SCENE VI ANGÉLIQUE, ORONTE
OliONTE
lléjouis-toi, ma fille, réjouis-toi; tu seras mariée selon mes désirs, .le triomphe, et je l'emporterai enfin sur ma femme.
ANGÉLIQUE
Ah! mon père, je crains bien...
ORONTE
Je l'emporterai, te dis-je: car elle vient de me proposer d'elle-même ce que je veux, et je n'ai pas fait mine de le souhaiter, de peur qu'elle ne change de dessein.
ANGÉLIQUE
Si la pensée est venue d'elle, l'exécution suivra bientôt.
ORONTE
Oui, ma fille ; les gros biens de monsieur Thibaudois plaisent à ma femme comme à moi. l^n elYet, un riche négociant est un trésor pour une fille comme toi, qui n'a pas d'amourette en tète. -V la vérité, monsieur Thibaudois est un peu rustique, un peu grossier; mais il est franc
20 I,'i:SPRlT OE CONTRADHiTloN
AN(iKLiyUK
.le pardonne la orrossièreté en faveur de la franchise.
OiiONTK
On trouve qu'il na point d'esprit; je trinive, mui, qu'il en aurait beaucoup, s'il pouvait seulement se désaccoutumer de dire à tort et à travers des choses où il ny a ni rime ni raison, lia encore une autre mauvaise habitude, c'est de tutoyer tout le monde : il tutoie jusqu'à des femmes qu'il n a jamais vues.