DE LA DÉCADENCE DIT [)RU1 D IS1I E
que tout se rapporte, et, comme il a tout mérité, il est sûr aussi de pouvoir tout corriger ou tout perfectionner. De ee que la liberté est son essence, il suit encore que la voie du mouvement ne saurait jamais se fermer devant lui. A tout instant de sa durée iuliuie. il est le maître de se repentir du mal comme d'aspirer au bien. La mort ne peut avoir sur lui le droit Intal de l'immobiliser. Ainsi, dans le eiel même, les vertus continuent à s'élever, cl les portes de cette cruelle demeure où l'espérance s'engloutit ne sont qu'un rêve lugubre. Le progrès est la loi morale de l'univers, et nul, quels que soient les iiicnnvéniculs de son présent et les crimes de son passé, ne demeure étranger fi cette loi que par l'effet de sa résistance aclucllc. Toujours et partout l'homme est libre de se relever et de marcher, tl ii ne peut rien de plus grand.
Mais il n'est pas moins vrai que l'intention évidente île Dieu, qui donne à l'homme celte liberté virtuelle, est que chacun reçoive de la société les secours les mieux adaptés à son développement. Il est par conséquent indispensable que, dans l'ordre social, chacun soi! non-seulement iuslruil, mais discipliné, sans quoi, 1 égoisme cl l'ignorance entraînant la liberté, elle s'égare et ne produit en délioilive que le mal. Les uns, absorbés par les sollicitudes qu'engendre la misère, sont poussés à ne se préoccuper d'aucun autre objet que du travail des mains et des besoins du corps. Les autres, accablés au contraire par un excès d'opulence, n'nboutissenl qu'à se perdre pareillement dans les lourbillons delà malière, et, sous des formes opposées, trouvent
Les uns. faute de lu culture nécessaire, voient avorter sans proNl, ni pour eux ni pour autrui, comme une semence qui ne lève point, les dons précieux qu'ils avaient apportés en naissant ; tandis que, chez d'autres, les trésors de l'éducation viennent s'entasser sans autre résultat que de les fatiguer par leur disproportion cl d'amortir en eux jusqu'où dernier goût du savoir, l'ar l'effet même du dérèglement, les libertés s'entrechoquent dans un pêle-mêle funeste et s'endommagent mutuellement. Il aurait fallu que chacun trouvât dans la sociélé, avec (injuste moyen de. travail, le degré d'instruction nécessaire
pour assurer sa vue sur l'ensemble de l'univers et y suivre sa destinée sans BttUt pas; et, grâce au désordre, il n'y a pour ainsi dire personne qui ne soit en souffrance, et à qui n'échappe [>' principe du bonheur, qui n'est autre que In saveur d'une existence bien conduite. Aussi n'y a-l-il pas à s'élonner si lanl de gens, entraînés pur le zèle du l'ordre, en \ieuncnl à délester la liberté, et invoquent contre cJle l'autorité extérieure, qui, tout incapable qu'elle suit de satisfaire l'âme, peut procurer du moins aux malheureux le pain du corps. .Mais combien l'école antique, dont nous relevons la mémoire, n'aviiit— cJle pas mieux jugé, lorsque, tout en exaltant à l'infini le principe de la liberté, elle s'efforçait d'introduire l'ordre, non par la eoaction, mais par la seule l'orée inorale de la religion ! Il lui était pourtant impossible de réussir, pan e que le druidisine, si bien composées que lussent ses lois, si bien qu'il eût, dans son sein, coordonné et reparti les Ibiictiens selon la qualité des personnes, n'inspirait pas l'amour des hommes, et que l'intelligence, sans la charité, ne pouvait suffire. Mais, aujourd'hui que, parmi si long exercice duchrislianisme, le sentiment de i:i charité s'esl enlin développé dans les races européennes, voici le moment de revenir à ces hautes leçons de la liberté. 11 est temps que le génie religieux de, la France, au lieu d'abandonner le gouvernement des choses humaines nu sceptre impuissant ou oppresseur de César, s'applique à en produire un idéal conforme à la loi du développement général et à fonder son empire. Lui seul , à l'aide de la charité dont il pénétre les cœurs et de ia vertu de persuasion qui esl sa Ibrcc , pourra concilier le règne de ia liberté avec, le règne de l'ordre, ou, pour tout dire d'un mot, faire régner chez tous la liberté.
En prononçant le moi de liberté politique, la Constituante n'a donc fait, au fond, que loucher le premier anneau de la chaîne sacrée qui nous ramène à nos pères. La liberté politique appelle lu liberté sociale; la liberté sociale appelle la liberté de l'âme surla terre et dans le ciel. Ainsi, en même temps que l'indépendance de la France, la théologie de la Caille s'esl implicitement relevée de son abaissement et de son long oubli. Elle nous rend conscience