‹ L'esprit clinique en éducation physiqueChapitre 6 sur 13 · ESS · texte numérisé non relu

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coracoïde de l’omoplate. Le biceps, muscle fléchisseur de l’avant-bras sur le bras, est sollicité par le poids même du tronc, il ne trouve. pour lui résister que le ériceps brachial en extension, mais celui-ci ne peut lui opposer que l'action antagoniste de ses deux faisceaux huméraux, le vaste externe, qui s’insère à la face externe et postérieure de l’extrémité supérieure de

* l’humérus, et le vaste interne qui s’insère à sa face postérieure. Quant au

long anconé, il s’insère au tubercule sous-glenoïdien de l’omoplate, donc la longue portion du triceps faisant partie du groupe scapulaire ne peut être fixé puisque l’omoplate ne l’est pas. D'autre part, le grand pectoral, par son point d'insertion à la lèvre externe de la coulisse bicipitale (crête de la grosse tubérosité de l’humérus) met le bras en adduction en l’attirant en avant et en dedans par un mouvement de rotation Interne, d'où travail très grand à l'articulation du coude, et défaite finale par la ‘flexion de l’avant-bras sur le bras. Cela est d'autant plus.facile que la colonne vertébrale n’a pas été fixée d'avance par ses muscles extenseurs :

demi-épineux ; mullifides des lombes, du dos et du cou; long dorsal; ilio-

costal lombaire, dorsal et cervical ; splenius du cou et de la téte, etc. ; dès lors, elle ne peut donner un point d'appui rigide au grand dorsal, antagoniste du grand pectoral, puisque, s’insérant à la lèvre interne de la coulisse bicipitale de l'humérus, il attire cet os en arrière et en dedans par um mouvement de rotation également interne comme celui du grand pectoral mais en sens opposé. Gette action soulage le grand pectoral à ses points. d'appui €costo-sternaux, et, par ce fait, facilite le jeu respiratoire de la. cage thoracique. C’est ce que les Suédois ont compris en faisant exécuterce mouvement sur les quatre points d’appui des deux mains et des deux fémurs.

Dans la Fig. 4, la poitrine est libre en avant pour une plus grandeamplitude respiratoire par la contraction en arrière du trapèze, du rhomboïde, de l’angulaire de lemoplaie, du grand dorsal; les pectoraux relächés: sont libérés. Dans la Fig. 2, la poitrine est emprisonnée par les pectoraux fortement contractés en avant, tandis que les muscles dorsaux sont reld-— chés en arrière, d’où moindre amplitude thoracique respiratoire.

Ces deux exereices donnés comme identiques par les éclectiques son£ absolument opposés l’un à l’autre. Le premier (fig. 1), est Suédois, le type est scapule-vertébral ; le deuxième (fig. 2), est Amorosien, le type est sterno-costal. L’omoplate et le sternum étant deux os opposés l’un à l’autre en arrière et en avant du tronc, les mouvements qu’ils comman-

dent par les points d'appui musculaires sont donc forcément opposés les

uns aux autres. |

Cela prouve que les éclectiques n'ont jamais compris le principe de la Méthode suédoise : la fixation de la colonne vertébrale. lis avaient pourtant dit au Congrès de Paris en 1900 : « Les exercices qui ont la méme forme » extérieure sont considérés comme identiques alors qu'ils ont des effets » et un mécanisme absolument distincts! ». Pourquoi donnent-ils alors indistinctement la même valeur à deux exercices dont les effets physiologiques et le mécanisme anatomique sont distincts et opposés entre eux, bien qu'ils aient la même forme extérieure ? Ils ignorent ! Mais alors pourquoi combattent-ils la Méthode de gymnastique Suédoise, après l’avoir tout d’abord acceptée, puis déformée et dénaturée ? Pourquoi lui attribuent-ils leurs propres erreurs ? DRE

Oh ! Suédoise, que de sottises on commet en ton nom !

1 — Georges DEMENY : Rapport lu à la Séance d'ouverture du Congrès International d'Education physique le 30 Août 1900, in Revue des Jeux scolaires, Décembre 1900. N° 12, p. 487. : j

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Les éclectiques ne sont pas d’ailleurs les seuls fautifs.

