Ml inl)rc's dr 1 Ariultiiiii' eu IdCi'J
i.'i:spiuT ci.AssigiF. H
les matières, quoiqu'il y mette peu du sien. Il n'affirme guère et suspend son jugement à la manière des sceptiques, se contentant ordinaire- i ment d'alléguer dans les choses le pour et le contre. | A rage où il est, on ne doit pas attendre qu'il j entreprenne de longs ouvrages, quand il y aurait i du génie. i
LII. — De Racan. — Il n'a aucun fond, et ne i sait que sa langue, qu'il parle bien en prose et en vers. Il excelle principalement en ces derniers, mais en pièces courtes ; et où il n'est pas nécessaire d'agir de tête, on ne l'engagerait pas facilement à travailler, vu son grand âee, ses infirmités, j et ses procès qui l'exercent depuis vingt ans. |
LUI. — De La Chambre. — C'est un excellent philosophe, et dont les écrits sont purs dans le langage, justes dans le dessein, soutenus par les ornements et subtils dans les raisonnements. Son application est dans les matières physiques et i morales, en tant que celles-ci regardent la nature. Je ne le tiens pas fort dans les poHtiques, et je doute qu'il fût propre à écrire l'histoire, quoique fort judicieux.
LIV. — BouRZEis. — C'est un bel esprit qui écrirait bien en l'une et l'autre langue ; mais il est tellement renfermé dans la théologie, et se retire de tout, qu'il ne peut être guère regardé pour les ouvrages d'autres matières. S'il s'y portait néanmoins, il en rendrait bon compte, car il a une
grande vivacité, beaucoup d'ordre dans le raisonnement et une façon de s'expliquer très vigoureuse.
LV. — GoMBERViLLE. — Il parle très purement sa langue, et les romans qu'on a vus de lui en sont une preuve certaine. Autrefois il semblait qu'il se destinait à l'histoire : il faut qu'il ne se soit pas senti assez pourvu des qualités nécessaires pour cela.
LVl. — DoujAT. — Le droit canon est son fort. 11 possède assez bien le français ; mais il n'est pas de la première classe. On pourrait l'employer pour le latin, surtout dans le genre historique, ayant toute sa vie recueilli avec soin des matériaux qui y pourraient servir utilement : sauf à revoir et à réformer ce qu'on y trouverait à redire.
LVII. — GoMiiALLT. — Il est le plus ancien des écrivains français vivants. Il parle avec pureté, esprit, ornement, en vers et en prose, et n'est pas ignorant on la langue latine. Depuis phis do ciiiqiianle ans II a roulé dans la Cour, avec une pension, tantôt bien, tantôt mal payée. Son fort est dans les vers, où il paraît soutenu et élevé. A force de vouloir dire noblement les choses, il est quehpiefois obscur. S'il était guéri d'une grande maladie (jui l'a abattu, il pourrait faire queUjue 0{1(\ (|U(>i(jue panégyrique, quehpie sonnet tort beaux, in^iis aNcc Icntrui-. eu y nu^ltaiit un uiaiid prix.
lAIII. — CoNHAUT. — C'est un homme d iiiu»
singulière vertu, d'un jugement très net en tout : ce qui le fait consulter par les plus excellents écrivains français, qui se trouvent bien de ses remarques. Personne n'écrit plus purement en prose que lui ; et quoique ses lettres ne s'élèvent pas jusques à l'éloquence, car il ne sait de langue que la sienne, et l'italienne parfaitement, sans aucune connaissance des anciennes, néanmoins l'élégance, la pureté et l'ordre y reluisent de telle sorte qu'elles sont égales en beauté et en agréments aux meilleures que nous ayons. Mais la goutte de vingt années l'a tellement estropié, qu'il ne saurait plus tenir la plume, et depuis dix-huit mois son mal s'est accru, de façon qu'il a plus de besoin de penser à mourir qu'à écrire, et qu'on ne peut prendre aucun fondement sur lui pour cela.
LIX. — Chapelain. — C'est un homme qui fait une profession exacte d'aimer la vertu, sans intérêt. Il a été nourri jeune dans les langues et la lecture: ce qui, joint à l'usage du monde, lui a donné assez de lumières des choses, pour l'avoir fait regarder des cardinaux de Richelieu et Mazarin comme propre à servir dans les négociations étrangères. Mais son génie modéré s'est contenté de ce favorable jugement et s'est renfermé dans le dessein du poème héroïque qui occupe sa vie, et qui est tantôt à la fm. On le croit assez fort dans les matières de langue, et on passe volontiers par son avis pour la manière dont il se faut prendre à former le plan
d'un ouvrage d'esprit, de quelque nature qu'il soit, ayant lait étude sur tous les genres, et son caractère étant plutôt de judicieux que de spirituel. Surtout il est candide, et comme il appuie toujours de son suffrage ce qui est véritablement bon, son courage et sa sincérité ne lui permettent jamais d'avoir de la complaisance pour ce qui ne l'est pas*. S'il n'était point attaché à son poème, il ne ferait peut-être pas mal l'histoire, de laquelle il sait assez bien les conditions.
