SCÈNE V ANGÉLIQUE, VALÈRE
VALÉRE
Me voici encore, mademoiselle, et jai résolu de ne point retourner à Paris que vous ne vous soyez expliquée avec moi. Je vous lavoue, vos manières ont mis mi patience à bout: je suis oitré; non, je ne me possède plus quand je pense que, depuis le temps que je viens céans, nimo.i aaiouf. ni mon respect, ni mes prières, ni mes reproclies, n'ont encore pu vous arracher an3 seule parole sur quoi je puisse tabler... Quand je vois parle de la plus violente passion qui fut jamais, vous m'éco'utez avec une tranquillité, une indolence incompréhensible-*: car enfin oi t huoigne aux gens, ou de la reconnaissance, ou du m îpris, ou de la pitié, ou de la
colère. .Tusle ciel 1 que dois-jc donc jug'cr d'un silence si obstiné?
ANGÉLIQUE
Vous devez, juger que je suis prudente, et rien de plus.
VALÉRE
Mais enfin approuvez-vous mon amour, ou le condamnez-vous?
ANGÉLIQUE
Je n'en sais rien.
VÂLÈI'.E
Quoi! toujours sur le même ton ?
ANGÉLIQUE
Vous ne vous êtes point encore aperçu que j'eusse aucune inclination pour vous, n'est-ce pas?
VALÈRE
C'est ce qui me désole.
ANCIÉLIQUE
Vous n avez pas remarque non plus que j'aie eu de l'aversion...?
VALÈRE
Non, vraiment ; mais cela ne sufîit pas.
ANGÉLIQUE
Cela sufiit poar moi; car j'ai intérêt d'être impénétrable à votre curiosité. Ne vous ai-je pas dit déjà que j'ai formé certain projet pour mon établissement, et que, suivant ce projet, il ne faut pas que ma mère sache si je vous aime.
Ifi l'esprit I»E CONTHAltlCriOS
ou si j'en aime un autre? Il faut que mon père l'i^rnore aussi, et par conséquent que vous l'io^noriez vous-même : car si vous le saviez, mon père, ma mère, et tous ceux qui vous voient, en seraient bientôt instruits.
VALKRE
^'ous me croyez donc bien indiscret?
ANGÉLIQUE
\on. mais votre vivacité vous tient lieu d'indiscrétion.
VALÈHE
■le sais modérer cette vivacité . l'ar exemple. au moment que je vous parle, je me possède plus que vous ne pensez, et je vous jure qu'un mot d'éclaircissement, oui, un seul mot de votre bouche, va me rendre aussi tranquille que vous.
ANGÉLIQUE
Mais si ce mot était que je n'ai nul dessein de vous épouser?
VALKRE
Ah! c'est ce que vous n'osez me dire. Qu'cntends-je. juste ciel?
ANGÉLIQUE
Vous n'êtes pas tranquille; le sericz-vous davantage si je vous promettais de n'èlre jamais à d'autre qu'à vous?
Si vous me le promettiez, ahl j on mourrais de plaisir; oui, mon bonheur serait si grand...
SCÈNK V 1'
ANC.KLIQUL';
Que VOUS iritz le publier ;iussittM. X'oilà comment vos transports de joie, ou vos désespoirs outrés, pourraient divulguer mon secret; et dès que ma mère saurait le choix que je veux faire, elle en ferait un contraire, à coup sur : ainsi trouvez bon que je vous laisse ignorer mes desseins.
v.vLÈat;
.le ne les i^i^nore plus, ingrate ! et puisqu'il faut vous le dire, je viens d'apprendre céans que vous épousez aujourd'iiui monsieur Thibaudois.
ANGÉLIQUE
Cela pourrait être.
VALÉl'.E
- C'est pour cela que je suis revenu sur mes pas...
ANGÉLIQUE
Ile bien, rcîtournez-vous en.
— Et c'e^t ce ({ui ma fait comprendre toute votre politique. .Je vois que vous m'avez ménage jusqu*<à présent, parce que je suis ami de votre mère. Vous craignez qu'irrité par vos refus, je n'empêche ce mariage.
ANGÉLIQUE
Empêcher ce mariage! Je vous «rois trop galant homme pour empêcher un établissement avantageux pour moi.
18 l'esi'Rit de contradiction
VALERE
Non. cruelle, non, ne craignez rien. Si vous pouvez être heureuse avec un autre, j'en mourrai de douleur, mais je ne m'y opposerai point. ^
ANGÉLIQUE
Vous pourriez traverser mes desseins: mais s'il est vrai que je n'ai point d'inclination pour vous, vous ne la ferez pas venir à force de me chagriner. Prenez donc le parti qui me convient. Ne voyez aujourd'hui ni mon père ni ma mère; je vous ai défendu de paraître ici ; retirez-vous, je vous prie.
VALÈRE
.l 'obéis aveuglément : mais si vous me trompez...
ANGÉLIQUE
Je ne vous tromperai point, car je ne vous promets rien.
VALÈRE
^ Si vous me trompez, vous êtes la plus cruelle, la plus...
Oh ! pour me dire des injures, attendez que je les aie méritées. Je les mériterai peut-êlre bientôt, ne vous impatientez point.
VALÉRE
Quoi ! vous pourriez...
ANGÉLIQUE
Voilà mon père, partez vite.