L'éducation physique a eu autant à pâtir des savants que des empiriques. La cause de l’erreur est constitutionnelle, elle appartient au corps social lui-même. Elle est dans l’opinion publique, qui s’est désintéressée de la question physique et ne l’a considérée, jusqu’à ce jour, que sous l’aspect du jeu ou du sport permettant à la jeunesse masculine de s’affirmer, et aux paresseux musculaires d'assister en spectateurs à ses luttes, rencontres, assauts ou matches. Le sport est devenu du spectacle de plein air où se rencontrent acteurs et spectateurs, ceux-ci payant leur place comme au théâtre, sifflant et applaudissant ; ceux-là constituant leurs troupes appelées teams au mieux de leurs intérêts financiers autant que sportifs. Les familles n’ont vu l'éducation physique qu’à travers les agrès de suspension des gymnases ; les jambes ou les bras cassés des foot-balleurs. Elles se sont abstenues parce que les résultats sont mauvais ou pire. Qu'on leur donne de bons résultats elles ne s’abstiendront plus parce que la santé de leurs enfants leur est chère. Jusqu'ici cette santé a été compromise par excès contraire, de repos ou d'action. Il faut établir un juste équilibre.

L’Erreur graphique.

La science médicale, qui aurait dû prendre la direction du mouvement, s’en est désintéressée, laissant à de braves gens, mais incompétents, le soin de fixer les règles de la vie active, en dehors de toute connaissance physiologique : commerçants, industriels, sportifs, avocats, journalistes, littérateurs, gens du monde fortunés, marins, etc., n'ayant aucune autorité scientifique en la matière. Quand cette autorité s’est affirmée, avec l’école graphique de Marey, les médecins cliniciens n’ont pas compris que le graphisme d'ordre visuel et objectif n’est que l’extériorisation cinématographique par le muscle, du psychisme d'ordre subjectif. Ainsi l’école et la pensée de Marey, mal interprétées, ont été une des principales causes d'erreur. Le laboratoire a donné des formules que l’observation clinique n’a pas su contrôler en médecine, et un Règlement militaire, que l’expérience pratique de l’armée a dû rejeter. D'où les à-coups en éducation physique, parce que des physiciens de laboratoire ont cru pouvoir la mettre en équation par la décomposition cinématographique du mouvement; ils ont ainsi pris le fantôme pour la réalité, et le phénomène externe pour les phénomènes internes multiples et échappant à toute équation, par le psychisme même de l’acte. La plaque photographique ne pénètre pas dans la cérébration, elle ne fait que reproduire le reflet musculaire de la pensée.

De même qu’en médecine, le laboratoire ne peut remplacer la clinique ; de même qu'en art, l’accoustique ne peut remplacer la musique, ni l’optique la peinture; ni Helmholtz, Beethoven ; ni Chevreul, Puvis de Chavannes ou Corot; en éducation physique, le laboratoire ne peut remplacer le gymnase ou la pelouse. L'esprit clinique s'adapte mieux aux choses de l'éducation physique que l’esprit mathématique. Jusqu'à ce jour, l’esprit clinique a fait défaut et l'esprit mathématique a fait des fautes pour l’application du mouvement à la vie, équilibré dans la santé, et à la vie, déséquilibrée dans la maladie. Il faut donc former des cliniciens nouvelle école pour l'éducation physique et non des physiciens de laboratoire parce que la vie et le mouvement qui la constitue ne sont que nuances, par le psychisme même qui les commande. L'esprit est impondérable, le clinicien agit sur l’impondérable et le physicien sur le pondérable par la matière. La mentalité du clinicien est éduquée aux contingences de l'esprit, celle du mathématicien est éduquée aux contingences de la matière représentée par le chiffre. Le chiffre ignore les nuances. L'esprit mathématique polytechnique

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est à la médecine ce que le pianola est à la musique, il ignore les nuances cliniques. L'éducation physique est faite de nuances par la cérébration et par la musculation.

