VI PRÉFACE
tique comme par la morale, puisqu'elle appauvrit même le vainqueur. Je démontrerais aisément, par des chiffres , que si depuis 1792 l'Europe n'en avait point été désolée , ou ne s'était point crue forcée d'entretenir des armées permanentes dans l'appréhension de ce fléau , sa richesse serait au double de ce qu'elle est aujourd'hui ; de sorte que le paupérisme qui l'épouvante ne la menacerait plus de révolutions terribles...
En effet, en supputant seulement à un million d'hommes les troupes que l'Europe entretient annuellement depuis la paix générale de 1815, et leurs dépenses à un milliard, nous voyons déjà quarante-cinq milliards perdus. Les intérêts capitalisés y ajoutent plus de cent milliards. En outre, les dépenses annuelles ont été quatre fois plus fortes durant les guerres de 1792 à 1815. Enfin, il faut compter aussi le dégât, le pillage, l'inquiétude des citoyens qui n'osaient presque rien entreprendre ; et par-dessus tout ce qu'aurait produit le travail de ces millions d'hommes, les plus vigoureux de chaque pays!
La plupart des écrivains n'ont traité de la guerre qu'à un point de vue étroit. Les uns, soi-disant