‹ L'esprit de la guerreChapitre 3 sur 158 · PRÉFACE. VU · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VU

philosophes, l'ont absolument réprouvée, sans considérer que les décrets de la Providence la commandent quelquefois, comme les révolutions, soit pour châtier une faction de sa turpitude, soit pour exterminer les armées et leurs chefs qui par ambition et cupidité ont trempé leurs mains dans le sang de leurs concitoyens. D'autres n'ont su s'extasier que sur le nombre des hommes tués et des cités saccagées. On en a même vu la proposer comme un moyen économique de diminuer la population qu'ils trouvaient surabondante. D'autres enfin n'ont parlé que de la stratégie et de la tactique ; mais nul n'a su déterminer les vrais cas de guerre, depuis la grande révolution opérée dans le droit moderne sur la fin du dix-huitième siècle. On a formulé le droit civil , le droit criminel et une portion du droit politique issus de cette révolution, il s'agit aujourd'hui d'en dégager le droit des gens nouveau, qui n'est encore que dans l'intuition ou les aspirations des peuples et des gouvernements de bonne foi. C'est le premier objet de ce lrêre,

Mais le véritable homme d'État ne se borne point à gémir sur les malheurs publics : il cherche

VIII PKÉFAGB.

les moyens de les éviter, ou du moins de les atténuer. Comme tout fait prévoir que bientôt surgiront des circonstances fatales qui forceront encore les peuples à la guerre, soit pour se défendre, soit pour secourir les opprimés, il importe d'en exposer clairement les règles ; et je ferai voir qu'on les a souvent violées faute de savoir qu'elles sont les mêmes que celles de toutes les sciences.

Il est plus utile qu'on ne pense d'examiner la question de la guerre sous ce double point de vue; car le publiciste ne doit formuler ses doctrines que d'après ce qui est possible et utile dans la pratique ; réciproquement, le chef d'armée doit connaître le droit des gens pour le combiner avec ses opérations.

En écrivant un traité d'économie politique on peut se dire : Aucun peuple^ aucun homme (à moins qu'il ne soit égoïste ou prévaricateur) n'en peut éprouver de préjudice. Les principes qui conviennent aux uns conviennent aux autres. Mais dans la guerre le bien de l'un est le mal de l'autre. Toutefois, plus on y déploie de talent, moins elle est meurtrière et ruineuse pour l'humanité.

11 importe surtout de remontrer que les batailles

Page 1