Dans le jeu des leviers humains qui assurent le mouvement physique, deux facteurs appartiennent au physicien : le point d'appui et la résistance ; le troisième, la puissance, c’est-à-dire le cerveau, le cœur, les poumons, l'estomac, les muscles, appartient au clinicien. Il lui appartient d’autant plus que dans les leviers humains le point d'appui articulaire est fonction de la puissance musculaire qui le fixe, alors que dans tous les autres leviers la puissance et la résistance sont fonction du point d'appui.

Cette différence est capitale parce que la fonction de la puissance sur le point d’appui transforme subitement la fonction d’un levier d’un genre à l’autre : du premier, en troisième; du troisième, en deuxième genre (mastication). Cette transformation est la principale cause d’erreur dans l'interprétation du mouvement en éducation physique. Ainsi la marche économique naturelle est assurée par le levier du premier genre, tandis que la marche éducative est imposée par le levier du troisième genre. La première est automatique et synthétique, la deuxième est volontaire et analytique.

L'éducation physique, qui ignore les nuances, se transforme en automatisme brutal, allant vers la matière bien plus que vers Pesprit. [ll y a régression de l’homme vers l'animal.

Lé génération des jeunes médecins musculo-globuleux, nouvellement née aux sports, ne possède pas l'esprit clinique si nécessaire à l'éducation physique, n’ayant pas été éduquée dans les Facultés de Médecine et de Philosophie, sur la psycho-dynamie de l'entraînement physique. Elle lance des spécialistes athlétiques, chaque médecin opiant d’après son anatomie, sa taille, son éducation, ses goûts, ses besoins. Il faut donc former des cliniciens médico-pédagogiques en éducation physique. Mais comment les former? Non avec la méthode graphique des physiciens, mais avec la méthode clinique des médecins. Cette méthode doit avoir pour base l'anatomie dynamique et non plus l’anatomie générale. Il n'existe pas d'anatomie pour la gymnastique comme il en existe pour la chirurgie et pour les Beaux Arts. C’est pourquoi tous les documents anatomiques utilisés jusqu’à ce jour en éducation physique sont incomplets, sinon faux. On connaît la fonction des muscles particulièrement à chacun d'eux, mais on ignore les répercussions de cette fonction à l’égard d’autres muscles le plus souvent situés très loin du muscle intéressé. De même que le clinicien va découvrir entre les orteils du pied la cause d’une adénite inguinale en suivant les réseaux lymphatiques, de même le clinicien gymnaste doit aller quelquefois jusqu’au au cou de pied afin de pouvoir agir, par exemple, sur le faisceau supérieur du trapèze à son insertion occipitale. Aucune anatomie ne donne encore ces relations dynamiques. D'où les erreurs par défaut de juste interprétation. J'ajoute que l'étude, si aride et si ingrate de l’anatomie générale, devient aussitôt très intéressante et captivante comme un roman d'action, par le principe même des associations de mémoire et d'idées et par la recherche des rapports fonctionnels musculo-splanchniques. J’imagine que la gymnastique d'analyse et d’action sera d’un grand secours aux futurs professeurs d'anatomie et aux étudiants en médecine, en ostéologie, arthrologie, myologie et splanchnologie.

Juger de la valeur d’un mouvement d’après sa forme extérieure, c’est se condamner à l’erreur. Dans un mouvement ce n’est pas ce qu’on voit qui est la vérité physiologique, c'est ce qu'on ne voit pas, c’est-à-dire la fonction anatomique des muscles cachés à l’œil, que seule la vision objective de l’au dedans, acquise par la dissection du cadavre et les études médicales, peut faire bien juger. Ainsi, par exemple, l’avant-bras est tri-

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butaire de la colonne vertébrale, par l’omoplate : 1° le biceps (fléchisseur) s’insère à la tubérosité bicipitale du radius, puis à la tubérosité sus-glénoïdienne de l’omoplate (longue portion) et à l'apophyse coracoïide de l’'omoplate (courte portion); 2 le triceps (extenseur) s’insère sur tout le sommet du cubitus, tandis que sa longue portion, le long anconé, prend son point d’appui d’origine au tubercule sous-glénoïdien de l’omoplate. L’omoplate elle-même est fixée par le trapèze, le rhomboïde, l'angulaire de l’omoplate et le grand dorsal dont les points d’appuis d’origine sont placés sur les vertèbres de la colonne. Ainsi la non fixation de la colonne vertébrale provoque la non fixation de l’omoplate et celle-ci provoque, à son tour, la non fixation de lavant-bras.