LX. — Patru. — Il est renfermé dans les matières de jurisprudence ; mais contre la coutume des avocats, il les traite très élégamment, très éloquemment et très judicieusement. Il travaille peu, parce qu'il veut trop bien faire. S'il avait plus d'usage des affaires du monde, il ne serait pas incapable de l'histoire. On l'a autrefois regardé pour écrire la vie de M. le cardinal de Richelieu. Le peu qu'on a vu de lui fait voir de quoi il est capable.
L\I. — GiRY. — Personne n'écrit en français plus purement que lui, ni ne tourne mieux une période. Il est de la inénii* profession du Palais, dans laquelle il est eslinié. 11 a peu plaiilé. Ses ouvrages publics ne sont que des traductions où le
1. ('cri appi'lK' (Ifs réserves, que nous avons faites vu leur lieu. (Ihapolaiit n'rlail pas aussi « courngrux » quil lo ilit, ou (lu moins r « hoiuu'-U' lioninu- •• vu lui : \ait hop souv»miI raison du ■> criliquo •».
214 APPENDICE j
porte son inclination, et où il réussit entre les bons. Il n'est pas assez versé dans les affaires publiques, pour s'oser promettre que l'histoire fût bien entre ses mains. Son style est net, mais sans nerfs et sans vivacité, dans le peu qu'on a vu de ses compositions propres.
LXII. — Ablancourt. — Il est de tous nos écrivains en prose celui qui a le style plus dégagé, plus ferme, plus résolu, plus naturel. Son génie est sublime, et quoiqu'il soit sans comparaison le meilleur de nos traducteurs, c'est dommage qu'il se soit réduit à un emploi si fort au-dessous de lui ; car il a de la force de son chef, de l'éloquence, de la doctrine, et n'est pas faible dans le raisonnement. S'il avait voulu entreprendre une histoire, il n'y a que son peu de pratique des affaires du monde qui l'eût pu empêcher de la faire très bonne ; car il a acquis souverainement l'air de la bonne narration par tant d'historiens du premier rang qu'il a rendus avec applaudissement dans sa langue ; et il ne serait nouveau ni dans les harangues, ni dans les matières de guerre ; enfin le seul de nos bons ouvriers que je connais qui pourrait s'acquitter éminemment de cette sorte de travail, s'il avait de bons mémoires et qu'il fût plus instruit des intérêts del'Europe, présents et passés; car encore qu'il ait bonne opinion de lui, et avec justice, comme il n'est point A^ain, et que la raison le ramène quand elle lui est montrée, il recevraitles avis qu'on lui donnerait.
LXITI. — Charpentier. — Il a le style pur et net en prose et en vers, sait bien la langue grecque et [la] latine, a de la force dans l'esprit et de l'érudition ancienne. Par la Vie de Socrate^ qu'il a compilée, on voit qu'il pourrait travailler de son chef ; mais il s'est rabattu sur la traduction, comme s'il craignait le labeur, ou qu'il se sentît faible pour les grandes entreprises. L'expérience du monde et des affaires, qui lui manque, lui a fait peut-être prendre ce parti comme le plus aisé. Au reste, il vaut autant, et plus qu'un autre.
LXIV. — Mézeray. — On a vu par le corps de notre histoire qu'on a de lui, qu'il tionl l)ion sP^ place dans cette profession, et qu'il ne manque ni de diligence ni de sagacité. Son style n'est pas non plus mauvais, quoiqu'il pût être plus naturel et plus soutenu. Il y aurait à craindre qu'à force de vouloir se montrer libre dans les jugements et dans les partis qu'il prend et (pi'il épouse facilement, il ne penchât vers le satirique et ne fît tort aux particuliers en voulant instruire le public. 11 ne paraît pas toujours équitable aux puissances et s'érige de lui-même en juge sévère des actions et des desseins des grands, sans songer s'il a assez ilo lumières et d'autorité pour cela. C'est néanmoins le meilleur (le nos compiliileurs fraiu;ais, et (pii a assez defontls et de pénétration pour bien faire, s'il no présumait point tant de lui, et (pi'il put se rendre docile.