‹ L'esprit de ConquêteChapitre 2 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des vertus compatibles avec la guerre, à certaines époques de Tétat social

Plusieurs écrivains, entraînés par l'amour de Thumanité dans de louables exagérations, n^'ont envisagé la guerre que sous ses côtés funestes. Je reconnais volontiers ses avantages.

Il n'est pas vrai que la guerre soit toujours un mal. A de certaines époques de l'espèce humaine, elle est dans la nature de l'homme. Elle favorise alors le développement de ses plus belles et de ses plus grandes facultés. Elle lui ouvre un trésor de précieuses jouissances. Elle le forme à la grandeur d^'âme, à l'adresse, au sang-froid, au courage, au mépris de là mort, sans lequel il ne peut jamais se répondre qu'il ne commettra pas toutes les lâchetés et bientôt tous les crimes. La guerre lui enseigne des dévouements héroïques, et lui fait contracter des amitiés sublimes. Elle Tunit de liens plus étroits, d'une part, à sa patrie, et de l'autre, à ses compagnons d'armes. Elle fait succéder à de nobles entreprises de nobles loisirs. Mais tous ces avantages de la guerre tiennent à une condition indispensable, c'est qu'elle soit le résultat

naturelde la situation eldeTesprilnationaldespeuples. | Car je ne parle point ici d'une nation attaquée, et | qui défend son indépendance. Nul doute que cette J nation ne puisse réunir à Tardeur guerrière les plus | hautes vertus : ou plutôt cette ardeur guerrière est ] elle-même de toutes les vertus la plus haute. Mais il 4 ne s'agit pas alors de la guerre proprement dite, il ! s'agit de la défense légitime, c'est-à-dire du patrio- : iisme, de l'amour de la justice, de toutes les affec- | tions nobles et sacrées. | Un peuple qui, sans être appelé à la défense de ses | foyers, est porté par sa situation ou son caractère national à des expéditions belliqueuses et à des con- 1 quêtes, peut encore allier à l'esprit guerrier la sim- \ plicité des mœurs, le dédain pour le luxe, la généro- \ sité, la loyauté, la fidélité aux engagements, le respect ] pour Fennemi courageux, la pitié même, et les ména- | gements pour l'ennemi subjugué. Nous voyons, dans \ l'histoire ancienne et dans les annales du moyen âge, : ces qualités briller chez plusieurs nations, dont la 1 guerre faisait l'occupation presque habituelle. i

Mais la situation présente des peuples européens : permet-elle d'espérer cet amalgame ? L'amour de la j guerre est-il dans leur caractère national ? Résulte- j t'il de leurs circonstances ?

Si ces deux questions doivent se résoudre négati- j vement, il s'ensuivra que, pour porter de nos jours î les nations à la guerre et aux conquêtes, il faudra j bouleverser leur situation, ce qui ne se fait jamais I sans leur infliger beaucoup de malheurs, et dénaturer l leur caractère, ce qui ne se fait jamais sans leur : donner beaucoup de vices. l

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