Le cinématographe, œil perfectionné, ne peut révéler ces faits, il ne possède pas le pouvoir de vision interne. Baser une méthode scientifique d'éducation physique sur le témoignage des films et sur leurs épures, c'est prendre l'effet pour la cause. On ne juge pas de la valeur du chassis et du moteur d’une automobile d’après la cinématographie de son allure ; or le moteur musculaire humain, par ses réactions psycho-dynamiques de tonicité, d'élasticité et surtout de contractilité est autrement complexe que celui d’une automobile; pourquoi, dès lors, appliquer à la machine humaine de tels procédés analytiques ? Seule l'anatomie dynamique doit servir de base scientifique à l'éducation physique. Ainsi pensent les Suédois. Les mouvements de leur gymnastique répondent si bien à l'effet physiologique qu'on veut obtenir, qu'il est impossible d'admettre qu'ils sont dûs au hasard d’une improvisation empirique. L'analyse anatomique de ces mouvements prouve au contraire qu'une raison scientifique a présidé à leur classification. C’est pourquoi les Suédois ont ignoré l’erreur éclectique et l’erreur naturiste.

. L'erreur éclectique est fille de l’erreur graphique. L’erreur graphique est fille du laboratoire de physico-physiologie. [Il serait peut-être utile de ne plus donner à « l’ingénieur biologiste » la voix prépondérante qu'il a eue jusqu’à ce jour dans la direction de l'éducation physique en France, et de confier celle-ci au pédotribe moderne, c’est-à-dire au médecin à la fois physiologiste, pédagogue, psychologue et clinicien. J’ai cru à « l'ingénieur biologiste »; les faits m'ont obligé à reconnaître qu'il doit céder le pas au clinicien de la nouvelle école. C’est pourquoi j'ai voulu, dans l’œuvre que j'ai fondée, que la Présidence de chaque Section départementale de la Ligue Française de l'Éducation physique et la Présidence de son Conseil Central Directeur soient statutairement attribuées à un médecin, afin de donner à cette (Œuvre une direction médico-pédagogique, rationnelle, basée sur l'esprit intuitif de la clinique et non plus sur l'esprit spéculatif du laboratoire. Le clinicien recherche avant tout l’indication symptomatique. Le mouvement musculaire est un symptôme psycho-dynamique comme le mouvement fébrile est un symptôme pathologique. La fièvre n’est pas une maladie, le muscie n’est pas la santé. C’est pourquoi le clinicien recherche, dans l'application du traitement, les indications étiologiques, symptomatiques, thérapeutiques ou hygiéniques, puisque l'hygiène est la thérapeutique des bien portants, et la thérapeutique l'hygiène des malades. Dans l’un et l’autre cas, le clinicien fait appel à des agents de contrôle à l’égard de ses sens : la dynamométrie, la photographie, etc. ; la thermométrie, la microscopie, etc., avec le laboratoire. La gymnastique de Ling, qui a eu pour point de départ lapplication du mouvement à la maladie, est symptomatique; c’est en cela qu'est sa force et sa valeur, et ce qui explique son succès en hygiène et en thérapeutique, en pédagogie et en éducation sportive.

L'éducation physique sera symptomatique ou°ne sera pas. Le laboratoire doit céder le pas à la clinique.

Plusieurs autres causes d’erreur ont nui à l'éducation physique, tel l’eg'aaltruisme, qui fait conseiller par chacun le remède qui l’a soulagé ou guéri : « Cette gymnastique m'a fait du bien, donc elle vous en fera », disent les auteurs de « Systèmes », de « Méthodes », etc. Faut-il citer les intérêts divers, égoïstes ou altruistes ; les questions de personne, le snobisme, la politique, la religion, l'ignorance qui fait l’homme méchant et entêté — l’entêtement est la volonté des faibles — et l’automatisme qui l'invite au moindre effort ? |

L’Erreur optique.

