraux. Il serait plus propre à la chaire qu'à tout, si sa faible santé lui permettait de s'y appliquer ; et si son jugement se peut mûrir, et tempérer le beau feu qui l'agite, il y tiendra un des premiers rangs. Ce serait aussi une plume à faire d'éclatants panégyriques. Enfin, c'est un des jeunes gens de ce siècle de la plusbelle espérance, et des plus nés à la vertu : car pour l'ambition e% l'amour de ses ouvrages, ce sont deux défauts qui ne sont blâmables qu'aux gens d'un âge plus avancé.

LXXVII. — Des Marets [de Saint-Sorlin]. — C'est un des esprits faciles de ce temps, et qui, sans grand fond, sait une plus grande quantité de choses et leur donne un meilleur jour. Son style de prose

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est pur, mais sans élévation. En vers il est abaissé ou élevé selon qu'il le désire, et en l'un et l'autre genre il est inépuisable et rapide dans l'exécution, aimant mieux y laisser des taches et des négligences que de n'avoirpas bientôt fait. Son imagination est troj) fertile, et souvent lient la place de jugement. Autrefois il s'en servait pour des romans et des comédies, non sans beaucoup de succès. Dans le retour de son âge, il s'est tout entier tourné à la dévotion, oii il ne va pas moins vile qu'il allait dans les lettres profanes.

LXXVIII. — Chalmont. — Ne manque pas d'esprit, et a assez le goût de la langue. On n'a pourtant rien vu de lui, ni en prose ni en vers, qui lui puisse faire honneur. S'il ne prêche bien, il prêche et hardiment et facilement. Le désir de la fortune l'a engagé à des bassesses au-dessous de sa naissance, et à im certain air d'agir qui lui fait tort. Mais c'est plus par manque de jugement que par malignité naturelle.

LXXIX. — Balesdens. — 11 est plus curieux qu'hahile, cl j)lus cupide de gloire que glorieux. Tout ce qu'il a puhlié (l(^ lui ( si au-dessous do la médiocrité. Ou lui a l'obligation des Elo'jes de Pap}rius Masson ol de {piolcpios ouvrages de Grégoire de Tours. Il a encore des manuscrits fort considérables de gens de lettres ;\ (h-^uner. (V(^st un bon homme.

LWX. — EseuM'. — Sou fort est dans la ihco-

logie, et il a peu de fonds hors de là. Pour de l'imagination et du style, il en a beaucoup, et écrit élégamment en prose et en vers français. L'inégalité de sa vie, quoique toujours innocente, le fait connaître pour un homme de peu de tête, et n'a pas empêché qu'on ne l'ait aimé à cause de sa bonté. De prédicateur, ilest devenu courtisan, et de courtisan, père de famille : et tout pour faire fortune, dont il avait grand besoin.

LXXXI. — ViLLAYER. — On n'a rien vu de lui par écrit qui puisse faire juger de l'étendue de son esprit et de la force ou de la faiblesse de son style. Ses confrères de l'Académie témoignent que ce qu'il dit lorsqu^il y fut admis était bien pris pour le dessein, fort délicat pour les pensées, et fort pur pour l'expression ; et que, quand il opine, il le fait élégamment et sensément .

LXXXII. — MoNTMOR. — Il a beaucoup d'esprit, et Fa plus témoigné dans plusieurs épigrammes latines qu'en autre chose. Son amour pour les lettres et pour les lettrés est très ardent, et quelquefois libéral. A force de subtilités et d'affectations de méthode dans ses raisonnements, il tombe dans la langueur et dans l'embarras. On n'a rien vu d'imprimé de lui, quoiqu'on dise qu'il a force choses commencées en matière de philosophie. Il fait profession de cartésianisme, et le bruit est qu'il n'a érigé une Assemblée académique chez lui, que pour établir cette nouveauté, et pour détruire la

doctrine d'Aristote : en quoi il a trouvé de grandes contradictions.

LXXIII. — Bautru. — Il est plein d'esprit et de savoir, a l'humeur encore enjouée dans son grand âge et au milieu de ses infirmités. On n'a rien vu de lui que quelques satires qu'il fit en sa jeunesse, fort ingénieuses et qui ont fait grand bruit. Ceux qui ont part à son secret disent que les Relations de ses ambassades ne peuvent être mieux écrites. Il a lame noble et bienfaisante, surtout aux savants qu'il apprend être incommodés : dont il y a plus d'un exemple.

LXWÏV. — SvLOMOx. — Il parle avec facilité, mais avec peu d'ordre et de solidité ; et ses vers latins ne sont pas plus excellents que sa prose française.

LXXXV. — Bt/.oNs. — Ou n'a jamais rien vu de lui par écrit ; mais aussi bien que sou précédent confrère, ou l'a entendu comme avocat général au Grand Conseil parler élégamment et fortement en toutes rencontres : le Parisien l'emportant beaucoup sur le Gascon.

LXXXVI. — GoDEAi-, évéque de Vencc. — C'est un de nos principaux écri Nains français en prose et en vers, où il nioulre une pureté et une facilité la plus gramlc^ du monde. Peu de gens ont autant écrit et aussi élégjunmeul i[\\c lui. Son caraclère est plutôt i\c tlouccuret d'élégance (jucdc force

et de régularité. Surtout, c'est une âme noble, candide et franche, qui va toujours à la justice et au bien sans intérêt.

LXXXVII. — D'EsTRÉEs, évêque de Laon. — Il n'a rien imprimé que l'on sache, mais on a vu [de lui] plusieurs lettres françaises et latines de la dernière beauté, et qui font bien voir qu'il n'est pas seulement docteur en théologie, mais encore au Parnasse entre les premiers.

LXXXVIII, — Péréfixe, archevêque de Paris. — Tant de sermons éloquents et une histoire si purement et si gravement écrite *, justifient trop le mérite de ce prélat dans les lettres, surtout dans les françaises, et épargnent la peine de faire de ses mœurs et de sa vertu une description plus particulière.

LXXXIX. — Ghambon. — Excelle plus en savoir solide, philosophie, théologie, mathématiques, qu'en éloquence, surtout française. Il n'y a rien fait voir jamais ; et ce qui fait soupçonner qu'il n'y égale pas son feu frère du Châtelet, c'est que son entretien et son avis, quand il opine, n'ont rien que de fort simple : comme s'il ne croyait pas cette qualité de bien disant digne d'entreren communauté avec ses autres connaissances.

XG. — Le marquis de Goislin. — Parle fort bien

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