Il faut surtout incriminer l'œil. L'œil est un organe sensoriel essentiellement trompeur. L'œil s’est laissé prendre par le graphisme cinématographique. L'erreur graphique est fille de l’erreur optique. L’œil n’a vu que ce que des machines humaines lui ont laissé voir, et non ce que la machine humaine peut produire par une éducation spéciale due à une direction pédagogique et clinique. Des graphiques défectueux ont servi d'exemple. Les méthodes de gymnastique acrobatique ont tellement déformé le goût esthétique que la laideur est devenue le canon de la beauté. Ainsi, après les années de phylloxera, pendant lesquelles on avait fabriqué du mauvais vin, le goût du peuple avait été dévoyé au détriment du bon vin naturel.

L’œil se laisse prendre au jeu de miroir des mouvements alors que,

mieux éduqué, il ne devrait voir que du mouvement, d’où son besoin d’excitation, et l’attirance de la foule impulsive par le plus grand nombre de mouvements répétés et rythmés, avec le plus grand nombre d’exécutants dans les fêtes de gymnastique. La répétition rythmée est un hypnotique psychique, le nombre est la répétition de l'unité; le rythme est la répétition cadencée du nombre. L'’œil est pris. La pensée est du mouvement en puissance, le spectateur est l’objet d'un réflexe psycho-dynamique subconscient, ses centres psycho-moteurs reproduisent automatiquement Je mouvement que son œil lui reflète ; il se procure ainsi, par cette excitation subconsciente, le plaisir de l'acte sans l’accomplir musculairement, avec l'illusion de leffort produit sans fatigue, dans une agréable mise en train psychique. Cette excitation même, par association d’idées, provoque à son tour une excitation émotive, supérieure avec le grand art par le geste nobie ; inférieure et bestiale par le geste ignoble de la brute. C’est ce qui explique le goût du sang chez les peuples névrosés ou en décadence. Le geste accompagne souvent la pensée du spectateur par imitation de l’action, ainsi que le prouvent les photographies instantanées, d’où nécessité d'imposer de beaux gestes afin de créer des tendances à la beauté et par la beauté, à la santé physique, intellectuelle et morale ‘. . Le canon de la beauté et de la force grecques et suédoïses sont semblables. Tous deux cnt pour principe la fixation de la colonne ‘vertébrale et de l’abdomen, le type est scapulo-vertébral et sacro-abdominal. Ce canon ne peut être obtenu que par une règle. La science actuelle la trouve dans l’anatomie analytique et dynamique des fonctions musculaires en gymnastique par les mouvements disciplinés. Seule une méthode sysitématique d'entrainement physique peut assurer ces fonctions ; cette méthode est, à l'heure actuelle, la Méthode Suédoise de Ling.

L'identité du canon grec et du canon suédois permet de se demander si

les pédotribes grecs ne possédaient pas, comme les Suédois de nos jours, des moyens spéciaux pour l’entrainement rationnel des muscles extenseurs et fixateurs du bassin, de la colonne vertébrale, de la tête et des omoplates. Ni les jeux, ni les sports, ni le pentathle (lutte, course, saut,

1. — Dr Px. Tissté : L’Éducation physique au point de vue historique, scientifique, technique, critique, pratique et esthétique. — Paris, Larousse, 2° édition.

disque, javelot) ne peuvent assurer de tels résultats parce que leur action porte davantage et plus directement sur les jambes et sur les bras que sur le bassin et sur la colonne vertébrale ; le type est sterno-costal par l'entrainement des muscles de la région antérieure et supérieure du tronc. Ces exercices sportifs ne pouvaient assurer, à eux seuls, la beauté du canon grec, pas plus qu'ils ne peuvent, à l'heure actuelle, assurer la beauté du canon suédois. a

L° Erreur olympique.

L'art statuaire grec nous révèle, par l’analyse anatomique, la méthode d'entraînement de gymnastique à mouvements disciplinés qui devait être appliquée par les pédotribes ; l’art poétique grec ne nous a révélé que les actes sportifs accomplis aux Jeux Olympiques. L’œil du poète n’a vu que le comment du mouvement extériorisé; l'œil du statuaire, en reproduisant dans le marbre la forme au repos, comme le reproduit actuellement la photographie sur le papier, nous a laissé des documents qui nous permettent d'analyser anatomiquement le « pourquoi » musculaire du mouvement. Nous savons peu de chose sur la technique des procédés des pédotribes, les auteurs grecs ne nous ont transmis que des documents optiques qui ont frappé leurs yeux dans l'entraînement au pentathle. Nous jugeons et nous agissons d’après ces documents. Ils paraissent être incomplets. Ils ne sont pour nous que l’au dehors que l'œil percevait, mais non non ce qu'il ne voyait pas, c'est-à-dire l’au dedans de la préparation anatomo-dynamique et analytique de la musculation scapulo-vertébrale par des procédés dus à l'observation, et surtout à la vue constante du nu chez les gymnastes.

Nous sommes les victimes de l'erreur optique de la poétique grecque. L'erreur éducative commise avec les Jeux Olympiques modernes trouve sa preuve dans cette poétique, tandis que la vérité suédoise trouve sa preuve dans la statuaire grecque. En entrainement musculaire, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il faut donc conclure que les pédotribes grecs procédaient de la même facon que les Suédois pour le redressement et pour la fixation du massif scapulo-vertébral. La poétique grecque a préparé l'erreur émotive en commettant l'erreur optique ; la statuaire grecque nous permet heureusement de rectifier cette erreur par l’analvse anatomique des documents optiques marmoréens qu'elle nous a légués, Nous pouvons ainsi reconstituer l’histoire de l'éducation physique en Grèce par des procédés analogues à ceux de la science paléontologique.

Ignorer l’anatomie et la physiologie dynamiques c’est se condamner à l'erreur. Les médecins ignorent cette anatomie et cette physiologie, chacun d'eux voit, parle et agit d’après son point de vue personnel. Les médecins mal avertis sont en ce moment les pires adversaires de la Méthode suédoise, qu’ils ignorent et qu’ils dénaturent par erreur optique, graphique, chimique, etc., d’après leurs tendances scientifiques ou spéculatives. Ce sont en général des musculo-globuleux, à type respiratoire. Le danger en éducation physique est dans l'impulsion. Il est d'ordre émotif. Le médecin doit l’éviter.

L'Erreur émotive.

J’observe bien souvent de la fatigue chez les mères ou les gouvernantes qui assistent aux exercices de gymnastique appliqués à leurs enfants, surtout dans les exercices respiratoires dans lesquels j’immobilise toute la partie sous-diaphragmatique du corps pour mieux mobiliser la partie sus-diaphragmatique. Ces attitudes statiques recherchées, d’ailleurs de courte durée et espacées de repos, ont pour effet, non pas de fatiguer l’exécutant, mais le spectateur. Il ne peut plus regarder. La cause de

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cette fatigue est dans l'attention fortement tendue, et, par cette attention même, dans l’arrêt de la respiration. L’attention est antagoniste de la respiration. L'émotion, manifestation en coup de foudre de l’attention, supprime la respiration. L'ignorance de ces phénomènes psycho-dynamiques est également une des principales causes des erreurs en éducation physique. L’émotion est une des plus sérieuses ennemies de l’entraînement physique, soit qu’elle excite, soit qu’elle déprime.

C’est pourquoi le Paris émotif, « la ville pathologique » du professeur Mosso a été une des principales causes d'erreur en éducation physique.

Par son émotivité, créant subitement des courants multiples, désordonnés et de courte durée; par son excitation toujours trépidante; par ses goûts: cinématographiques superficiels ; par sa mentalité particulière due à une centralisation pléthorique lui faisant considéder comme à peu près négligeable tout ce qui est produit sans lui; par la grande publicité dont il dispose; par son peu de goût à dépasser ses fortifications ; par son snobisme paradoxal; par son chauvinisme urbain qui l’incite à croire qu'il condense en lui toutes les forces de la Patrie; Paris qui fluctue, mais qui ne sombre pas, parce que la France tient la barre du gouvernail : Paris qui grignote des cerveaux et dont le cerveau est congestionné, ne pouvait mener à bien une réforme aussi délicate, aussi complexe, aussi pénible et d’aussi longue haleine que celle de léducation physique rationnelle. C’est pourtant Paris qui a dirigé jusqu’à ce jour l’éducation physique en France. Des cénacles divers, constitués de gens du monde, d'hommes de sports, de gymnastes, de journalistes, de touristes, d'agents d’affaires, de négociants, d’industriels, de constructeurs de machines, de banquiers, d’impresarios sportifs ou théâtraux, de littérateurs, de juristes, d’artistes, etc., ont fixé les règles de l’entraînement physique. Ils ont imposé les Statuts de leurs Associations, s’étant constitués en Ministères pour le gouvernement de l'Éducation physique non seulement privée et libre, mais universitaire et soumise à des programmes officiels. Ils sont ainsi entrés dans l’École qui appartient à le Nation, à tous. Certainement ils ont cru bien faire et les Bureaux de l’Instruction publique qui ignorent la question les ont suivi et servi, d’où l’erreur, d’où les à-coups, les fluctuations, d’où la remise à l'étude, constante et périodique de la question physique alors qu’elle devrait être résolue depuis longtemps. Des Commissions sont instituées, des circulaires sont publiées, c’est tout. On piétine sur place, parce que le fil conducteur fait défaut, parce que l'esprit clinique n’a pas présidé aux travaux. Il est vraiment étonnant que la machine humaine n’ait pas trouvé jusqu’à ce jour son conducteur, dans le seul conducteur qui puisse la mettre rationnellement en fonction : le médecin gymnaste-clinicien. C’est pourquoi j'ai voulu faire entendre sa voix après un travail en profondeur poursuivi pendant via cinq ans.

Paris retarde en éducation physique basée sur la raison scientifique qui tasse les nerfs, mais il progresse énormément en émotivité, avec la boxe sanglante qui secoue pathologiquement les nerfs. Tout cela est maladif, A pensée exacerbée, mouvement affolé.

« La foule met toujours, de ses mains dégradées, » Quelque chose de vil sur les grandes idées. »

La province est plus maîtresse d’elle-même.

Le silencé, l'observation, la méditation, le contact journalier avec la Nature, les hommes et les choses dans l’action étaient nécessaires. On ne

-cristallise pas dans une turbine. La Province a cristallisé l’éducation

physique dans le calme et le travail d'un quart de siècle. Elle apporte à

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Paris les résultats de ses labeurs. Puisse ce e Congrès, auquel la Faculté de Médecine a ouvert ses portes, réparer les fautes commises et aiguiller la France dans la voie heureuse où la Suède l’a précédée depuis un siècle, où le Danemark et la Belgique sont entrés depuis plusieurs années. Puisse ce Congrès fixer la Méthode qui soit à la fois scientifique, rationnelle, une,

simple et attrayante. Cette méthode existe, elle a fait ses preuves, le

Congrès d'Expansion économique mondiale de Mons, en 1905, lui a donné l'autorité d’une sanction réfléchie. C’est la Méthode Suédoise de Ling.

Nouvelle venue, mal comprise, mal appliquée, surtout déformée, elle

est l’objet de violentes attaques, mais elle s’ impose de plus en plus dans les Congrès d'Éducation physique. Inconnue ou à peine soupconnée au

Congrès de 1889, elle a pris une place prépondérante au dernier Congrès d'Amiens en 1942. Un même désir se dégage d’ailleurs de l’ensemble des travaux des trente-deux Congrès d'Éduéation physique tenus en France et à l'Étranger de 1889 à 1912. celui d'aboutir dans la recherche d’une formule définitive. Le Congrès de Paris, en 1913, aura à fixer cette formule. J'ai jugé utile, pour en faciliter la fixation, d'analyser les travaux de ces trente-deux Congrès et d'en reproduire ici les conclusions, groupées d’après les textes des principaux vœux qu’ils ont émis.

Conclusions.

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